Pavillon LMX
Deux étudiantes de l’Université d’Ottawa, l’une diplômée et l’autre aux études, racontent d’une seule voix une émouvante histoire d’immigration.

Au cours des dernières années, Tu Vuong (B.Éd. 2007) et Aseel Alsaman, étudiante de troisième année du baccalauréat en arts visuels, ont noué un lien d’amitié et de collaboration créative. Les deux femmes mettent aujourd’hui la touche finale à un recueil de poésie qui raconte l’enfance de la petite Aseel en Irak, puis le parcours de sa famille vers la Syrie et jusqu’au Canada. Tu Vuong signe les poèmes, illustrés par Aseel Alsaman.

Elles se sont rencontrées en 2018, lorsque Tu Vuong enseignait l’anglais langue seconde à l’école secondaire St Patrick’s. Aseel Alsaman, alors âgée de 17 ans, venait d’arriver à Ottawa. « Nous étions un petit groupe dans cette classe, donc c’était plutôt comme une famille », se souvient-elle. 

L’idée d’un projet de livre est née après la publication d’un recueil de poèmes par Tu Vuong en 2022. Ce recueil autobiographique, intitulé Coming Họmẹ, explore le parcours de sa famille, qui a immigré du Vietnam au Canada, ainsi que l’espace qu’elle a appris à habiter entre deux cultures. 

En apprenant la sortie du livre, Aseel Alsaman a envoyé un message de félicitations à son ancienne professeure. Elle explique que les poèmes de Tu Vuong lui ont donné de l’espoir, car ils décrivent avec franchise les aléas du quotidien des nouvelles et nouveaux arrivants, des défis qu’elle connait pour les avoir elle-même rencontrés. « À la lecture du recueil, je me suis sentie comprise et écoutée », confie-t-elle.

Puis, Tu Vuong a proposé qu’elles écrivent ensemble l’histoire de l’immigration d’Aseel Alsaman, qui à son tour, ajouterait sa touche artistique.

L’art est, pour l’étudiante en arts visuels, une passion depuis son adolescence. C’est aussi un langage qui lui permet de communiquer quand les mots lui manquent. « L’art est le seul moyen pour moi d’exprimer librement mes pensées et mes sentiments. » 

Book page

Un espace de réciprocité et de rapprochement

Pendant deux ans, Tu Vuong a recueilli les témoignages d’Aseel Alsaman sur sa vie, de manière quelque peu structurée et sporadique. Ses notes ont servi de base aux textes et aux poèmes, que les deux femmes ont composés dans un Google Docs, suivant une démarche itérative. 

Sur le plan thématique, le livre explore ce qu’elles désignent comme étant l’espace habité par l’espoir. « Dans cet espace, il y a les liens qui se tissent, l’ouverture aux autres et le partage d’une partie de soi, décrit Tu Vuong. J’y vois un dialogue marqué par la vulnérabilité et la réciprocité. Selon moi, c’est dans notre capacité à tisser des liens que réside l’espoir. »

Au sujet du thème, l’étudiante ajoute : « J’ai traversé de nombreuses phases dans ma vie. Même lorsque j’avais l’impression de ne pas être à ma place ou de ne pas être chez moi dans cette ville, l’espoir m’a poussée à continuer. »

Qu’il s’agisse de sa propre expérience ou désormais de celle d’Aseel, Tu Vuong estime que la mise en commun des parcours d’immigration revêt une grande importance et constitue une véritable force. « Le mot “immigration” est souvent évoqué dans un contexte politique ou juridique, explique-t-elle. Le fait d’y associer un récit humanise une expérience complexe et y ajoute une dimension émotionnelle. »

Tu & Aseel coffee

L’Université : un espace où le lien tissé devient lien transmis

L’Université revêt une importance particulière pour Tu Vuong et Aseel Alsaman depuis le début de leur projet. « L’Université d’Ottawa est le lieu qui nous a permis de renouer avec notre passé, le présent, notre rôle de professeur et d’étudiante, et notre amitié », explique Tu Vuong. 

Elles y ont également trouvé un objectif commun. Aseel Alsaman espère en effet obtenir un baccalauréat en éducation après ses études de premier cycle, le même programme dont Tu Vuong est diplômée depuis 2007. L’étudiante aimerait enseigner les arts plastiques dans une école primaire. 

En attendant, elle suit le programme de baccalauréat en arts visuels et se lance tête baissée dans un trimestre exigeant. À ce propos, elle dit de Tu Vuong qu’elle a été une mentore : « Elle m’encourage toujours à profiter de ma vie à l’Université, car un jour, ces moments me manqueront. » 

Le premier jet de leur livre étant terminé, Tu Vuong et Aseel Alsaman sont à la recherche d’un éditeur canadien qui partage leur vision de présenter au public les thèmes universels de l’espoir, des liens humains et de la résilience. « Le livre encourage les gens à ne pas abandonner. À toutes les personnes nouvellement arrivées au vécu similaire, je dis que vous finirez par trouver votre place », affirme Aseel Alsaman.

En discutant avec les deux femmes, on sent clairement la fierté que Tu Vuong éprouve pour les progrès réalisés par l’étudiante. On perçoit également le respect, la confiance et la complicité entre ces deux personnes, qui ont entrepris ensemble un parcours foncièrement intime. 

Pour Tu Vuong : « Même si Aseel est une ancienne élève, notre collaboration et notre processus sont basés sur la réciprocité de la transmission et de l’apprentissage. »