Explorer, observer, comprendre : de la recherche au terrain

Par Gazette

Bureau des communications et des affaires publiques, uOttawa

Collage photo de Roxana Gorodnichy, Éloïse Côté et Farinaz Basmechi.
À partir de la gauche : Roxana Gorodnichy, baccalauréat en géosciences environnementales; Farinaz Basmechi, doctorat en études féministes et de genre; Éloïse Côté, baccalauréat en antiquité grecque et romaine.
Durant leur parcours universitaire, Roxana Gorodnichy, Éloïse Côté et Farinaz Basmechi ont vécu certaines de leurs expériences les plus marquantes bien au-delà de la salle de classe. Sur le terrain, dans les laboratoires ou au cœur de communautés, l’apprentissage expérientiel leur a permis de donner un sens concret aux connaissances théoriques. Elles montrent ainsi comment l’apprentissage expérientiel peut transformer la compréhension du monde.

Pour elles, apprendre par l’expérience, c’est observer, analyser et s’investir directement dans des contextes réels — qu’il s’agisse de paysages géologiques extrêmes, de sites archéologiques millénaires ou d’espaces numériques qui structurent aujourd’hui les dynamiques sociales.

Apprendre dans le laboratoire naturel

Roxana Gorodnichy, Faculté des sciences

Diplômée d’un baccalauréat spécialisé en géosciences environnementales, Roxana Gorodnichy a découvert très tôt que le terrain était au cœur de sa discipline. À ses yeux, l’apprentissage consiste à sortir du cadre habituel pour explorer des environnements parfois exigeants, où la théorie prend tout son sens.

Dès sa première année, elle a participé à des cours de terrain et à des stages de recherche qui l’ont menée aux quatre coins du monde, de la Grèce à l’Arctique, en passant par l’Arizona et l’Écosse. Ces expériences lui ont permis d’observer, de cartographier et d’analyser des formations géologiques dans leur environnement naturel.

Un moment fort de son parcours s’est déroulé lors d’une expédition en région éloignée du Nunavik. Campée sur certaines des roches les plus anciennes de la Terre, âgées de 4,3 milliards d’années, elle a prélevé des échantillons pour son projet de recherche de fin de baccalauréat. Sur le terrain, elle a compris que chaque roche recèle des indices essentiels sur les origines de la planète. Elle a pu mieux saisir l’échelle du temps géologique et confirmer le rôle central du terrain dans la recherche en sciences de la Terre.

Roxana Gorodnichy
Collation des grades 2026
« Ces expériences m’ont montré à quel point on apprend davantage lorsqu’on s’implique concrètement, en appliquant nos connaissances dans un véritable laboratoire naturel. »

Roxana Gorodnichy

— Baccalauréat en géosciences environnementales

Au-delà des connaissances scientifiques, ces immersions ont renforcé sa capacité d’adaptation, son esprit de collaboration et sa passion pour la recherche, qu’elle entend poursuivre aux cycles supérieurs.

Photo de terrain de Roxana Gorodnichy.
Photo de terrain de Roxana Gorodnichy prise sur la ceinture de roches vertes de Nuvvuagittuq, près du village d’Inukjuak, au Nunavik, lors de son expédition de terrain en région éloignée à l’été 2025.

Quand le terrain redonne une voix au passé

Éloïse Côté, Faculté des arts

Pour Éloïse Côté, diplômée en antiquité grecque et romaine, l’apprentissage expérientiel a pris la forme d’un contact direct avec les vestiges du passé. Son parcours universitaire, nourri par un vif intérêt pour l’histoire ancienne et l’archéologie, l’a conduite sur plusieurs sites archéologiques en Europe.

En 2025, elle a pris part à une fouille archéologique à Torre Mordillo, en Italie, un chantier intensif d’un mois dirigé par des équipes de l’Université Mount Allison et de l’Université de Princeton. Sur le terrain, elle a participé à toutes les étapes du travail archéologique : excavation, nettoyage, catalogage et documentation des artéfacts, notamment à l’aide d’outils traditionnels et de technologies numériques comme la photogrammétrie.

Au fil des jours, en manipulant des fragments de poterie, des ossements et des structures anciennes, elle a pu constater comment les traces matérielles permettent de reconstituer la vie quotidienne de populations ayant vécu il y a près de 3 000ans.

Ce séjour de terrain a confirmé son intérêt pour l’archéologie, tout en l’amenant à remettre en question certaines interprétations du passé. En effet, les vestiges mis au jour à Torre Mordillo révèlent des formes de coexistence entre peuples grecs et populations autochtones, une lecture plus nuancée que celle transmise par les sources écrites.

Éloïse Côté
Collation des grades 2026
« Cette expérience m’a permis de passer de la théorie à la pratique et de comprendre que l’archéologie peut redonner une voix à ceux qui sont absents des sources écrites. »

Éloïse Côté

— Baccalauréat en antiquité grecque et romaine

Pour Éloïse, le contact direct avec les traces matérielles rend l’histoire tangible et contribue à donner corps au passage de populations longtemps absentes des récits dominants. Ce point tournant oriente désormais ses projets vers des études supérieures en archéologie et en muséologie.

La recherche engagée au cœur des réalités sociales

Farinaz Basmechi, Faculté des sciences sociales

Doctorante en études féministes et de genre, Farinaz Basmechi s’intéresse aux liens entre le genre, la technologie et la mobilisation sociale. Son parcours s’inscrit dans une démarche de recherche engagée, ancrée dans les réalités contemporaines et les enjeux liés aux violences fondées sur le genre.

Ses travaux explorent les campagnes en ligne, la conception d’outils de collecte de données et la réalisation d’entretiens. Elle privilégie une approche fondée sur un dialogue constant entre la théorie et l’analyse, en lien étroit avec le travail auprès des communautés, afin de montrer l’influence des plateformes numériques sur les dynamiques sociales.

L’analyse de campagnes de solidarité féministe en ligne a été un moment marquant de son parcours. Elle a constaté que les plateformes numériques ne servent pas seulement à diffuser des messages, mais aussi à favoriser la mobilisation, l’entraide et la production de savoirs. Elles deviennent des espaces propices à la mise en visibilité d’enjeux de violence et d’injustice, malgré les risques de harcèlement sur le Web. 

Farinaz Basmechi
Collation des grades 2026
« Cette expérience m’a appris comment la recherche peut créer des ponts entre la théorie, l’engagement communautaire et le changement social. »

Farinaz Basmechi

— Doctorat en études féministes et de genre

Soucieuse de la portée concrète de ses travaux, elle souhaite poursuivre une carrière universitaire à l’intersection des questions sociales, technologiques et politiques, dans une perspective de pertinence.

Apprendre pour comprendre, agir et transformer

Bien que leurs terrains d’apprentissage soient très différents, Roxana Gorodnichy, Éloïse Côté et Farinaz Basmechi partagent une même conviction : c’est en s’investissant concrètement — sur le terrain, sur des sites de fouilles ou au cœur des dynamiques sociales — que l’apprentissage prend tout son sens.

Les conseils qu’elles offrent aux autres étudiantes et étudiants vont dans la même direction. Roxana rappelle que, si les occasions existent, il faut souvent aller les chercher en posant des questions, en prenant les devants et en soumettant des demandes de bourses. Éloïse insiste sur l’importance d’une préparation adéquate, tant physique que mentale, pour tirer pleinement parti d’une expérience de terrain exigeante. Farinaz, de son côté, encourage à combiner recherche, travail auprès des communautés et curiosité intellectuelle afin de donner plus de portée à ses travaux.

À l’occasion de la collation des grades à l’Université d’Ottawa, les parcours de ces trois étudiantes témoignent du pouvoir de l’apprentissage expérientiel, capable de transformer la curiosité intellectuelle en regard critique, en action concrète et en projet d’avenir.