Résumé des activités
10 mars 2025, de 18h à 19h30
Portée par une création vidéo, Obsession de la bille bleue, oscille entre la conférence et la performance théâtrale. En toile de fond se trouve la célèbre photographie Blue Marble, capturée par l’équipage d’Apollo 17 le 7 décembre 1972. Lussault y incarne un personnage qui partage son émotion devant cette image de la Terre. À travers son récit, il exprime le sentiment de fragilité que l’on peut éprouver en la contemplant.
Lussault a choisi une approche artistique pour partager sa profonde émotion face à cette image qu’il utilise pour introduire le concept de l’anthropocène. Il débute sa performance avec une vidéo de quelques minutes, où les images de l’exploitation humaine des ressources naturelles de notre planète se défilent au centre du globe terrestre, accompagnées d’une musique intense et émouvante. Professeur Lussault fait le choix de ne pas commencer son récit avec des données scientifiques, souvent complexes, mais plutôt de faire une présentation plus accessible au public de non-spécialistes.
Il a su ensuite captiver l’attention du public présent par son récit éloquent qui a porté sur la beauté de la Terre mais aussi sur sa vulnérabilité face aux régimes dominants et nos manières de l’habiter. Pourtant, cette image prise en 1972, marque une forte prise de conscience que la croissance infinie portée par les économistes n’est pas viable dans un monde fini. Il conclut sa performance en se demandant : « Ne faudrait-il pas reconnaître que nous avons échoué, nous l’espèce humaine, à habiter cette Terre? ».
La discussion qui a suivi la performance rappelle pourtant un message important : il est toujours possible de faire autrement! Notre responsabilité est là, et nous devons (re)apprendre à habiter ensemble, à cohabiter en acceptant les limites de la Terre. Dans ses échanges avec le public, souligne l’importance de renouveler les pratiques de la fabrique urbaine en engageant de nouveaux chantiers d’adaptation aux réalités environnementales, sociales, économiques et technologiques. La construction d’un monde plus résilient et plus soutenable nous invite à penser autrement et collectivement notre rapport au futur et réinterroger la prospective à l’heure de la planification écologique des territoires. Les modalités d’observation, de projection, d’accompagnement et d’implication des acteurs à différentes échelles dans l’exercice prospectif doivent proposer de nouvelles réflexions sur ce qui est possible, probable ou désirable pour inscrire l’action de chacun dans un devenir commun ou dans des devenirs souhaitables qui ne sont pas figés mais adaptables.
Enfin, dans cet échange, il a partagé sa réflexion sur la science et à quel point cette dernière s’est éloignée du débat public en se trouvant aujourd’hui réservée à une élite de spécialistes. Cette distance est renforcée par la grande diversité des domaines scientifiques et la complexité des recherches qui s’y rattache, mais aussi et surtout par leur jargon qui reste inaccessible au grand public. Face à ce fossé qui s’est creusé entre les scientifiques et la société, Michel propose "L’obsession de la Bille bleue" comme une approche renouvelée pour engager la discussion avec le public au sujet de la crise d’habitabilité terrestre.
4 mars 2025, de 16h à 18h00
Cette atelier, a offert une réflexion approfondie sur l'urbanisation planétaire et ses impacts. La présentation a débuté par un exposé des grandes tendances de l’urbanisation mondiale, soulignant le rôle central de l'extractivisme dans le fonctionnement du système urbain, identifié comme la principale menace pour l’équilibre du système-monde.
Michel Lussault a souligné que l'insoutenabilité urbaine n'est plus un futur incertain, mais une réalité déjà vécue à l'échelle mondiale. Le constat est clair : il est désormais urgent d’agir pour endiguer cette dérive. Il a également insisté sur le fait que la notion de soutenabilité n’est pas universelle, mais varie selon les réalités géoculturelles de chaque région, chaque contexte étant unique dans sa manière d’aborder les enjeux écologiques et sociaux liés à l’urbanisation.
En conclusion, il a introduit le concept de Géo-care développé dans son dernier ouvrage, qui repose sur quatre vertus cohabitantes : la considération et l'attention (to care about), ainsi que le ménagement et la maintenance (to care of). Ces quatre vertus, chacune d’égale importance, sont toutes à exercer individuellement et collectivement pour installer le Géo-care. Elles composent un ensemble de vérité indissociable, mais qui ont été distinguées par Michel Lussalut dans son discours pour la clarté de la démonstration. Ces principes, selon lui, sont essentiels pour stabiliser la cohabitation des différentes forces dans les territoires urbains, en promouvant un équilibre durable entre les besoins humains et l’environnement.
Le débat qui a suivi a été riche et animé, abordant des sujets variés tels que les mouvements locaux de contestation, notamment les Zones à Défendre. Ces espaces ont été abordés sous le prisme des mobilisations sociales, en tant que des lieux de résistance mais aussi en tant que des espaces d’expérimentation pour de nouvelles formes d’organisation sociale et de gestion collective du territoire. A travers des exemples français, Michel Lussault a mis en lumière la puissance que peuvent avoir ces actions de contestation qui mettent en place des pratiques alternatives de solidarité et de gestion des ressources.
Ce débat autour des zones à défendre a permis d'expliquer la théorie anarchiste sous l'angle de la géographie, en soulignant l'importance de la décentralisation, de l'autogestion et de la contestation des structures de pouvoir qui organisent l'espace. La géographie anarchiste rejette l'idée d'un aménagement centralisé et hiérarchisé du territoire, prônant au contraire une organisation des espaces basée sur la coopération, l'égalité et la prise en compte des spécificités locales. Elle milite pour une gestion partagée des ressources et des territoires, en opposant les logiques productivistes qui cherchent à exploiter la terre sans égard pour ses habitants et ses écosystèmes.
L’atelier de Michel Lussault a permis de mettre en lumière les défis urgents liés à l’urbanisation mondiale et a permis d’échanger sur les alternatives possibles pour construire des villes plus soutenables, en remettant en question les modèles de développement actuels et en explorant des formes d'organisation sociale et territoriale plus respectueuses de l’environnement.
Le géographe Michel Lussault, a organisé une chambre d’enquête participative pour réfléchir collectivement aux défis posés par l’urbanisation contemporaine. Cette démarche originale avait pour objectif d’examiner comment la population, la communauté de recherche, les étudiantes et étudiants ainsi que les professionnelles et professionnels perçoivent, vivent et interrogent la ville, en particulier face aux formes croissantes d’insoutenabilité économique, sociale et écologique. Chaque semaine, la chambre d’enquête accueillait la communauté universitaire, des figures politiques et des spécialistes de l’urbanisme pour discuter de trois grandes questions, soit l’insoutenabilité urbaine, la durabilité écologique et la justice sociale.
Cette enquête était volontairement simple et accessible, utilisant des outils artisanaux – papier, stylos, affiches – pour recueillir un corpus de réflexions, d’idées, d’images et de propositions. L’objectif était non seulement de dresser un diagnostic collectif, mais aussi de nourrir une pensée partagée sur les manières d’habiter, de transformer et de rendre plus soutenables les villes d’aujourd’hui et de demain.
Au cœur de cette démarche, Michel Lussault a introduit une distinction conceptuelle essentielle entre soutenabilité et durabilité. Pour lui, la soutenabilité désigne l’ensemble des conditions sociales, politiques et symboliques qui rendent possible et soutenue la vie urbaine, tandis que la durabilité se réfère plus particulièrement à la robustesse des infrastructures dans le temps et l’espace. Cette clarification a permis de mieux cerner les mécanismes qui rendent aujourd’hui la vie urbaine insoutenable : dépendance excessive aux ressources planétaires, à l’extractivisme et aux chaînes logistiques mondiales; spéculation immobilière nourrissant une crise du logement; dégradation des écosystèmes; contribution massive au réchauffement climatique; et aggravation des inégalités sociales et environnementales. Ces constats, bien que relevés à partir du cas d’Ottawa, témoignent de tendances globales propres à une urbanisation planétaire devenue insoutenable.
Mais au-delà du constat, l’ambition de cette chambre d’enquête était de dégager des pistes de transformation. Lussault insiste sur le fait que les solutions ne doivent pas être uniquement techniques ou technico-économiques : elles doivent émaner d’une réflexion collective et d’un engagement citoyen. Il souligne le rôle central des personnes cohabitantes – les habitantes et habitants eux-mêmes – qui doivent être placées au premier plan dans la redéfinition des manières d’habiter ensemble. Plusieurs propositions ont émergé : rétablir une ville de la proximité (p. ex., le tour de ville du quart d’heure), repenser les normes architecturales, recycler, valoriser la coopération plutôt que la performance, privilégier la robustesse plutôt que l’efficacité et cultiver une nouvelle culture de la cohabitation. Les personnes participantes ont fait des contributions marquantes, notamment la proposition de s’émanciper de l’idée qu’il n’existe pas de solution de rechange au capitalisme actuel, soulignant que ce modèle dominant n’est pas une fatalité naturelle, mais un système parmi d’autres que nous pouvons imaginer autrement.
Malgré cette richesse d’idées, Lussault a constaté que les discussions devenaient plus difficiles dès lors qu’il s’agissait de formuler des solutions concrètes, comme si une peur collective, une fatigue anticipée ou une forme de résignation paralysait l’envie d’agir. Alors que le diagnostic fait largement consensus, l’habileté à imaginer des solutions de rechange semble bloquée par une forme de résignation collective, comme si nous doutions de notre capacité à changer réellement. Face à cela, Lussault propose une suite ambitieuse : dans le cadre de l’initiative Villes durables, il suggère de lancer une véritable réflexion de science-fiction urbaine et territoriale. En réunissant des membres des communautés étudiante et de recherche, des artistes, des architectes ainsi que des habitantes et habitants, cette démarche prospective consisterait à construire collectivement des scénarios de futurs possibles, afin de rétablir la soutenabilité urbaine. Selon lui, la Faculté des arts est particulièrement bien placée pour piloter cette approche interdisciplinaire, en mobilisant à la fois les sciences sociales, l’ingénierie, les sciences de la communication et les arts. Pour Lussault, il est urgent de réactiver notre imagination collective et nos récits du futur, afin de penser autrement l’habitabilité de nos villes.
26 mars 2025, de 13h30 à 16h00
Un workshop international, organisé par le Centre de recherche sur le futur des villes, a réuni des chercheuses et chercheurs en anthropologie, géographie et études urbaines. L’événement a exploré les enjeux énergétiques à travers les prismes de l’éthique, des émotions collectives et des futurs durables, autour de deux conférences principales suivies de discussions avec une quarantaine de participants.
La première présentation a été assurée par la professeure Mette High, anthropologue à l’Université de St Andrews (Écosse) et directrice fondatrice du centre pour l’éthique de l’énergie. S’appuyant sur une enquête ethnographique menée auprès de producteurs de pétrole et de gaz au Colorado (États-Unis), elle a exploré comment des émotions telles que la fierté et l’optimisme participent à la construction de la valeur morale du travail énergétique. Mettant en lumière les tensions entre engagement affectif et impact environnemental, elle a souligné que les systèmes énergétiques sont porteurs de jugements moraux implicites. Sa réflexion s’inscrit dans le champ émergent de l’éthique de l’énergie, qu’elle développe en collaboration avec Jessica Smith, et qui examine les dimensions morales des infrastructures énergétiques et des discours qui les accompagnent.
Adam Fleischmann, chercheur postdoctoral a présenté la seconde communication. Son projet, intitulé « Ressentir le changement climatique à l’échelle mondiale », s’intéresse aux spécialistes du climat occupant des fonctions intermédiaires — dans la modélisation, l’éducation, l’analyse ou la coordination de réseaux — qui œuvrent à l’interface entre la science du climat et la décision politique.
Son travail interroge comment ces personnes, en Amérique du Nord et en France, mobilisent des émotions comme l’anxiété écologique ou le deuil climatique pour donner sens à leur engagement professionnel. En s’appuyant sur la théorie des affects et le concept de « structures de sentiment » (Raymond Williams), Fleischmann propose une lecture anthropologique de la transition énergétique, où les projets de renouvelable ne sont pas uniquement techniques, mais également porteurs de visions du monde et de récits normatifs sur le futur.
Les deux présentations ont été suivies d’un échange entre les intervenantes et intervenants, puis de commentaires d’universitaires : Vincent Mirza, professeur d’anthropologie et directeur du Centre de recherche sur le futur des villes, et Michel Lussault, géographe. Ces commentaires ont mis l’accent sur le rôle des villes comme espaces d’expérimentation éthique et sur les tensions entre éthique normative et éthique ordinaire. La discussion finale avec le public a permis d’approfondir certaines thématiques clés, notamment les émotions de peur, de contradiction ou de culpabilité face aux enjeux climatiques, ainsi que la difficulté à traduire les responsabilités globales en actions locales concrètes.
Ce workshop a mis en évidence la nécessité d’une approche interdisciplinaire du changement climatique, intégrant les dimensions affectives, culturelles et morales des transitions énergétiques. Loin d’être neutres, les choix énergétiques apparaissent comme des révélateurs d’aspirations sociales, de structures émotionnelles collectives et de visions du futur.
7 mai 2025, 11h30-12h45.
À travers une approche à la fois critique et pragmatique, la chercheuse a interrogé les effets parfois paradoxaux des politiques d’assainissement environnemental dans les zones urbaines. En s’appuyant sur des recherches empiriques et des modèles analytiques avancés, elle a montré que certaines interventions écologiques bien intentionnées peuvent entraîner des conséquences sociales involontaires, en particulier le déplacement des populations vulnérables. Ce phénomène, qu’elle qualifie d’ « éco-embourgeoisement», désigne l’effet collatéral de l’amélioration de l’environnement urbain, notamment dans des quartiers historiquement marginalisés, qui voient l’arrivée de nouvelles personnes plus aisées, la hausse des loyers et la mise à l’écart des habitantes et habitants de longue date.
Dans un premier temps, la conférencière est revenue sur le problème structurel de l’injustice environnementale, particulièrement marqué aux États-Unis. Elle a rappelé que les minorités raciales et ethniques – notamment les communautés afro-américaines, asiatiques et autochtones – sont exposées de manière disproportionnée aux pollutions industrielles et aux sols contaminés, tout en ayant un accès limité aux espaces verts et aux infrastructures environnementales. Loin d’être une simple inégalité spatiale, cette situation reflète des dynamiques de pouvoir et d’exclusion structurelle.
L’un des exemples emblématiques abordés a été celui des friches industrielles. Leur assainissement, souvent porté par des politiques de revitalisation urbaine ou de développement durable, peut déclencher des processus d’embourgeoisement. En effet, l’amélioration de la qualité de l’air, du sol ou du paysage attire de nouveaux investissements et de nouvelles personnes, ce qui fait grimper les prix de l’immobilier. Or, dans de nombreux cas, ce changement socio-économique rapide conduit au déplacement involontaire des populations locales, en particulier celles à faible revenu. Heather E. Campbell a précisé que l’embourgeoisement peut être motivé soit par la demande (arrivée de nouveaux ménages), soit par l’offre (investissements et développement planifié). Elle a cependant souligné que ce phénomène n’entraîne pas systématiquement un déplacement, et que ses effets varient selon les contextes.
Pour comprendre ces dynamiques, la chercheuse a proposé d’aborder la ville comme un système adaptatif complexe (SAC), une approche inspirée des sciences de la complexité. Dans cette perspective, les villes sont vues comme des entités caractérisées par des interactions non linéaires, des effets d’émergence, une forte interdépendance entre les acteurs et des variations spatiales marquées (clustering). Elle a notamment appliqué ce cadre théorique à la ville de New York, dont la densité, la diversité sociale et les fortes pressions foncières exacerbent les effets de l’éco-embourgeoisement. Une politique efficace, selon elle, doit reconnaître cette complexité afin d’éviter les solutions simplistes.
Sur le plan méthodologique, la conférence s’est appuyée sur deux outils principaux : la modélisation multi-agents (MMA), qui permet de simuler les comportements et interactions de divers groupes sociaux face aux changements urbains; et l’analyse comparative qualitative (ACQ), utilisée pour identifier les combinaisons de facteurs favorisant ou atténuant le déplacement. À partir de ces outils, Heather E. Campbell a présenté plusieurs scénarios testés à travers des études de cas: implantation de parcs de différentes tailles, création d’infrastructures économiques locales, ou encore politiques d’accessibilité au logement.
Elle a notamment insisté sur plusieurs conclusions majeures : premièrement, l’éco-embourgeoisement et le déplacement ne sont pas des fatalités, mais doivent être analysés séparément. Deuxièmement, certaines zones sont plus vulnérables que d’autres : les quartiers à forte densité, situés près des centres d’affaires ou en bordure de zones déjà en voie d’embourgeoisement. Troisièmement, le déplacement crée une instabilité sociale durable, notamment en exposant les populations déplacées à des cycles répétés de relocalisation. Enfin, elle a présenté des pistes politiques concrètes pour limiter ces effets: intégrer des mesures de justice sociale dans les projets d’assainissement, promouvoir des stratégies dites « vert juste-sufisant » qui évitent les transformations trop attractives pour les populations à hauts revenus, et contrôler les hausses des loyers via des outils fiscaux ou des plafonds de loyer lorsque la législation le permet.
En conclusion, Heather E. Campbell a plaidé pour une planification urbaine à la fois écologiquement responsable et socialement équitable, capable de reconnaître les tensions entre durabilité et justice. Elle a insisté sur la nécessité de concevoir des politiques sensibles aux contextes locaux, évolutives, et éclairées par les réalités vécues des populations concernées. Son intervention a ainsi enrichi la réflexion sur les défis de la transition urbaine, en soulignant que toute démarche vers un environnement plus sain doit être accompagnée d’une vigilance accrue sur ses effets sociaux.
12 mars 2026, 16 h – 18 h
Nico Larco, professeur au département d’architecture de l’Université de l’Oregon, directeur du centre Urbanism Next et codirecteur du Sustainable Cities Institute, a présenté le 12 mars 2026 la conférence intitulée « Sustainable Urban Design Framework » à la Faculté des arts de l’Université d’Ottawa. Cet évènement, organisé sous l’égide de l’initiative Villes durables André-Gauthier, proposait un cadre conceptuel visant à mieux comprendre et intégrer les différentes dimensions de la durabilité dans la conception et la planification des espaces urbains.
Dans un premier temps, le professeur Larco a souligné la complexité des défis auxquels les villes sont aujourd’hui confrontées. L’aménagement du territoire, la densité, les transports et la mobilité individuelle, la crise du logement et l’équité sociale, ainsi que l’urbanisme au sens large, qui comptent parmi les enjeux les plus importants auxquels font face les villes aujourd’hui, en particulier dans le contexte des changements environnementaux. À ces défis s’ajoute désormais l’essor de l’intelligence artificielle, qui ne se limite pas à transformer les outils, mais reconfigure en profondeur les pratiques de conception, d’analyse et de prise de décision en planification urbaine. Toutefois, la nature et l’intensité de ces défis varient selon les territoires.
Dans ce contexte, plusieurs systèmes d’évaluation servent de référence pour orienter les pratiques, notamment LEED, SITES v2, DGNB et BREEAM. Cependant, ces référentiels s’adressent principalement aux professionnels de la planification urbaine, alors que la durabilité urbaine se construit à différentes échelles territoriales et implique une diversité d’acteurs.
Dans cette perspective, le professeur Larco a présenté le « Sustainable Urban Design Framework », un cadre analytique et conceptuel destiné à structurer la réflexion, orienter l’action et appuyer les processus décisionnels dans la production des environnements urbains. Ce cadre se présente sous forme d’une grille d’analyse qui croise cinq domaines thématiques avec plusieurs échelles d’intervention urbaine, allant de la région métropolitaine au quartier jusqu’à la parcelle de projet, en passant par l’îlot et la rue.
Dans la présentation, ces enjeux ont été abordés sous divers angles d’intervention afin d’en préciser les leviers à différentes échelles de la pratique urbaine. Ils comprennent :
- L’usage de l’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, en lien avec les stratégies de réduction de la consommation énergétique et de décarbonation ;
- La gestion de l’eau, y compris la conservation, le drainage et l’adaptation aux risques hydrologiques;
- L’écologie et les habitats, dans une optique d’intégration des systèmes écologiques dans les environnements bâtis ;
- La production et les systèmes énergétiques, sous l’angle de l’intégration des infrastructures et des sources d’énergie dans le tissu urbain ;
- L’équité et la santé, qui mettent l’accent sur les dimensions sociales de l’aménagement, telles que l’accessibilité, l’inclusion et la qualité des milieux de vie.
Le professeur Larco a également souligné l’importance d’identifier les «co-bénéfices » pouvant découler de certaines stratégies d’aménagement. Par exemple, la densification et la mixité des usages peuvent à la fois réduire la dépendance à l’automobile, améliorer l’accès aux services et favoriser une vie urbaine plus dynamique. Toutefois, certaines stratégies peuvent aussi engendrer des tensions ou des compromis entre différents objectifs de durabilité. Le cadre proposé vise ainsi à anticiper les situations afin d’accompagner les décisionnaires vers des choix plus éclairés.
Le professeur a insisté sur la nécessité de dépasser les « silos disciplinaires » qui caractérisent souvent les pratiques de planification urbaine. En mettant en relation différents domaines d’intervention, le cadre favorise la collaboration entre urbanistes, architectes, ingénieures et ingénieurs, spécialistes de l’environnement et décisionnaires publics. De plus, les groupes communautaires ainsi que les résidentes et résidents peuvent utiliser ce cadre pour mieux comprendre les dynamiques de développement urbain et intervenir de manière plus éclairée dans les processus de transformation et de changement.
Le « Sustainable Urban Design Framework » peut également être mobilisé de manière opérationnelle dans la pratique professionnelle. Il constitue un outil de conception pour accompagner les équipes lors de l’élaboration de projets urbains, tout en offrant un cadre d’évaluation permettant d’analyser les conditions existantes d’un territoire et d’identifier des pistes d’amélioration. Par ailleurs, ce ca dre favorise le dialogue avec les différentes parties prenantes en fournissant un langage commun pour discuter des priorités et des objectifs d’un projet urbain.
La conférence a souligné l’importance d’adopter une approche intégrée et multidimensionnelle pour répondre aux défis de la durabilité urbaine. Le professeur Larco y a montré que le cadre qu’il propose permet de structurer l’analyse des projets urbains afin de mieux comprendre les interactions entre les dimensions environnementales, sociales et énergétiques. Il a également rappelé le rôle actif des acteurs de la planification et de la conception dans la transformation de l’environnement bâti afin de créer des villes plus durables et plus habitables.
La conférence s’est conclue par une période d’échanges particulièrement riche avec le public, révélant un fort intérêt et un engagement marqué des personnes présentes. Les échanges ont montré que les idées du professeur Larco résonnent auprès d’un large éventail d’acteurs, soulignant ainsi la pertinence et l’accessibilité de la présentation.
05 mai 2025
Dans le cadre de l’Assemblée générale annuelle de l’Institut de recherche "LIFE", le Professeur. Brian Ray, directeur de l’Initiative Villes Durables, a présenté une conférence sur les enjeux d’accessibilité au logement à travers le parcours de vie.
S’appuyant sur les données du recensement de 2021, il a comparé les situations observées à Montréal, Ottawa-Gatineau et Toronto, en mettant en lumière les inégalités sociospatiales liées à l’âge, au genre et au type de ménage.
La présentation a permis d’identifier trois dimensions clés de l’inaccessibilité au logement chez les populations vieillissantes :
- Les marchés du logement sont locaux et les problèmes d’accessibilité varient d’une ville à l’autre en gravité et selon les groupes vulnérables concernés ;
- L’accessibilité est étroitement liée au type de ménage dans lequel vivent les personnes ;
- Les femmes sont beaucoup plus susceptibles que les hommes de vivre dans une situation d’insécurité de revenu, ce qui se traduit par des difficultés accrues d’accès au logement.
Le projet révèle notamment que les personnes âgées, en particulier les femmes seules, sont parmi les plus touchées par les problèmes d’accessibilité. Cette vulnérabilité est plus aiguë à Toronto, où les jeunes adultes rencontrent également des difficultés comparables à celles des personnes âgées – un contraste marqué avec les tendances observées à Montréal et Ottawa-Gatineau.
En conclusion, Brian Ray a souligné que la durabilité sociale des villes dépend de politiques publiques attentives aux effets du vieillissement, aux structures familiales et aux inégalités de genre. Il a appelé à une planification inclusive qui prenne en compte les trajectoires de vie différenciées afin de garantir un accès équitable au logement pour l’ensemble des citoyens.
Les chercheuses et chercheurs invités ont mené des activités significatives en dehors des conférences publiques. Le présent résumé met en lumière les contributions de deux chercheurs dont les travaux se sont distingués par leur portée interdisciplinaire, leur impact institutionnel et leur contribution à l’animation de la vie universitaire locale et internationale.
Adam Fleischmann, PhD:
1er septembre 2024 – 31 août 2026
Parallèlement à sa participation au colloque international Éthique de l'énergie et futurs urbains dans l'Anthropocène en mars 2025, Adam Fleischmann a poursuivi un programme de recherche riche et structuré, intégrant publications, travaux sur le terrain, enseignement et engagement institutionnel, en cohérence avec les objectifs de l’initiative villes durables.
Il a publié plusieurs textes scientifiques et en a soumis d’autres, qui sont en cours d’évaluation par les pairs :
- Convening Climate Activism in Canada (Routledge, janvier 2025)
- Feeling Global Climate Change (à paraître, University of Colorado Press)
- Ethnography in the Study of Health Information Systems (Edward Elgar Publishing, janvier 2025)
- The Case for Letting Canada Burn (article invité, Anthropologica, soumission prévue en juin 2025)
- Telecommuting and Remote (Field)work (en préparation pour American Ethnologist, août 2025)
- Access and Virtual Primary Care (soumission prévue à The Annals of Family Medicine, juin 2025)
Ces publications explorent les intersections entre anthropologie, éthique environnementale, émotions climatiques, santé publique et méthodes de terrain en contexte de crise écologique.
Du côté de l’enseignement, au trimestre d’hiver 2025, Adam Fleischmann a conçu et animé un séminaire de deuxième cycle intitulé ANT 6122 – Anthropologie environnementale, axé sur les méthodologies critiques de recherche et les débats contemporains autour de la justice environnementale. Il a également été invité à donner une conférence dans le cours GEG 2108/ENV 2108, dirigé par le professeur Brian Ray, sur les tensions entre militantisme, émotions et éthique climatique.
Engagé dans la communauté universitaire, il est responsable de section pour la Société d’anthropologie culturelleet membre du groupe d’intérêt sur le changement climatique. Il a participé à plusieurs lancements scientifiques en 2025, et poursuit actuellement un projet de pré-terrain exploratoire en France, prévu entre juin et juillet 2025 sur les récits émotionnels liés à la transition énergétique.
Il coorganise par ailleurs un panel international dans le cadre du congrès Energy Ethics 2026 à l’Université de St Andrews (R-U), en partenariat avec la professeure Mette High, poursuivant ainsi une réflexion interdisciplinaire sur les futurs énergétiques dans un contexte d’incertitude et d’anxiété écologique.
Fahd Abdelaziz Hemeida:
2 février – 28 mai 2025
Le séjour de Fahd Abdelaziz Hemeida a été consacré à la recherche collaborative et au renforcement des partenariats internationaux. M. Hemeida a mené trois projets de synthèse sur les villes durables avec des collègues de l’Université d’Ottawa et de l’Université Carleton :
- AI-Driven Generative Design for Sustainable Cities
- Harnessing Entrepreneurial Innovation
- Sustainable Design and Human Behaviour in Urban Spaces
Ces travaux, en cours de rédaction, visent des publications scientifiques entre la fin 2025 et le début 2026.
Parallèlement, M.Hemeida a institué et rédigé un protocole d’entente entre l’Université d’Ottawa et l’Académie arabe des sciences, de la technologie et du transport maritime.Ce protocole encadre la création d’écoles d’été en design urbain durable et en entrepreneuriat, des stages et d’initiatives de mobilité étudiante entre le Canada et l’Égypte, et de projets de recherche conjoints portés par des équipes interinstitutionnelles.
Il a rencontré plusieurs responsables universitaires (Faculté de génie, Centre en génie entrepreneurial de la conception, Université Carleton) afin de poser les bases d’une coopération institutionnelle pérenne..
En parallèle, M. Hemeida a pris part à de nombreux événements locaux de réseautage et de sensibilisation organisés par des acteurs clés des milieux universitaires et professionnels à Ottawa, ce qui a permis d’élargir les réseaux de collaboration et de valoriser l’initiative Villes durables dans une perspective Sud-Nord:
- Carbon Leadership Forum Ottawa Hub Social-26 février 2025-
- AI Playground Workshop- 3 et 10 mars 2025-
- OCSNRS – Ottawa-Carleton Student Northern Research Symposium -7 mars 2025-
- PEO Engineering Month Event -21 mars 2025-
- ORSA Annual General Meeting -7 mai 2025-
Deux projets de recherche interdisciplinaires ont été sélectionnés pour la période allant du 1er mai 2025 jusqu’au 30 avril 2026.
Ces projets s’inscrivent dans une volonté de promouvoir l’innovation en matière de durabilité urbaine à travers des approches combinant sciences sociales, santé publique, géographie, environnement et technologies émergentes. Ce résumé présente les deux projets retenus, en mettant en lumière leurs objectifs, leur méthodologie, les stratégies de mobilisation des connaissances et les plans de formation prévus pour les étudiantes et étudiants participants.
Chercheur : Prof. Huhua Cao
Le projet vise à évaluer les impacts socio-économiques, environnementaux et culturels des investissements chinois dans les infrastructures urbaines en Angola depuis la fin de la guerre civile, en se concentrant sur des cas emblématiques comme la ville nouvelle de Kilamba. Il interroge la durabilité de ces investissements dans un contexte post-conflit, en analysant leurs effets sur les dynamiques migratoires, l’accessibilité du logement, la participation communautaire, la gouvernance environnementale et les inégalités sociales.
La méthodologie combine des données quantitatives (télédétection, modélisation spatiale, enquêtes auprès de 600 ménages) et qualitatives (entretiens avec décisionnaires, communautés locales, entreprises chinoises) ainsi qu’une analyse temporelle de l’évolution du territoire de 2000 à 2025. Des outils d’intelligence artificielle sont mobilisés pour l’analyse spatiale et textuelle, avec une visée comparative sur d’autres contextes du Sud global.
La diffusion des résultats se fera dans le cadre d’ateliers organisés à Ottawa et en Angola, en collaboration avec UN-Habitat et le Développement Workshop. Le projet intègre également un programme de formation structuré pour les étudiantes et étudiants des cycles supérieurs participant à toutes les phases de la recherche, de l’analyse à la valorisation scientifique.
Ce projet contribue aux réflexions internationales sur l’urbanisation post-conflit et la coopération Sud-Sud, tout en offrant des recommandations concrètes pour une urbanisation plus équitable et durable.
Chercheuse :Prof. Xiangfei Meng
Ce projet analyse comment les caractéristiques des quartiers et de l’environnement bâti influencent la qualité de vie des adultes d’âge moyen et des personnes âgées, en tenant compte des inégalités socioéconomiques. Il s’appuie sur l’exploitation des données longitudinales de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement (Canadian Longitudinal Study on Aging – CLSA), comprenant plus de 49 000 répondantes et répondants, couplées aux données environnementales du Consortium canadien de recherche sur les environnements urbains (CANUE). Ces bases de données permettent d’examiner de manière fine les effets croisés de l’environnement physique, de la privation sociale et du statut socioéconomique sur le bien-être psychologique et social.
La méthodologie repose sur des modèles de régression linéaires et mixtes, ainsi que sur des analyses en réseaux longitudinaux (CLPN) permettant de détecter les facteurs clés qui influencent la qualité de vie au fil du temps. Le projet prévoit également une analyse comparative entre hommes et femmes afin d’identifier d’éventuels effets différenciés selon le genre. Deux étudiantes ou étudiants de premier cycle (une ou un en sciences de la santé et l’autre en science des données) seront recrutés pour contribuer à l’analyse, à la revue de la littérature et à la diffusion des résultats.
La stratégie de mobilisation des connaissances est ambitieuse : trois articles scientifiques seront soumis à des revues internationales de haut niveau, telles que Psychological Medicine; des présentations seront organisées lors de congrès spécialisés (par exemple celui de la Société canadienne d’épidémiologie et de biostatistique); et des activités de vulgarisation (blogues, réseaux sociaux, balados) cibleront le grand public. En partenariat avec l’Agence de la santé publique du Canada, l’Association canadienne pour la santé mentale et les responsables de l’étude CLSA, des ateliers seront mis en place pour transférer les résultats aux décisionnaires et aux praticiennes et praticiens.
En croisant santé publique, inégalités sociales et urbanisme, ce projet propose une lecture innovante de la qualité de vie urbaine dans une société vieillissante, avec des retombées concrètes pour la planification territoriale et les politiques sociales. Il constitue une étape préparatoire pour les demandes de subvention auprès des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH).
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