En créant des visualisations de données et en s’inspirant des conseils de leurs mentores et mentors, ces étudiantes et étudiants ont conçu des solutions originales, diverses, pertinentes et réalistes en seulement 24 heures.
Certains groupes ont proposé de travailler avec des acteurs et des partenaires du secteur privé pour lancer des campagnes d’éducation aux médias dans les écoles primaires et secondaires et les universités.
D’autres ont eu l’idée de regrouper l’information dans des archives collaboratives tenues par des acteurs communautaires pour offrir des sources de connaissances en ligne équitables, exactes, inclusives et représentatives.
Un autre groupe a présenté des modifications aux algorithmes des médias sociaux en vue de réduire la polarisation due aux bulles algorithmiques, qui présentent aux internautes uniquement des contenus qui renforcent leurs croyances.
Le jury composé de spécialistes de Wikimédia Canada, de professeures et professeurs de l’Université et d’un journaliste du quotidien Le Droit a couronné son favori. Le groupe vainqueur proposait la mise en place d’un cadre réglementaire plus rigoureux pour prévenir et poursuivre au pénal les hypertrucages et les images et vidéos sexualisées sans consentement générées par l’intelligence artificielle.
Louis Germain, directeur général de Wikimédia Canada, s’est dit impressionné par les groupes étudiants : « Ils ont eu beaucoup de bonnes idées. Ce qu’il y a d’intéressant dans ce genre de cours intensif [...] c’est la possibilité d’exprimer ouvertement toutes les idées qu’on a en tête, et c’est ainsi que les solutions les plus improbables voient le jour. Je trouve ça génial. »
La collaboration interdisciplinaire, le moteur du laboratoire
Ce tout premier laboratoire d’innovation de la Faculté des arts est né sous l’impulsion d’Alain Malette, directeur principal, Développement de carrière et apprentissage expérientiel, qui a soumis le projet à Jada Watson, vice-doyenne aux affaires académiques et à l’innovation pédagogique à la Faculté des arts. Elle n’a pas hésité une seconde.
L’École de gestion Telfer a ses sprints d’innovation, et la Faculté des sciences sociales organise son Défi FSS.
Désormais, la Faculté des arts aurait sa propre version : les laboratoires d’innovation. Ce cours intensif, collaboratif et novateur de 1,5 crédit rassemble des étudiantes et étudiants de divers programmes pendant trois jours.
« Le but de ce cours est de réunir des personnes de toutes les facultés pour résoudre un problème réel », explique la vice-doyenne.
Les gens des différentes disciplines se croient très éloignés les uns des autres, mais la réalité est tout autre, soutient-elle.
« Quand on travaille ensemble, on se rend compte qu’on réfléchit et qu’on s’intéresse aux mêmes problèmes, mais avec des points de vue différents », poursuit-elle.
Pour cette première édition, Jada Watson a choisi le thème « presque immédiatement », sachant que Wikimédia Canada avait « proposé cette formidable piste d’exploration » autour d’un enjeu pressant : la mésinformation, la désinformation, les fausses nouvelles et les déformations de la réalité qui pullulent en ligne.
Pour celles et ceux qui ont raté le premier laboratoire ou qui en redemandent, elle a une bonne nouvelle.
« Il y aura très certainement une deuxième édition, assure-t-elle. Ce qu’il y a d’extraordinaire avec ce genre de cours, c’est qu’il y aura toujours un besoin ou un problème urgent qu’on peut analyser sous le prisme des arts et qui n’a pas encore été abordé dans un autre défi ou sprint. »
« Une formidable occasion de s’impliquer » : l’engagement étudiant au cœur du laboratoire d’innovation
Janisa Visutskie, étudiante de deuxième année en sciences politiques et histoire, s’est inscrite au laboratoire d’innovation de la Faculté des arts pour élargir son horizon dans la communauté universitaire.
« C’était le moyen idéal de participer davantage à la vie sur le campus, et surtout de rencontrer des pairs », dit-elle.
Ce cours l’a obligée à sortir de sa zone de confort, elle qui a l’habitude de travailler seule dans son programme.
« Tout va très vite, observe-t-elle. On doit faire preuve d’une grande réactivité, trouver rapidement des idées. Il faut aussi apprendre à travailler avec les autres. »
Pour elle, le jeu en valait la chandelle. Elle était tout sourire lorsqu’elle a reçu des mains de Louis Germain son certificat pour sa participation à la présentation de son groupe sur le cadre de réglementation contre les hypertrucages.
Yannis Affoum, étudiant de deuxième année en études de l’environnement, participait pour la première fois à une activité sur le campus depuis son entrée à l’Université d’Ottawa.
« J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup plus de gens que j’en rencontre normalement en classe, se réjouit-il. J’étais ravi de faire la connaissance d’étudiantes et étudiants d’autres facultés, notamment de Telfer et de la Faculté des sciences. »
Le laboratoire d’innovation de la Faculté des arts était aussi la première expérience collaborative d’Ella Mante, étudiante de deuxième année en finance.
« Ces rencontres avec des gens d’autres départements sont un excellent moyen d’aller vers les autres », témoigne-t-elle.
Étudiante en comptabilité, Kim Athens Mendiola a aimé par-dessus tout le travail pratique et la rétroaction de la part du corps professoral et de spécialistes des médias, des communications et de l’éducation citoyenne.
Les mentores et mentors de Wikimédia Canada l’ont aidée à comprendre le processus de vérification de l’information sur des plateformes ouvertes de connaissances comme Wikipédia.
La collaboration est résolument au centre du cours. Yannis Affoum, Ella Mante et Kim Athens Mendiola ont élaboré ensemble un plan de partenariat avec des organisations en vue d’offrir à des commissions scolaires un atelier d’éducation aux médias pour apprendre aux élèves des niveaux intermédiaires et secondaires à reconnaître les informations erronées ou nuisibles en ligne.
Comprendre la structure pour en démonter les rouages
Le laboratoire était dirigé par Pascale Dangoisse, chargée de programmes à Wikimédia Canada et professeure à temps partiel au Département de communication et au microprogramme cultures numériques. Elle voulait essentiellement faire prendre conscience aux étudiantes et étudiants des nuances dans les structures qui sous-tendent la production, l’utilisation, la communication et la compréhension des informations.
« Quand on pose un jugement sur une personne ou une situation, il suffit de prendre un peu de recul pour réaliser que le problème est rarement le fait d’une seule personne, mais de nombreuses pressions et forces d’influence, explique-t-elle. Le problème est systémique, structurel. On ne peut pas changer les choses tant qu’on ne reconnaît pas ce fait. »
Pour illustrer son propos, Pascale Dangoisse a donné l’exemple des encyclopédies qui attribuent généralement l’invention de la presse à imprimer à l’Allemand Johannes Gutenberg. Or, la recherche a prouvé qu’un Chinois l’avait inventée plusieurs siècles auparavant. Malgré cela, l’histoire occidentale dominante a occulté le véritable inventeur en raison de facteurs structurels.
Pascale Dangoisse estime qu’il est essentiel de détecter les failles des systèmes de connaissance pour trouver des solutions.
« Je veux amener les étudiantes et étudiants à réfléchir autrement », souligne-t-elle.
Il va sans dire qu’elle est très fière de leur travail.
« Leurs solutions, j’en ai les larmes aux yeux... c’était très positif, s’émeut-elle. C’est très rassurant de les voir déployer tant de créativité dans le contexte mondial actuel. »