Jennifer Blair, professeure agrégée au Département d’English de l’Université d’Ottawa, était aux Archives de la Nouvelle-Écosse lors de l’annonce.
La coordonnatrice du projet a collaboré avec d’autres universitaires, des archivistes et des personnes descendantes de la population loyaliste noire pour préparer la demande d’inscription des archives au Registre de la Mémoire du monde du Canada. Administré par la Commission canadienne pour l’UNESCO, le Registre vise à préserver et à améliorer l’accès aux archives historiques d’intérêt national.
Selon la professeure, l’ajout de ces documents d’archives – notamment des pétitions, des témoignages juridiques, des certificats d’affranchissement, des cartes illustrant l’attribution de terres et des documents de transfert de biens – constitue une étape clé d’un vaste projet de recherche. Son objectif : mettre au jour l’histoire longtemps occultée des premières communautés noires au Canada.
« L’inscription au Registre suscitera davantage d’intérêt envers l’histoire loyaliste noire et facilitera l’accès aux archives pour les chercheuses et chercheurs, notamment pour les personnes descendantes des loyalistes noirs, se réjouit-elle. Elle offre aussi une autre occasion, pour la population canadienne, de composer avec le passé d’esclavage au pays et ce qu’il a laissé derrière, comme le racisme anti-noir, qui se manifeste encore aujourd’hui de multiples façons. »
La professeure explique qu’en plus de mettre de l’avant l’autoreprésentation, l’autonomie et l’organisation politique de la population loyaliste noire de l’époque, la collection souligne le long héritage militant de la descendance du groupe dans les Maritimes, « attachée à la préservation du legs de ses ancêtres et au renforcement de la communauté ».
Intitulée Black Loyalists in Canada: Autonomy, Advocacy, Community, Legacy, la collection regroupe des documents d’archives conservés par quatre organisations partenaires : le Black Loyalist Heritage Centre, les Archives de la Nouvelle-Écosse, les Archives provinciales du Nouveau-Brunswick et le Musée du comté de Shelburne.
L’apport de l’Université d’Ottawa
Le projet de Jennifer Blair a reçu le financement de la Faculté des arts pour diverses activités, allant de conférences rassemblant des personnes descendantes de la population loyaliste noire et des spécialistes des études afro-canadiennes, à l’achat d’appareils pour la numérisation des archives.
La chercheuse se dit reconnaissante du soutien à la recherche offert par la Faculté, et souligne le rôle déterminant des étudiantes et étudiants dans la réalisation du projet.
Les archives de la collection sont associées à deux rares mémoires du 18e siècle, rédigés par des auteurs loyalistes noirs, Boston King et David George, qui sont à la bibliothèque de l’Université d’Ottawa aux Archives et collections spéciales.
« J’ai collaboré avec la fantastique équipe, dont les archivistes, aux Archives et collections spéciales, afin de non seulement faire reconnaître l’importance de ces documents, mais aussi de réfléchir à leur portée contemporaine, tant au sein de la communauté universitaire qu’en-dehors des murs de l’établissement », souligne Jennifer Blair.
Elle raconte que c’est le travail réalisé par le service des Archives et collections spéciales pour faire inscrire une autre collection – les Archives canadiennes du mouvement des femmes – au Registre de la Mémoire du monde du Canada qui l’a inspirée à proposer la collection sur la population loyaliste noire.
Un passé à apprivoiser : la contribution de la collection de la population loyaliste noire à la reconnaissance de l’oppression raciale vécue au Canada
Comme l’explique la Commission canadienne pour l’UNESCO, la collection sur la population loyaliste noire au Canada comprend des témoignages individuels de personnes exprimant leur désarroi face à des conditions de vie dégradantes et à l’absence de liberté et des terres promises.
Les archives judiciaires de la collection révèlent les histoires de personnes loyalistes noires capturées par des colons blancs tentant de les réduire de nouveau à l’esclavage, de même que des affaires d’agression ou de harcèlement qui témoignent du contrôle social exercé à l’égard des couples interraciaux.
Jennifer Blair explique que, lorsqu’on élargit les recherches au-delà des premiers textes noirs publiés, on découvre une abondance de témoignages sur la vie de la population loyaliste noire au Canada, des archives associées à des organisations politiques noires et des pétitions.
« Il est exceptionnel qu’on ait accès aux récits d’autant de voix noires du 18e siècle au Canada, et, pour les personnes qui ne connaissent que les documents traditionnellement associés aux premiers textes fondateurs de la culture noire en Amérique du Nord, écrits par une poignée de noms reconnus, c’est généralement assez surprenant », explique-t-elle.
En rassemblant et diffusant ces témoignages directs de l’expérience noire au Canada, souligne la chercheuse, on arrive à mieux comprendre et transformer les traces qu’elle a laissées.
« On sait que l’histoire de l’esclavage au Canada n’a pas encore été pleinement reconnue, ni celle du racisme envers les personnes noires au pays, qui existe depuis longtemps et qui perdure encore en grande partie aujourd’hui dans nos institutions, notamment dans les universités et dans la société en général, indique-t-elle. La collection sur la population loyaliste noire a beaucoup à offrir à toutes les personnes qui prennent part à notre responsabilité collective de reconnaître ce passé et les injustices actuelles. »
Il importe de souligner, dit Jennifer Blair, que le projet et la collection n’auraient pas pu voir le jour sans le travail des archivistes et des personnes descendantes de la population loyaliste noire, qui préservent le legs culturel noir au Canada : les communautés bâties, le militantisme politique, la résilience et la détermination.
« Mes travaux dépendent entièrement de l’appui des archivistes et des personnes descendantes, qui préservent depuis des siècles la mémoire de leurs ancêtres, déclare la chercheuse. J’en suis reconnaissante et je me réjouis à l’idée de continuer cette collaboration. »