Liberté d’expression et dialogue respectueux : bâtir une culture qui combine les deux

Par Common Law

Communication, Faculté de droit

le professeur Richard Moon
En janvier 2026, le professeur émérite Richard Moon – l’une des voix les plus respectées au Canada en matière de liberté d’expression et de liberté de religion – se joindra à la Section de common law pour donner un cours intensif de trois semaines intitulé Freedom of Expression and Religion (CML4114 JB).

Le professeur, qui a récemment pris sa retraite de la Faculté de droit de l’Université de Windsor, considère que ce cours sera l’occasion d’avoir des échanges soutenus avec les étudiantes et étudiants, à un moment où les questions liées à l’expression des idées façonnent les débats nationaux. « En ce moment, la liberté d’expression semble connaître un moment fort, explique-t-il. En raison de certains enjeux, comme le droit de manifester et la propagation rapide des discours haineux en ligne, elle est devenue un sujet brûlant d’actualité. »

Pendant ses dizaines d’années d’enseignement, il a observé que les étudiantes et étudiants en droit hésitent rarement à aborder des sujets difficiles quand les bonnes conditions sont réunies. Il mentionne que dans ses cours, les discussions n’ont jamais été difficiles, irrespectueuses ou inconfortables. « Il est vrai que certaines questions semblent polariser plus que d’autres, et que certaines personnes semblent tout à fait disposées à présenter leurs opinions d’une façon conflictuelle... mais la plupart des étudiantes et étudiants s’intéressent aux opinions des autres et les respectent. »

Le cours du professeur Moon s’appuie sur d’importants travaux qui ont été menés à la Faculté et qui portent sur les dialogues respectueux et l’échange d’idées.   Selon la doyenne Kristen Boon, les facultés de haut niveau prospèrent quand leurs membres interagissent avec curiosité, humilité et respect. « Ce genre de dialogue renforce notre mission professorale et enrichit notre communauté. »

En novembre 2023, l’Association des étudiantes et étudiants juifs en droit et l’Association des étudiantes et étudiants musulmans en droit se sont alliées dans un climat de profonde tristesse et de tensions mondiales. Elles ont publié une déclaration dans laquelle les membres mettent de l’avant leur humanité commune et appellent la communauté de l’Université à s’écouter mutuellement avec dignité, empathie et respect, soulignant que le caractère sécuritaire, accueillant et respectueux des campus doit être préservé.

Cet engagement à maintenir le dialogue même quand les émotions sont vives est devenu un fil conducteur de la culture de la Faculté de droit. Au cours des deux dernières années, ce principe a guidé la population étudiante, le corps professoral et l’administration à travers des moments complexes, tant en classe que dans la sphère publique.

Cet engagement se traduit aussi dans les programmes de la Faculté, notamment dans le cours donné à l’automne 2025 par Emily Laidlaw, professeure invitée Rovinescu pour la lutte contre les discours haineux. 

Son cours, Social Justice Law: Freedom of Expression and Online Hate, se penchait sur les limites de l’expression légitime, et les enjeux juridiques, sociaux et technologiques qui sous-tendent la modération du contenu délétère à l’heure du numérique. En novembre, la professeure Laidlaw a donné l’édition inaugurale de la Conférence Călin-Rovinescu intitulée « What Freedom of Expression Asks of Us », qui a été suivie d’une table ronde avec le professeur Michael Geist, le professeur Florian Martin-Bariteau et la professeure Jane Bailey.

Gérer les conversations potentiellement polarisantes

Lorsque des sujets délicats sont abordés, le professeur Moon garde un esprit réceptif et choisit de faire confiance aux étudiantes et étudiants et à leur capacité à échanger de manière respectueuse. « Je reconnais et je respecte le fait que, dans différents contextes, les gens puissent avoir des opinions très fortes sur une question. Les émotions sont parfois vives et de manière générale, tant que leur discours ne devient pas détestable et qu’il ne perturbe pas gravement la vie sur le campus, les personnes ont le droit de les vivre. »

Son objectif n’est pas d’éliminer les désaccords, mais plutôt de présenter un modèle où le respect mutuel, l’équilibre des points de vue et l’humilité intellectuelle rendent possible une écoute véritable.

La suite des choses

Les réflexions de Richard Moon s’appuient sur des dizaines d’années de recherche et d’expérience sur le terrain. Il fait remarquer que, dans un contexte où les tribunaux, les gouvernements et les communautés se débattent avec les limites de la liberté d’expression, surtout en ligne, les plateformes numériques ont amplifié les discours préjudiciables d’une manière telle « qu’ils ne peuvent plus vraiment être réglementés au moyen d’interventions juridiques traditionnelles. Ces mécanismes sont tout simplement trop lourds, trop lents » pour le monde numérique. Les discussions éclairées et respectueuses qui ont lieu dans les salles de classe sont donc plus que jamais indispensables.

Le professeur Moon, qui se prépare actuellement à donner son cours, intègre une communauté en étant prêt à s’inspirer des travaux réalisés jusqu’ici tant par les étudiantes et étudiants que par ses collègues. Son cours sera une occasion rare d’apprendre de l’un des plus grands experts en droit constitutionnel au Canada, à un moment où les questions qu’il étudie façonnent la vie publique.

Dans cette époque marquée par des changements rapides et une polarisation croissante, l’Université d’Ottawa continue d’emprunter une voie où priment l’équilibre des points de vue, le respect et la compréhension.