Savoir se décharger : des moyens pratiques pour protéger le bien-être des juristes

Par Common Law

Communication, Faculté de droit

Erin Cowling and the cover of her new book, the modern freelance lawyer
Aux avocates et avocats qui ont l’impression de devoir tout faire eux-mêmes, qui se surchargent et qui finissent par s’épuiser professionnellement : vous avez le droit de demander de l’aide.

Que vous soyez en début de carrière ou que vous cumuliez plusieurs années d’expérience, vous avez un réseau de soutien à portée de main… même si vous n’en avez pas encore conscience.

Je sais tout ça, car je me suis retrouvée dans la même situation. Après avoir trop travaillé près de 10 ans comme avocate plaidante, j’ai quitté la pratique traditionnelle pour devenir avocate pigiste. Aujourd’hui, j’assiste d’autres juristes dans leurs tâches, de façon ponctuelle, ce qui réduit leur charge de travail, les aide à gérer leur stress et leur permet d’avoir du temps libre.

Nous connaissons les statistiques alarmantes en matière de santé mentale dans la profession juridique. Mais comment rectifier le tir? Au-delà de leurs tâches juridiques, les avocates et avocats doivent gérer le stress de leur clientèle, anticiper toutes les issues possibles et porter une responsabilité que la plupart des gens ne connaîtront jamais. Leur charge mentale aussi est bien lourde. Alors, qu’y a-t-il sur vos épaules que vous pourriez porter avec un peu d’aide?

De mon côté, l’un des plus grands changements que j’ai faits a été de me bâtir un réseau de soutien. M’entourer d’un petit nombre de pairs et de personnes mentores avec qui je pouvais parler franchement a tout changé. J’ai aussi appris à me fixer des limites plus réalistes en matière de gestion de temps, comme refuser de siéger à des comités où ma présence n’était pas nécessaire, choisir avec soin les activités de bénévolat dans lesquelles je voulais m’investir et me garder du temps pour mes priorités personnelles. Ces changements ne se sont pas produits du jour au lendemain, mais chacun m’a permis de m’éloigner de cette culture de « l’horaire toujours rempli », véritable aller simple vers l’épuisement professionnel. Supprimer ma boîte de courriel professionnelle de mon téléphone a aussi été transformateur. Ainsi, le travail ne me suit plus jusque chez moi (je sais que certaines personnes n’ont pas cette option).

Apprendre à déléguer, bien que ce soit difficile pour bien des avocates et avocats, est également très libérateur. On se dit souvent que ça ira plus vite si on le fait nous-mêmes ou que ça prend trop de temps à expliquer. Ou encore que personne n’arrivera à le faire à notre façon. Mais derrière ces prétextes se cache notre ego. Une autre personne exécutera-t-elle la tâche exactement comme vous l’auriez fait? Non. Mais votre façon de faire est-elle l’unique manière de faire? Non plus. Pensez à ce qui est vraiment utile, à vous et à votre pratique, et à ce qui sert l’intérêt supérieur de votre clientèle. Restez à l’affût des signes de votre perfectionnisme et de votre désir d’avoir le contrôle. Apprenez à lâcher prise. Lâchez prise pour alléger votre fardeau.

Vous ne savez pas trop comment vous y prendre pour déléguer? Il existe des ressources à ce sujet! La profession juridique propose aujourd’hui plus d’options que jamais en matière de soutien. L’une des plus efficaces est le modèle des avocates et avocats pigistes, qui offrent des services d’appui ponctuels, fiables et de grande qualité. Les juristes qui les embauchent voient leur niveau de stress diminuer et peuvent prendre des vacances sans se sentir coupables, quitter le bureau plus tôt ou se concentrer sur d’importantes tâches non facturables. Les pigistes, pour leur part, gagnent flexibilité, autonomie et contrôle de la charge de travail – des avantages qui ont tous un impact positif sur leur bien-être mental. Tout le monde y gagne, d’un côté comme de l’autre. 

Vous avez le droit de vous délester, que ce soit d’une tâche de rédaction juridique, d’un fardeau émotionnel ou d’une pression impossible à gérer. Trop de juristes se prennent dans l’engrenage du stress, portant sur leurs épaules plus que leur part. Mais la vérité, c’est que vous pouvez vous décharger un peu. Des collègues, mentores et mentors, réseaux professionnels, avocates et avocats pigistes sont là pour vous aider. La profession s’éloigne tranquillement de la glorification des bourreaux de travail et des horaires surchargés. Dans ce contexte, j’espère qu’un plus grand nombre de juristes iront chercher de l’aide, que ce soit en déléguant une partie de leur travail sur un dossier, en s’entourant de leurs pairs ou en se fixant des limites. Vous n’avez pas à tout faire vous-même. En fait, c’est impossible de tout faire soi-même.

Erin Cowling (LL.B. 2004) est avocate pigiste, fondatrice du Flex Legal Network Inc. et autrice de l’ouvrage The Modern Freelance Lawyer, A Guide to the Business, Ethics, and Evolution of Freelance Legal Work. Elle a également été conseillère régionale des diplômés et diplômées de la Faculté de droit, Section de common law de l’Université d’Ottawa à Toronto.