Le classe et les professeures réunies devant la loge Midewin à Lac-Simon
Le classe et les professeures réunies devant la loge Midewin à Lac-Simon.
Du 19 au 22 février 2026, la Section de droit civil a offert son tout premier cours immersif en droit anicinabe, au site culturel du Lac-Simon – Midewin. Les étudiants et étudiantes à la licence en droit ont quitté la salle de classe pour apprendre le droit là où il se vit : sur le territoire, en communauté et en relation.

Co-enseigné par les professeures Florence Robert et Peggie Jerome, le cours proposait une immersion dans les fondements du droit anicinabe à travers l’expérience, l’observation, les cérémonies, les récits, la langue et les liens avec les gardiens et gardiennes du savoir de la communauté.

Les aînés George Wabanonik et Maggie Brazeau ont partagé leurs enseignements sur le feu sacré et leurs récits, tandis qu’Alex Cheezo a transmis les savoirs liés aux doodem (clans) et les sept ki motcominanak o kikinohamagewinan (enseignements sacrés). La directrice des ressources naturelles du Lac-Simon et ancienne cheffe de la Première Nation de Lac-Simon, Adrienne Jerome, a abordé le rôle des femmes dans la gouvernance. Kevin Papatie a animé une soirée de contes et légendes, Marlene Jerome a guidé les étudiants et étudiantes dans les enseignements sur la roue de médecine et la tente de sudation, alors que Tina Nottaway, artiste et traductrice algonquine Anicinabe Ikwe originaire de Rapid Lake, a offert des enseignements sur la constitution anicinabe et le kinoce. Le séjour s’est terminé avec une cérémonie de fermeture, guidée par Danny Pien, vice-chef au conseil de la Nation Anishinabe de Lac-Simon.

Marlene Jerome lors de sa présentation et de l’activité sur la roue de médecine au centre communautaire de Lac-Simon.
Marlene Jerome lors de sa présentation et de l’activité sur la roue de médecine au centre communautaire de Lac-Simon.

Un apprentissage relationnel, ancré dans la pédagogie juridique anicinabe

Pour la professeure Peggie Jerome, apprendre dépasse largement le cadre académique. « Dans une perspective anicinabe, l’apprentissage se vit à travers les relations, le territoire, les ancêtres et les enseignements transmis par la parole, l’écoute et la présence », explique-t-elle. « L’apprentissage engage le cœur, l’esprit et le corps en relation avec le territoire ».

Elle souligne l’écoute attentive des étudiants et des étudiantes, leur respect des protocoles culturels et leur capacité à s’inscrire dans un espace d’apprentissage relationnel où le savoir est vivant et circulaire.

Le cours a permis aux étudiants de vivre les enseignements et d’apprendre directement du territoire. « Certains savoirs juridiques et culturels ne peuvent être transmis qu’à travers l’expérience vécue, l’observation et la relation avec la communauté », explique Katherine Girguis, étudiante au programme national. 

Même si le rôle central du territoire lui avait été enseigné en théorie, l’étudiante Maryam Abdelaal n’en a véritablement saisi la portée qu’au moment de son passage à Lac-Simon. Assise en cercle avec les aînés, elle a pu observer « comment ils incarnent les sept enseignements des grands-pères : la sagesse, l’amour, le respect, le courage, l’honnêteté, l’humilité et la vérité », dit-elle.

 « Ce n’était plus un ensemble de règles abstraites, mais un savoir vivant, ancré dans la terre, les relations et les histoires », renchérit Ada Imanova, étudiante de troisième année. 

À la fin du séjour, beaucoup d’étudiants et d’étudiantes exprimaient ne pas vouloir partir, ce qui, dans une perspective anicinabe, « témoigne de la création de relations significatives plutôt que de simples apprentissages temporaires », souligne la professeure Peggie Jerome. 

Peggie Jerome enseigne dans le cours sur le territoire anicinabe
Les étudiants et étudiantes assistent à la présentation de Peggie Jerome sur la Nation anicinabe dans la loge Midewin.

Transformer le regard sur les ordres juridiques autochtones et leur apprentissage

Le changement de posture d’apprentissage — passer de l’analyse distanciée à une approche empreinte d’humilité — a entraîné chez plusieurs participants et participantes un déplacement intérieur. L’étudiante Maya Rioux parle « d’une nouvelle façon d’apprendre à travers les récits, les pratiques et les échanges, qu’aucun manuel n’a la capacité de faire ». Une expérience qui l’a fait grandir « non seulement en tant que juriste, mais en tant que personne ».

Au fil des jours en territoire, la conception des étudiants et étudiantes du droit et des ordres juridiques autochtones a profondément évolué. « Je repars avec une vision du droit plus humaine, plus douce et plus responsable », confie Marilie Dubé, étudiante de deuxième année.  « L’expérience m’a fait comprendre que le droit est d’abord une question de relations et de responsabilités », ajoute-t-elle. Elle voit désormais les ordres juridiques autochtones « comme profondément complets et enracinés ».

Ce déplacement du regard constitue l’un des impacts les plus marquants du cours, selon la professeure Florence Robert. « Les étudiants arrivent avec une conception du droit centrée sur les textes et l’autorité de l’État. En territoire, ils découvrent un droit qui se vit dans la relation, s’incarne dans les cérémonies, se transmet par les récits et qui engage des responsabilités concrètes », souligne-t-elle. « Cette rencontre transforme leur compréhension du phénomène juridique lui-même. Elle ouvre la voie à une pratique du droit plus humble, plus engagée et plus attentive aux dynamiques du pluralisme juridique et de revitalisation des ordres juridiques autochtones ».

Pour Othmane Mechatte, étudiant de deuxième année, l’enjeu dépasse même la formation juridique : « La capacité de respecter un peuple ou une réalité commence par la connaissance de ce peuple ou de cette réalité. Ce cours sur le terrain est une expérience profondément transformative et devrait faire partie de la formation de base pour toute personne exerçant des responsabilités publiques. »

Tente - Lac-Simon-Midewin