Annie Rochette
Annie Rochette, pionnière en apprentissage juridique, est devenue cet été la première professeure en innovation pédagogique dans une faculté de droit au Canada.

Spécialiste reconnue dont la thèse de doctorat portait sur la pédagogie dans les facultés de droit canadiennes, elle jouera un rôle clé dans la mise en œuvre d’un programme de formation axé sur les compétences. Elle contribuera aussi à la refonte des cours d’introduction au droit et de méthodologie juridique.

« L’intention, c’est que je sois une coach locale en matière de pédagogie », explique-t-elle.

« Nous sommes privilégiés d’accueillir la professeure Annie Rochette, dont l’expertise en pédagogie juridique et en conception de programmes enrichira notre réflexion collective sur l’enseignement du droit », souligne de son côté la doyenne par intérim de la Section de droit civil, Sophie Thériault.« Son arrivée à la Section de droit civil ouvre de nouvelles perspectives pour enrichir notre formation et mieux répondre aux défis d’un monde juridique en pleine transformation. »

Acquérir des compétences, non seulement des savoirs

L’une des priorités de la professeure Rochette est de mieux intégrer les « savoir-être » dans la formation de premier cycle.

« En ce moment, on est vraiment concentrés sur les savoirs, mais on ne se demande pas assez comment créer des occasions pour que les étudiants acquièrent des savoir-faire et des savoir-être », souligne-t-elle.

Les savoir-faire désignent des compétences pratiques, comme la pensée critique, la pratique réflexive et le raisonnement juridique, tandis que les savoir-être sont des qualités personnelles et professionnelles, incluant l’éthique, la déontologie, les compétences interculturelles et le développement d’une identité professionnelle.

Pour garantir que les étudiants et les étudiantes de la Section développent ces savoir-faire et savoir-être, la professeure Rochette prône une approche « par compétences ». Cela implique d’identifier les compétences à maîtriser, puis de structurer le programme de licence en fonction de celles-ci, explique-t-elle.

On informe alors les juristes en devenir des compétences visées et du moment où elles doivent être acquises, et ce, dès leur arrivée. « Les étudiant sont alors responsabilisés quant à leur apprentissage et leur formation », avance Annie Rochette. Ils peuvent ainsi mieux reconnaître leurs forces et leurs faiblesses et les communiquer clairement dans un contexte académique ou professionnel.

Préparer la relève à l’ère de l’intelligence artificielle

Le milieu juridique vit présentement un moment charnière, selon Annie Rochette. « Tout change très rapidement, et on ne peut pas faire semblant que tout est certain », affirme-t-elle.

Notamment, l’adoption massive d’outils d’intelligence artificielle va drastiquement transformer le rôle des juristes, estime celle qui a contribué aux programmes de formation des barreaux de l’Ontario, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique.

« L’IA va faire ce que les jeunes avocats font, et va le faire éventuellement mieux que nous », avertit-elle. « Si la formation continue de prioriser les savoirs aux savoir-faire et savoir-être, elle deviendra rapidement désuète. »

L’approche par compétences permet donc de mieux préparer les futurs juristes en développant des capacités d’adaptation et de résilience, réitère la professeure. Selon elle, cette approche permet aussi de mieux les former pour évaluer de façon critique ce que l’intelligence artificielle produira.

« Nous avons la responsabilité d’outiller les étudiants pour la profession qu’ils choisiront », souligne-t-elle.

Pour autant, Annie Rochette rappelle que l’objectif n’est pas que chaque personne diplômée soit prête à pratiquer dès la fin de ses études :

« À la Faculté, on est la première étape. Notre rôle, c’est de mettre en place les bases, mais après, la formation continue : à l’École du Barreau, pendant le stage, et pendant les premières années de pratique. Les différents acteurs sur le continuum de la formation en droit doivent se parler et collaborer afin que nous puissions ensemble former des juristes professionnels compétents, intègres et socialement responsables. »