Lorsque Hela a quitté Woodstock, en Ontario, pour étudier à l’École des sciences infirmières de l’Hôpital général d’Ottawa en 1968, elle était loin de se douter qu’elle y rencontrerait aussi l’amour de sa vie. C’est lors d’une sortie à quatre qu’une camarade de l’école des sciences infirmières lui a présenté Jean-Jacques Bergevin, étudiant à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa. Le courant est immédiatement passé entre eux. Seul hic : ce soir-là, chacun accompagnait quelqu’un d’autre.
Hela rit en évoquant ce souvenir. « Mais après leur rupture, il m’a appelée pour me demander si je voulais l’accompagner à l’une des soirées dansantes de notre école. Et j’ai dit oui, bien sûr. Et nous sommes restés ensemble à partir de ce jour-là », raconte-t-elle.
Durant ses années à la Faculté de médecine, le Dr Bergevin était un étudiant assidu.
« Tous les soirs, cinq jours par semaine, il allait à la bibliothèque étudier jusqu’à 23 h. À 23 h, ses amis et lui fermaient leurs livres et allaient prendre une bière à l’Albion, juste en face, où ils ne parlaient que de leurs études », se souvient Hela. « C’est l’une des choses que j’avais remarquées : il était vraiment très déterminé. Il aimait beaucoup ses études. »
Le couple s’est marié en 1970 et a cultivé un engagement commun envers la santé et le bien-être de la communauté où il s’est établi. Diplômé de la Faculté de médecine en 1973, le Dr Bergevin a ensuite ouvert un cabinet de médecine familiale à Alfred, en Ontario, tout en pratiquant l’obstétrique à l’Hôpital général de Hawkesbury. En 1981, Hela s’est jointe à la clinique de médecine familiale à titre d’infirmière autorisée.
Une pratique centrée sur les patientes et patients en milieu rural
Dès l’arrivée de Hela à la clinique, les deux ont fait équipe.
« Ensemble, nous avons bâti une pratique de médecine familiale très intéressante », se remémore-t-elle. « Pendant qu’il recevait une personne en consultation, j’expliquais la pilule contraceptive à une adolescente, je donnais des conseils nutritionnels à des patientes et patients ou j’enseignais aux mères les soins à donner aux enfants. »
La clinique offrait à leur patientèle, en grande partie rurale, un large éventail de services, notamment des radiographies, des électrocardiogrammes et des prélèvements sanguins. Pour le Dr Bergevin, une compréhension globale de la situation était essentielle pour soigner ses patientes et patients.
« Il était très important que le médecin de famille soit au cœur des soins, notamment lorsqu’il orientait une personne vers une ou un spécialiste », explique Hela. « Il tenait à ce que la ou le spécialiste lui fasse part de ses constatations et des interventions envisagées. »
Le Dr Bergevin faisait aussi des visites à domicile dans les campagnes environnantes, ce qui lui permettait de mieux connaître la situation de ses patientes et patients et de mieux adapter leurs traitements.
« Il pouvait se faire une idée globale des soins dont la personne avait besoin, car les problèmes n’étaient pas toujours d’ordre physique. Il y avait beaucoup de problèmes psychologiques; il fallait aussi tenir compte de l’état du logement et de la situation familiale. De nombreux facteurs entraient en jeu dans sa façon de prodiguer des soins. »
Répondre aux besoins de la population francophone
Médecin bilingue, le Dr Bergevin était un atout précieux pour cette population majoritairement francophone.
« Il trouvait qu’il n’y avait pas assez de médecins parlant français pour répondre aux besoins de la communauté francophone », raconte Hela. « Sans médecin francophone, ces personnes se heurtaient à des difficultés de communication. Il était très fier de pouvoir parler les deux langues. »
L’accès aux soins de santé et à l’éducation en français est une valeur chère à la famille Bergevin depuis longtemps, une valeur qui la lie à l’Université d’Ottawa depuis trois générations. Le père du Dr Bergevin, ses frères et sœurs, ainsi que tous les enfants qu’il a eus avec Hela ont obtenu leur diplôme dans diverses facultés de l’Université.
« C’est une université bilingue. » Hela ajoute : « Et mon beau-père était un grand défenseur de la langue française en Ontario. Mes enfants ont tous fréquenté l’Université d’Ottawa, eux aussi. Une de mes filles est même partie en France pendant deux ans pour étudier en français, et mon fils enseigne dans une école de langue française ici, à Ottawa. Le français occupe donc une place très importante dans notre famille, et tous mes petits-enfants font leurs études en français. »
Un héritage qui se perpétue
Au décès du Dr Bergevin en 2008, sa famille a créé la Bourse de la famille du docteur-Jean-Jacques-Bergevin en médecine familiale pour les étudiants et étudiantes des programmes francophones de la Faculté de médecine pour honorer son remarquable héritage.
Le fonds, qui vient en aide aux étudiantes et étudiants francophones du programme MD de la Faculté de médecine, témoigne de l’attachement de la famille à la langue française et de l’importance qu’elle accorde au fait de donner et de recevoir des soins dans une langue commune.
« Je trouve que cette bourse joue un rôle très important dans la formation d’une personne qui se destine à la médecine familiale. Même un petit don peut aider une personne à répondre à ses besoins pendant cette période très coûteuse de sa vie. Perpétuer cette bourse est un magnifique hommage à mon mari comme médecin de famille, car il aimait vraiment la médecine familiale. »
Aujourd’hui, Hela continue de contribuer à la bourse en faisant un don mensuel.
« J’espère que cette bourse se perpétuera même quand je ne serai plus là. J’espère que mes enfants continueront d’y contribuer, eux aussi. »