« J’ai eu une vie privilégiée » : le diplômé Andrew Kirkpatrick nous parle de service, d’amitié et de générosité

Par Sébastien Chevrier

Conseiller, Communications et marketing, Faculté de médecine

Major Kirkpatrick à l’hôpital chirurgical de rôle III, à Kandahar, en Afghanistan, à l’été 2008.
Major Kirkpatrick à l’hôpital chirurgical de rôle III, à Kandahar, en Afghanistan, à l’été 2008.
Parachutiste, pilote, chirurgien traumatologue, médecin militaire, collaborateur de la NASA, chercheur en médecine spatiale, chirurgien bénévole dans des pays en développement et conseiller médical l’industrie cinématographique hollywoodienne : le Dr Andrew Kirkpatrick (M.D. 1988, magna cum laude) a consacré sa vie au service des autres dans certains des environnements les plus exigeants au monde. Pourtant, ce qui l’a le plus marqué, ce sont les personnes qui ont contribué à façonner son parcours.

Aujourd’hui professeur de chirurgie et de médecine des soins intensifs ainsi que chercheur au Foothills Medical Centre de Calgary, le Dr Andrew Kirkpatrick (M.D. 1988, magna cum laude) a consacré sa carrière à repousser les frontières de la médecine. De son service militaire et de sa formation chirurgicale à Ottawa et à Toronto jusqu’à sa pratique de la traumatologie et des soins intensifs à Calgary, son parcours l’a mené aux quatre coins du monde. Il a notamment participé à des missions médicales en Afrique, contribué à des avancées en médecine aérospatiale et dirigé des recherches reconnues internationalement sur les soins en régions éloignées et dans les milieux à ressources limitées.

« La médecine spatiale, la médecine militaire, la médecine en milieux austères et la médecine préhospitalière : au fond, c’est le même travail. »

Tout a commencé par une décision profondément personnelle. Après avoir obtenu son diplôme de l’Université d’Ottawa grâce au soutien des Forces armées canadiennes, Le Dr Kirkpatrick a demandé à être affecté à la Base de soutien de la 4e Division du Canada à Petawawa, un poste peu prisé par les médecins militaires. Il souhaitait plus précisément servir au sein du Régiment aéroporté du Canada, alors intégré à la force des services spéciaux, ce qui impliquait une formation complète de parachutiste et un service au sein des troupes aéroportées.

Régiment aéroporté du Canada, peloton médical aéroporté, BFC Petawawa, Petawawa (Ontario), 1989.
Régiment aéroporté du Canada, peloton médical aéroporté, BFC Petawawa, Petawawa (Ontario), 1989.

« J’ai choisi Petawawa parce que c’était près de chez moi et que ma mère était gravement malade à l’époque. Elle était atteinte d’un cancer du sein en phase terminale, se remémore le médecin. C’était aussi, selon moi, l’affectation la plus exigeante à ma portée dans le cadre de mon service militaire, et c’est ce qui m’attirait. » 

 Une fois son engagement militaire terminé, il est retourné à sa formation chirurgicale et a effectué une résidence ainsi que des stages de perfectionnement en chirurgie et en médecine de soins intensifs.

Sa formation et le début de sa carrière lui ont ouvert des portes bien au-delà du Canada. Son parcours l’a en effet mené dans des centres médicaux à La Nouvelle-Orléans, à Washington et à Detroit, puis au Centre spatial Johnson de la NASA, à Houston. Son désir de servir les autres l’a également amené à participer à des missions médicales en Sierra Leone, au Ghana, en Afrique du Sud, au Togo, à Madagascar et au Malawi. Ces expériences ont renforcé son intérêt pour la prestation de soins dans les milieux où les ressources sont limitées et où les besoins sont les plus grands. 

Dr Kirkpatrick alors qu’il était chirurgien à bord du navire-hôpital Mercy Ship, au Togo, en Afrique de l’Ouest, en 2013.
Dr Kirkpatrick alors qu’il était chirurgien à bord du navire-hôpital Mercy Ship, au Togo, en Afrique de l’Ouest, en 2013.

Le Dr Kirkpatrick est demeuré actif au sein de la Réserve des Forces armées canadiennes pendant près de quarante ans, notamment lors de la guerre du Golfe et du conflit en Afghanistan. Parallèlement, il a bâti une carrière en traumatologie, en médecine des soins intensifs et en recherche, qui l’a finalement mené à Calgary.

Médecine spatiale et avenir des soins

Cette sensibilisation aux enjeux de la santé mondiale, combinée à son expérience militaire, l’a graduellement orienté vers le secteur aérospatial et la médecine spatiale.

Au début des années 2000, alors qu’il travaillait en Colombie-Britannique et collaborait avec des collègues de la NASA et de l’Agence spatiale canadienne, il a dirigé des travaux de recherche démontrant qu’il était possible d’effectuer des échographies en microgravité. Ces travaux ont contribué au développement de systèmes de télé-échographie qui ont ensuite été utilisés à bord de la Station spatiale internationale.

Cette expérience a profondément transformé sa façon de concevoir l’accès aux soins.

« Et si nous guidions les gens pour qu’ils réalisent eux-mêmes l’échographie? », se rappelle-t-il avoir entendu de la part de partenaires explorant la possibilité d’accompagner à distance des personnes sans formation spécialisée dans la réalisation d’examens diagnostiques.

Vingt ans plus tard, les applications de ce procédé dépassent largement le cadre de l’exploration spatiale.

 « Il est possible de guider presque n’importe qui dans le monde pour réaliser une échographie sur une autre personne, ou sur soi-même », explique-t-il.

L’objectif n’est pas de remplacer les professionnelles et professionnels de la santé, mais plutôt d’étendre leur rayon d’action. Grâce à la télémédecine, des spécialistes peuvent guider à distance des patientes et patients, du personnel infirmier ou d’autres intervenantes et intervenants de première ligne dans la réalisation d’examens diagnostiques au sein de communautés où les soins spécialisés sont difficilement accessibles.

« Je crois que c’est ça, l’avenir des soins », ajoute-t-il.

Pour le Dr Kirkpatrick, la technologie a toujours été un puissant levier pour améliorer les soins : un moyen de mettre l’expertise à la portée des gens, peu importe où ils se trouvent ou les circonstances auxquelles ils font face.

Son intérêt pour la pratique de la médecine dans des conditions extrêmes et inhabituelles l’a même mené à Hollywood. Lors du tournage du film The Revenant, il a agi à titre de conseiller médical auprès de Leonardo DiCaprio et de son équipe. Il les a notamment aidés à mieux comprendre les réalités des traumatismes et des maladies graves, contribuant ainsi à la recherche d’authenticité qui a caractérisé le film et qui a été reconnue jusqu’aux Oscars.

Dr Andrew Kirkpatrick sur le plateau de tournage de The Revenant avec l’acteur Leonardo DiCaprio à Calgary.
Dr Andrew Kirkpatrick sur le plateau de tournage de The Revenant avec l’acteur Leonardo DiCaprio à Calgary.

Les moments qui restent gravés

Au-delà de la recherche, des missions et des environnements extrêmes, ce sont les rencontres humaines qui demeurent les plus marquantes dans la mémoire du Dr Kirkpatrick.

Une patiente en particulier lui vient à l’esprit. Après un long séjour aux soins intensifs et un rétablissement complexe marqué par de nombreuses interventions chirurgicales majeures, elle est revenue un an plus tard pour prendre la parole lors d’une conférence internationale réunissant plusieurs centaines de chirurgiennes et chirurgiens.

« Ce fut l’un des moments les plus gratifiants de ma carrière », raconte-t-il.

 Cette présentation a offert aux spécialistes une occasion rare en médecine : entendre directement une patiente raconter ce qu’elle avait vécu pendant des semaines de maladie grave, de chirurgies répétées et de rétablissement.

« Qu’une patiente revienne raconter son expérience devant un si grand nombre de chirurgiennes et de chirurgiens, c’était incroyablement marquant », conclut le Dr Kirkpatrick.

Malgré les distinctions qu’il a reçues, les missions internationales auxquelles il a participé et ses réalisations en recherche, le Dr Kirkpatrick parle de sa carrière avec beaucoup d’humilité. « J’ai reçu du Canada infiniment plus que ce que j’ai pu lui donner en retour, affirme-t-il. J’ai eu une vie privilégiée et la chance d’être entouré d’une famille qui m’a soutenu à chaque étape de mon parcours. »

Lorsqu’il repense à ses années à l’Université d’Ottawa, ce sont toutefois les personnes qui ont partagé cette période de sa vie qui lui viennent immédiatement à l’esprit.

« Mes amies et amis me manquent », confie-t-il. Cette réflexion n’est pas tant empreinte de nostalgie qu’elle témoigne de liens durables. Près de quarante ans plus tard, les relations tissées au sein de la promotion de médecine de 1988 occupent toujours une place centrale dans sa vie.

« Nous formions une petite cohorte. J’ai l’impression que nous étions tous amis, raconte-t-il. J’ai toujours hâte à nos retrouvailles. »

Redonner à la prochaine génération

Ces liens durables ont également contribué à inspirer la création de la Bourse commémorative de la promotion de 1988 en médecine, qui soutient les étudiantes et étudiants en médecine tout en rendant hommage aux membres de la promotion qui ne sont plus des nôtres.

Pour le Dr Kirkpatrick, cette bourse est avant tout une façon d’exprimer sa profonde reconnaissance.

Elle reflète également sa conviction qu’il est essentiel d’investir dans la relève.

« Lorsqu’on offre des possibilités à de jeunes personnes motivées, elles le rendent au centuple. »

En contribuant à la Bourse commémorative de la promotion de 1988 en médecine, les diplômées, diplômés et autres amies et amis de la Faculté créent ces occasions pour la relève en médecine. Ces personnes perpétuent ainsi l’esprit de service, de générosité et de mentorat qui a marqué le parcours du Dr Kirkpatrick.