Une promenade médicinale pour jeter des ponts entre la communauté médicale de l’Université d’Ottawa et les gardiennes et gardiens du savoir autochtone

Par David McFadden

Rédacteur scientifique, Université d'Ottawa

Medicine Walk - banner
Des membres de la communauté apprenante, du corps professoral et du personnel ont participé à une rencontre avec des Aînées et Aînés et gardiennes et gardiens des savoirs autochtones afin d’explorer les pratiques de guérison autochtones, la compréhension culturelle et les soins empreints de compassion.

Les abords du pavillon Roger-Guindon ont récemment servi de salle de classe à ciel ouvert. Des membres de la communauté de la Faculté de médecine s’y sont en effet retrouvés pour participer à une promenade médicinale guidée par des Aînées et Aînés et gardiennes et gardiens des savoirs autochtones.

Le rassemblement extérieur a permis aux personnes participantes d’en apprendre davantage sur le vécu autochtone et sur les liens perçus par la Nation algonquine Anichinabeg entre la santé, les peuples et la terre.

Partager les savoirs et tirer des leçons de la tragédie

L’événement a commencé par une cérémonie de purification dirigée par l’Aîné Simon Brascoupé, membre de la Première Nation Kitigan Zibi Anichinabeg et conseiller spécial en santé autochtone auprès du décanat de la Faculté de médecine, entre autres fonctions de premier plan.

Medicine Walk - Jackie
Jackie Cote, l'une des aînées du groupe des aînés Anishinabeg de Kitigan Zibi qui s'est récemment rendu à la Faculté de médecine dans le cadre d'une « Medicine Walk », encourage les étudiants en médecine à accueillir chaque patient sans porter de jugement

Les personnes participantes attiraient vers elles avec la main la fumée de sauge qui s’élevait doucement d’une coquille d’ormeau dans le cadre d’un rituel traditionnel autochtone de purification . Des dizaines de personnes se sont assemblées à proximité du Jardin autochtone aménagé en septembre 2024 sur le campus de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa.

Quatre autres Aînées et Aînés de la Première Nation Kitigan Zibi Anichinabeg ont parlé des remèdes que l’on retrouve dans la nature et témoigné des répercussions douloureuses des pensionnats et de la perte intergénérationnelle des savoirs autochtones qui en a découlé. Ces quatre personnes faisaient partie des quelque 150 000 enfants autochtones au Canada ayant été arrachés à leur famille et à leur communauté pour être envoyés dans les pensionnats.

L’Aînée Jackie Cote a livré un témoignage bouleversant sur ses années dans le système des pensionnats, où les mauvais traitements de toutes sortes étaient monnaie courante. Les élèves, à qui l’on interdisait de parler leur langue, étaient appelés par des numéros plutôt que par leur nom, et les savoirs autochtones étaient délibérément effacés.

De douloureux souvenirs naît une leçon sur la guérison

Jackie Cote a cependant retenu un enseignement important de ces terribles épreuves : le pouvoir thérapeutique du sourire.

« Voici le remède que je souhaite transmettre : le sourire, a-t-elle déclaré en souriant largement. Même si vous traversez une période difficile... Souriez. Ça ne coûte pas grand-chose! C’est un remède gratuit qui fonctionne pour tout le monde. »

Les Aînées et Aînés ont encouragé la communauté apprenante de la Faculté à réfléchir à la façon dont un simple sourire peut contribuer à désamorcer les tensions et à établir des liens forts avec les patientes et patients. Un sourire ne change pas un diagnostic, mais il exprime chaleur et compassion. Il peut véhiculer un message simple : Je te vois. Je suis avec toi. Tu comptes.

/Medicine Walk - Simon Brascoupe
Simon Brascoupé, aîné (au centre, la main levée), évoque les remèdes sacrés utilisés lors des cérémonies de guérison autochtones.

Jackie Cote a rappelé aux étudiantes et étudiants en médecine que chaque personne a déjà été un bébé innocent, quelles que soient les difficultés qu’elle traverse aujourd’hui. Elle les a encouragés à accueillir les patientes et patients sans jugement. Elle a également souligné que, quel que soit notre statut, nous sommes tous égaux en tant qu’êtres humains.

L’Aîné Frank Cote, un gardien des savoirs et l’un des deux frères de Jackie Cote qui ont aidé à guider la promenade médicinale, a évoqué l’importance de ces moments de connexion pour les patientes et patients très anxieux ou inquiets face à l’avenir. S’appuyant sur son expérience personnelle, il a expliqué qu’un échange chaleureux avec une professionnelle ou un professionnel de la santé peut avoir un effet profondément apaisant, tandis qu’une rencontre impersonnelle peut teinter l’ensemble de l’expérience vécue dans le système de santé.

Dans le jardin de papillons situé à l’extérieur du pavillon Roger-Guindon, il a rappelé l’importance de la compassion et des relations fondées sur le respect en santé. Son fils, le Dr Wesley Cote, est un médecin de famille de la Nation Kitigan Zibi Anichinabeg qui a fait ses études de premier cycle à l’Université d’Ottawa avant de poursuivre sa formation de médecine à McGill. 

« Travaillons ensemble. On doit cohabiter sur cette Terre. On doit donner à la prochaine génération un endroit où vivre et survivre », a-t-il dit.

Considérer autrement la santé, la guérison et la collectivité

L’expérience a permis aux personnes participantes de développer une réflexion plus large sur la santé et la guérison. 

Le territoire lui-même est devenu un lieu d’apprentissage, les participantes et participants étant invités à observer leur environnement et à écouter les enseignements et les témoignages des Aînées et Aînés ainsi que des gardiennes et gardiens des savoirs de la Première Nation Kitigan Zibi. Parmi eux figuraient notamment les Aînés Eddie Cote et David Decontie. Ce dernier a passé plusieurs années dans les pensionnats de Kenora et de Pointe-Bleue, où il a été envoyé alors qu’il n’avait que trois ans.

Butterfly Garden - RGN
Dans le jardin des papillons, les aînés en visite ont souligné l'importance de la compassion et des relations respectueuses dans le domaine des soins de santé.

À la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, l’intégration des savoirs autochtones à la formation médicale et à la prestation de soins adaptés à la culture constitue un élément important de la formation de la relève en santé. Reconnaître l’influence profonde de la culture, de la communauté, de l’histoire et des relations sur la santé permet de mieux comprendre le vécu des patientes et patients et d’enrichir la pratique des soins.

Les Aînées et Aînés ont rappelé que les répercussions durables d’expériences telles que les pensionnats et la discrimination systémique se transmettent d’une génération à l’autre, et qu’elles influencent la santé, les relations familiales et le bien-être des collectivités. Les personnes présentes ont pu mieux comprendre qu’il est essentiel de reconnaître ces effets persistants pour saisir le vécu des peuples autochtones et offrir des soins adaptés à la culture et tenant compte de ces traumatismes.

Les apprenantes et apprenants en médecine ont aussi pris conscience de l’importance de faire une place aux pratiques de guérison autochtones dans les hôpitaux, les intervenantes et intervenants ayant souligné que les approches adaptées à la culture pouvaient avoir une incidence considérable sur le bien-être et la guérison des patientes et patients.

En combinant les savoirs autochtones, l’apprentissage axé sur le territoire et la formation médicale, la promenade médicinale a encouragé l’ensemble de la communauté de la Faculté de médecine à reconnaître que certaines des leçons les plus importantes en médecine peuvent venir d’un geste simple : prendre le temps d’écouter avec humilité.