Selon une nouvelle recherche, les copeaux de bois seraient l’arme secrète pour éloigner les tiques des sentiers boisés récréatifs; les copeaux traités avec un insecticide permettraient d’éliminer presque complètement les porteuses de la maladie de Lyme.
L’étude expérimentale de terrain menée sur deux ans par Katarina Ost, doctorante à l’École d’épidémiologie et de santé publique de l’Université d’Ottawa sous la direction de Manisha A. Kulkarni, en collaboration avec des chercheuses et chercheurs de l’Institut de recherche Santé Bruyère, de l’Université de Montréal et de l’Université Dalhousie, a démontré que l’utilisation de copeaux de bois traités et non traités dans des milieux récréatifs permet de réduire les populations de tiques, offrant ainsi aux communautés un moyen simple et peu coûteux de combattre ces parasites.
« Cette étude montre que diverses stratégies de gestion environnementale peuvent être employées pour réduire le nombre de tiques en quête d’un hôte en bordure des sentiers, où les gens sont susceptibles d’y être exposés », explique la Dre Kulkarni, professeure titulaire à l’École d’épidémiologie et de santé publique de la Faculté de médecine.
Le nombre de cas de la maladie de Lyme a augmenté dans les régions du centre et de l’est de l’Amérique du Nord en raison de l’expansion de l’aire de répartition des tiques, attribuable aux changements climatiques ainsi qu’à l’évolution de l’utilisation des sols et des populations d’hôtes réservoirs. Au Canada, c’est en Nouvelle-Écosse et dans le sud du Manitoba, de l’Ontario et du Québec que l’on observe les plus hauts taux d’incidence de la maladie de Lyme.
La Ceinture de verdure de la capitale nationale, un laboratoire à ciel ouvert
Le nombre de cas signalés est sept fois plus élevé qu’il y a dix ans, et jusqu’à huit fois plus élevé à Ottawa pendant cette période.
Avec l’équipe de biologie de la Commission de la capitale nationale, la Dre Kulkarni et son équipe ont comparé l’efficacité de copeaux de bois non traités à celle de copeaux traités avec de la deltaméthrine, un agent chimique couramment utilisé pour éloigner les tiques et les acariens des cultures agricoles. On a placé ces deux types de copeaux le long de deux sentiers récréatifs de la Ceinture de verdure où des populations de tiques sont établies. Ce territoire présente par ailleurs une densité élevée de tiques infectées.
L’étude montre que l’ajout de copeaux de bois – traités avec de la deltaméthrine ou non – aux bordures des sentiers permet de réduire grandement la densité des tiques en quête d’un hôte, offrant ainsi un outil de gestion intégrée des tiques en milieu récréatif. Les deux interventions ont entraîné une réduction considérable de la densité des tiques, toutes espèces et tous stades confondus, mais notamment celle des tiques à pattes noires adultes et nymphes – les principaux vecteurs de la maladie de Lyme dans l’est de l’Amérique du Nord. Les copeaux de bois traités avec de la deltaméthrine ont permis une réduction de 99 % sur deux saisons, et les copeaux non traités, une réduction de 48 %.
Un outil aussi pratique qu’écologique
L’utilisation de copeaux de frêne pour la gestion des sentiers constitue une solution naturelle, biodégradable et à faible impact environnemental, contrairement aux stratégies de contrôle chimique conventionnelles. En outre, leur efficacité ne s’étiole pas au fil du temps : ce traitement économique a donné les résultats escomptés pendant toute la saison des tiques.
« Ça pourrait devenir un outil pratique pour la gestion des tiques dans des sentiers boisés achalandés où les conditions environnementales se prêtent à un traitement ciblé, souligne Katarina Ost. Ce serait également une bonne occasion d’intégrer des copeaux provenant de programmes locaux d’entretien ou d’enlèvement d’arbres. »
Les autrices et auteurs de l’étude ont toutefois noté que certains enjeux environnementaux (par exemple la proximité des cours d’eau) pourraient restreindre l’application de ce type d’insecticide. Il faudra étudier davantage l’impact de celui-ci sur les matières organiques et les organismes non ciblés aux alentours, tout comme il faudra évaluer la persistance de son efficacité au-delà de deux ans.
L’article « Reducing tick density along recreational trails in Ottawa, Canada: results from an ecotone modification study using deltamethrin-treated and untreated woodchips » a été publié dans la revue Ticks and Tick-borne Diseases. DOI: 10.1016/j.ttbdis.2026.102649. Autrices et auteurs : Katarina Ost, Roman McKay, Alexander Stone, Alison Krentel, Kate Zinszer, Cindy Feng, Manisha A. Kulkarni.
Demandes des médias : [email protected]