Groupe d'étudiants prendd un photo
Les études universitaires sont souvent synonymes d’enthousiasme, de nouvelles possibilités et d’un sentiment d’autonomie renouvelé. Pour les étudiantes et étudiants internationaux, toutefois, arriver dans une nouvelle université signifie bien plus que découvrir un nouveau programme d’études. Il faut aussi s’adapter à un système universitaire différent, tisser de nouveaux liens et trouver ses repères dans un nouvel environnement, souvent dans une autre langue ou une autre culture et loin de son réseau de soutien habituel.

Ces défis sont associés au stress de triple acculturation, qui découle de l’adaptation simultanée à un nouvel environnement culturel, à un nouveau milieu universitaire et à de nouvelles relations interpersonnelles et de supervision.

Ces transitions peuvent entraîner des répercussions sur la santé mentale qui ne sont pas toujours visibles. Pour Idrissa Beogo, professeur agrégé à l’École des sciences infirmières de la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa, comprendre ce que vivent les étudiantes et étudiants internationaux après leur arrivée est essentiel pour mieux adapter les mesures de soutien à leurs besoins et favoriser l’équité.

« Il y a beaucoup de souffrance derrière qu’on ne voit pas », souligne Beogo.

Bien plus qu’une arrivée

Étudier à l’étranger, c’est, selon Beogo, « une aventure jalonnée d’incertitudes ».

À leur arrivée, les étudiantes et étudiants disposent généralement de renseignements sur leur programme et leur université, mais doivent aussi apprendre à se repérer dans un nouvel environnement. Les différences dans les méthodes d’enseignement, la langue, le climat, les transports et les normes sociales peuvent rendre la transition plus difficile que prévu. Les pressions financières et les responsabilités envers la famille peuvent également accentuer les attentes liées à la réussite.

L’adaptation ne se limite pas aux études. Il faut également nouer de nouvelles relations et trouver sa place dans une communauté, parfois [IB1]loin des amitiés, des collègues et du soutien familial qui constituaient jusque-là des repères essentiels, dans son pays d’origine.

Idrissa Beogo
« La vie universitaire, ce n’est pas seulement aller en classe et passer des examens. Il y a aussi une dimension sociale, qui est toujours importante pour la santé mentale. »

Idrissa Beogo

— Professeur, École des sciences infirmières

Pour certaines personnes, les attentes culturelles peuvent aussi influencer la façon dont elles parlent de leurs difficultés ou cherchent de l’aide. D’autres ne savent pas quels services sont offerts, où les trouver ni si ceux-ci tiennent compte de leur langue, de leur culture et de leur vécu.

Dans le cadre de leur projet sur la santé mentale des étudiantes et étudiants internationaux, Beogo et le professeur Ramdé, de l’Université Laval, ont réuni, à l’Université d’Ottawa et au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, des étudiantes et étudiants internationaux francophones lors d’une série d’ateliers visant à mieux comprendre les défis, les besoins et les réalités complexes qui façonnent leur expérience d’intégration et d’adaptation. 

Les échanges ont mis en lumière des difficultés auxquelles certaines personnes sont confrontées seules, notamment l’isolement et l’incertitude quant aux ressources vers lesquelles se tourner.

Le sentiment d’appartenance contribue au bien-être

Se sentir à sa place peut jouer un rôle important dans l’adaptation à un nouvel environnement. L’expérience de Beogo, qui a étudié à Taïwan, a influencé sa réflexion à ce sujet. Malgré un environnement culturel très différent, il dit ne pas avoir ressenti le même sentiment d’isolement, car son programme prévoyait du soutien entre pairs, des activités régulières et des échanges culturels.

Cette expérience lui a montré l’importance d’intégrer le soutien à l’environnement, plutôt que de laisser les étudiantes et étudiants le découvrir par eux-mêmes.

Pour Beogo, l’équité en santé consiste aussi à reconnaître que les besoins peuvent varier selon la langue, la culture, la situation sociale et le vécu de chaque personne. Offrir le même service à tout le monde ne garantit pas un accès ou des résultats équitables.

La question de la langue illustre bien cet enjeu. Pour les services de santé mentale, leur disponibilité ne suffit pas : les étudiantes et étudiants doivent aussi se sentir écoutés, compris, en confiance et accompagnés. À défaut, ils peuvent être moins enclins à solliciter ou à utiliser le soutien disponible.

La recherche peut aider les établissements à mieux comprendre ces réalités. En écoutant les étudiantes et étudiants et en collaborant avec les services qui les accompagnent, les équipes de recherche peuvent cerner les lacunes et contribuer à faire évoluer les programmes et les services.

Favoriser l’épanouissement après l’arrivée

Aux étudiantes et étudiants qui vivent du stress, de l’isolement ou des difficultés d’adaptation, Beogo recommande de demander de l’aide. Les professeures et professeurs ne sont pas toujours les mieux placés pour répondre à une préoccupation particulière, mais ils peuvent écouter et orienter vers les ressources appropriées.

« N’hésitez pas. Il n’y a aucune honte à demander de l’aide. Ces services sont là pour les étudiantes et les étudiants », conseille-t-il.

Savoir que du soutien est disponible peut faciliter le premier pas. Si un service ne répond pas à leurs besoins, faire part de leur expérience peut aussi aider les établissements à apporter les ajustements nécessaires.

Pour les universités, accueillir les étudiantes et étudiants internationaux ne s’arrête pas à leur arrivée. Soutenir leur bien-être, c’est continuer à les écouter, apprendre de leurs expériences et créer des environnements où ils peuvent tisser des liens, participer à la vie universitaire, chercher du soutien et développer un sentiment d’appartenance.

Comme le résume Beogo: « C’est certain que c’est dur, mais c’est faisable. »