En effet, ces spécialistes de premier plan des sciences de l’environnement et du climat, de la santé et des droits reproductifs, de l’économie, du droit et de l’anthropologie affirment dans les pages de la revue The Journal of Population and Sustainability que la dynamique des populations doit être analysée sous un angle qui intègre à la fois démographie, environnement, économie et santé reproductive.
« Dans un contexte où les gouvernements cherchent à répondre au recul de la fécondité et au vieillissement de la population, on voit le natalisme occuper une place grandissante dans les débats publics et orienter les politiques. Or, ces discussions sur les changements démographiques prennent rarement en compte les changements climatiques, la perte de biodiversité, l’épuisement des ressources et les autres pressions exercées sur la planète », explique Céline Delacroix, professeure auxiliaire à l’École interdisciplinaire des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa et membre du Population Institute, un organisme américain. « Notre objectif est d’examiner ces enjeux conjointement pour tenter de trouver une réponse véritablement durable aux transformations démographiques. »
Voir les sociétés vieillissantes autrement
Celles et ceux qui défendent l’idéologie nataliste estiment qu’il faut hausser le taux de natalité pour faire contrepoids à la baisse de la fécondité et qu’il faut maintenir, voire dépasser le seuil de remplacement des générations pour éviter les conséquences sociales et économiques du vieillissement de la population. Toutefois, l’argument des limites planétaires est largement absent de leur discours.
Selon Céline Delacroix et ses co-autrices et co-auteurs, le débat devrait reposer sur un examen objectif des affirmations entourant le déclin démographique et la baisse de la fécondité. Ainsi, d’une part, on reconnaîtrait l’autonomie reproductive (la capacité des femmes à prendre librement des décisions éclairées concernant la procréation), d’autre part, on s’attaquerait aux changements démographiques dans le respect des limites de la planète. À l’heure où le financement mondial des programmes de planification de la famille est en forte diminution alors que l’autonomie reproductive est plus essentielle que jamais, il est temps pour les décisionnaires, les bailleurs de fonds et les groupes militants hors milieu universitaire d’adopter une nouvelle approche des enjeux démographiques fondée sur les droits de la personne et la santé planétaire.
Les gouvernements ont aussi tendance à associer croissance démographique et prospérité économique, soutenant qu’une population plus nombreuse favorise l’expansion des marchés, l’augmentation des revenus des entreprises et la croissance du PIB. Selon les autrices et auteurs, cet indicateur de croissance économique est fondamentalement déconnecté des réalités physiques de la planète, puisqu’il ne tient pas compte du coût environnemental de l’activité économique.
« En voyant les enjeux économiques et sociaux liés au vieillissement des sociétés comme quelque chose de gérable et en mettant de l’avant certaines mesures qui s’inscrivent dans le respect des droits de la personne, comme une politique fiscale progressive, des mécanismes de solidarité intergénérationnelle plus forts, des moyens de faciliter la migration de travail et une intégration significative des personnes âgées dans la société, nous pourrions élaborer des politiques plus équitables au lieu de recourir à des mesures natalistes. Les gouvernements doivent trouver des réponses au vieillissement de la population et aux changements démographiques sans compromettre les droits reproductifs et la santé de la planète », conclut Céline Delacroix.
Parue dans The Journal of Population and Sustainability, l’étude intitulée « Why pronatalism fails the planetary health test » a été rédigée par C. Delacroix, M. Temmerman, N. Bajaj, A. Moore, P. Barnard, W. Ripple, W. Rees, M. Gerrard, D. Coole, R. Engelman, H. Kopnina, N. Owoo et P. Lindsey. DOI : 10.3197/whpjps.63887831800459
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