Texte explicatif  Parlons du hantavirus
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Le navire MV Hondius est au cœur d’une épidémie d’hantavirus : explications de Raywat Deonandan, épidémiologiste et professeur titulaire à l’Université d’Ottawa

Le 1er avril 2026, le navire MV Hondius a quitté Ushuaia, en Argentine. En date du 7 mai, sept cas de maladie respiratoire grave étaient à bord, dont deux cas confirmés de hantavirus, cinq cas suspects et trois décès. L’une des personnes décédées se trouvait également à bord d’un vol. À partir de ce même vol, une agente de bord a par la suite été hospitalisée pour des symptômes liés au hantavirus.

Au moment de la rédaction de cet article, à ma connaissance, tous les passagers connus infectés ont été évacués médicalement vers différents pays. Certaines personnes exposées ont quitté le navire avant que l’épidémie ne soit identifiée. Et de nombreuses personnes, exposées ou non (bien qu’à ce stade, je devrais peut-être les considérer toutes comme exposées) poursuivent leur voyage à bord du navire vers les îles Canaries.

Qu’est-ce que le hantavirus ?

Les hantavirus sont une famille de virus principalement transmis par des rongeurs, notamment des souris et des rats. Les humains sont généralement infectés en inhalant de très fines particules contaminées par l’urine, les excréments ou la salive des rongeurs, souvent dans des espaces clos comme des cabines, des granges, des hangars ou des bâtiments mal ventilés. Imaginez quelqu’un balayant le sol dans un endroit où le hantavirus est présent et inhalant les particules de poussière contaminées par des matières fécales soulevées par le balai. Ce n’est pas une voie d’infection inhabituelle.

Différents hantavirus circulent dans différentes régions du monde. En Asie et en Europe, ils provoquent plus souvent un syndrome hémorragique avec atteinte rénale (HFRS – hemorrhagic fever with renal syndrome), qui affecte les reins et les vaisseaux sanguins. Dans les Amériques, les hantavirus sont plutôt connus pour provoquer le syndrome pulmonaire à hantavirus (HPS – hantavirus pulmonary syndrome), une maladie rare mais potentiellement mortelle qui attaque les poumons et peut rapidement entraîner une insuffisance respiratoire sévère.

La plupart des hantavirus ne se transmettent pas facilement d’une personne à l’autre. La principale exception est la souche virus Andes, présente dans certaines régions d’Amérique du Sud, qui a montré une transmission limitée de personne à personne dans des situations de contact très étroit, par exemple entre membres d’une même famille ou soignants. Et je parle bien d’un contact très étroit : dormir dans le même lit, tousser au visage de l’autre, partager des fluides corporels, etc.

Les premiers symptômes d’une infection au hantavirus ressemblent à ceux de nombreuses maladies virales courantes : fièvre, fatigue, courbatures, maux de tête, nausées et vomissements. Dans les cas graves, les patients peuvent développer soudainement une toux et un essoufflement, car du liquide s’accumule dans les poumons. Il n’existe pas de traitement curatif largement disponible : la prise en charge repose sur des soins hospitaliers de soutien, notamment l’oxygénothérapie et une assistance respiratoire intensive. Parce que la maladie est rare mais très grave, les flambées attirent souvent une attention scientifique et médiatique intense. 

Où est-il le plus fréquent ?

Le hantavirus se retrouve dans le monde entier, mais il est plus courant dans certaines régions d’Asie et d’Europe, où des milliers de cas sont signalés chaque année. La Chine représente à elle seule plus de 90 % des cas de HFRS déclarés. L’Europe signale environ 1 500 à 5 000 cas par an, notamment dans des pays comme la Finlande, l’Allemagne, la Suède et certaines parties de l’Europe de l’Est.

Les Amériques enregistrent beaucoup moins de cas au total, mais ceux-ci sont généralement plus graves. Ensemble, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud rapportent habituellement seulement quelques centaines de cas par an. L’Argentine et le Chili sont particulièrement importants car ils abritent la souche Andes, le seul hantavirus clairement démontré comme capable de se transmettre entre humains. Aux États-Unis, environ 1 000 cas ont été recensés depuis le début de la surveillance nationale en 1993.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) :

  • Chine : > 90 % des cas mondiaux déclarés de HFRS
  • Reste de l’Asie et de l’Europe : la majeure partie du fardeau mondial restant
  • Amérique du Nord et du Sud : probablement < 1 % des cas mondiaux, principalement des formes HPS
  • Estimation mondiale : environ 10 000 à 200 000 infections par an, selon les méthodes de surveillance et les définitions utilisées

Et localement ?

Je suis au Canada, donc quand je parle de « local », je veux dire au Canada. Et oui, il y a eu des cas au pays dans le passé, presque toujours dans l’Ouest canadien. Entre 1989 et 2015, 109 cas confirmés ont été recensés (environ un tiers sont décédés). Au Canada, ces cas surviennent souvent lors du nettoyage de granges, hangars, garages, chalets ou lieux d’entreposage de grains. Les personnes vivant en milieu rural peuvent inhaler des particules d’urine ou de fèces de souris en suspension dans l’air. Il y a également eu quelques cas importés, mais la majorité sont des cas de transmission locale.

Il est important de noter que le Canada n’a jamais signalé de cas de la souche Andes, celle qui peut se transmettre d’humain à humain.

Aux États-Unis, environ 1 000 cas ont été recensés depuis 1993 (environ 40 % sont décédés). La plupart des cas se sont produits à l’ouest du Mississippi (Nouveau-Mexique, Colorado, Arizona, Californie, Washington, Montana). Comme au Canada, les infections sont survenues après contact avec des excréments de rongeurs. La souche Andes est également apparue aux États-Unis dans le passé, mais à ma connaissance uniquement sous forme de cas importés, et non par transmission locale .

Quel est le taux de mortalité ?

Ah oui, la question que la plupart des gens veulent connaître. Et ils ont raison d’y être attentifs. Le hantavirus peut être effrayant. La forme asiatique/européenne (HFRS) a un taux de létalité de 1 à 15 %, selon la souche et la gravité. La forme américaine (HPS) est plus inquiétante, avec un taux de 30 à 40 %, et certains foyers ont même atteint 50 % de décès. Donc oui, c’est grave si on l’attrape.

Existe-t-il un vaccin ?

Oui, il en existe ! Je parie que vous êtes surpris. La Chine a mis en place plusieurs vaccins pour lutter contre la HFRS, et on pense que c’est l’une des raisons principales de la réduction du fardeau de la maladie ces dernières années. La Corée du Sud a développé le Hantavax, principalement destiné à ses forces armées. Lorsqu’on administre plusieurs doses, le Hantavax semble conférer une efficacité de 25 à 75 %.

Mais… et c’est important… Il n’existe pas de vaccin contre la forme HPS du hantavirus. C’est cette forme qui alimente actuellement l’épidémie sur le paquebot. Pourrait-on utiliser le Hantavax pour prévenir la souche HPS ? Il y aurait probablement une certaine immunité croisée, mais les virus sont suffisamment différents que la plupart des experts estiment que la protection serait très limitée.

Alors pourquoi est-ce que tout le monde panique?

Les gens paniquent parce qu’il a été confirmé que les patients du paquebot sont bel et bien infectés par la souche Andes. Cela signifie qu’en plus de l’absence de traitement, d’un vaccin et d’un risque de mortalité quasi aléatoire, il existe maintenant une possibilité de transmission de personne à personne — un risque qui ne se pose pas avec les autres types de hantavirus.

Ainsi, pour une population encore traumatisée par la pandémie de COVID-19, cela peut ressembler à un scénario cauchemardesque. Mais ce n’est pas la COVID, ni la rougeole, ni la grippe. En réalité, il est relativement difficile de contracter le hantavirus d’une autre personne. Il faut un contact intime. Ce n’est pas quelque chose que l’on attrape simplement en prenant le bus à côté d’une personne infectée.

Cela dit, je suis conscient de cet événement de super‑propagation en 2018. Comme pour toutes les choses, la science évolue.

Et l’agente de bord l’a attrapé d’une manière ou d’une autre !

Il y a encore beaucoup d’inconnus (au moment de la rédaction de cet article) concernant ce cas. Pour l’instant, nous ne savons pas avec certitude qu’elle ait réellement été infectée par le hantavirus. Elle présente seulement des symptômes qui évoquent le hantavirus. Nous ne savons pas non plus à quel point son contact avec la personne infectée dans l’avion était étroit. La personne infectée a-t-elle toussé directement au visage de l’agente de bord ? L’agente de bord a-t-elle manipulé ses vomissements ou sa salive dans l’exercice de son travail ? Nous n’en savons tout simplement pas assez pour l’affirmer.

Quel est le scénario catastrophe ?

Ce serait que la souche Andes ait muté et devienne désormais très, très contagieuse. Cela semble extrêmement improbable. Beaucoup plus de personnes à bord du navire seraient déjà infectées si c’était le cas.

Comment cela va-t-il probablement se dérouler ?

Les autorités doivent retracer toutes les personnes qui étaient à bord du navire, ainsi que leurs contacts intimes, et évaluer si elles présentent des symptômes. Ensuite, selon diverses circonstances — notamment la présence de symptômes légers — elles devront leur demander de s’isoler pendant une période prolongée. Cette maladie a une longue période d’incubation, pouvant aller jusqu’à 8 semaines. Bien que la transmission pendant l’incubation soit très peu probable, elle reste possible pendant la phase de symptômes légers (fatigue, etc.).

À quel point le public devrait-il s’inquiéter ?

C’est une bonne chose que le public soit informé de cette flambée et qu’il en apprenne davantage sur les nouvelles maladies. C’est aussi une bonne chose qu’il comprenne mieux ces « boîtes de Petri flottantes » qu’étaient les paquebots (désolé, industrie de la croisière, j’ai perdu beaucoup d’argent en bourse quand j’ai parié que vous vous remettriez fortement de la COVID. Je suis toujours amer).

Mais, comme je l’ai dit, le hantavirus n’est pas la COVID ni la rougeole. Ce n’est pas un virus aérosol au sens où la plupart des gens l’entendent. Il ne se propagera pas en masse par transmission interhumaine. Un taux de létalité élevé fait peur… si l’on contracte la maladie. Mais il est très peu probable que vous l’attrapiez, surtout si vous vivez en ville.

Donc, à l’instant présent, sur une échelle de 0 à 10, je conseillerais au public canadien d’être inquiet à 0,5. Soyez conscient de l’existence de cette maladie et de ses caractéristiques, mais continuez à vivre votre vie et laissez les autorités de santé publique faire leur travail.

Comme toujours en science, tout cela repose sur ce que l’on sait à ce jour. Alors, comme j’aime le rappeler dans des articles comme celui-ci… tout ceci est vrai jusqu’à nouvel ordre.

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Raywat Deonandan est épidémiologiste et professeur titulaire à la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa, ainsi qu’auteur priméCe texte fut publié dans son intégrité sur la plateforme Medium et sur le blogue https://blog.deonandan.com le 7 mai 2026.