Rangée de maisons et de pièces de monnaie
« Le logement, c’est la santé, c’est le bien-être », fait remarquer Katrine Sauvé-Schenk, professeure agrégée en sciences de la réadaptation à la Faculté des sciences de la santé. C’est en travaillant comme ergothérapeute auprès de personnes à faible revenu qu’elle a constaté les effets néfastes de la pénurie de logements abordables sur la santé.

Le sort de ces gens, dont la majorité attendent des années avant d’obtenir une demeure convenable, l’a incitée à lancer un projet de recherche communautaire : la création d’un tableau de bord interactif visant à aider les municipalités à prendre des décisions fondées sur des données pour améliorer les services et les politiques concernant le logement social et abordable.

Le résultat est un prototype de tableau de bord nommé DASH (décisions pour le logement abordable/social). Ce système de données ouvertes vise à intégrer des données de diverses sources afin d’offrir un portrait global des besoins en logement social, du nombre de personnes en attente et du nombre d’unités disponibles dans une collectivité donnée. Un des objectif est d’éliminer le double emploi de données contenues dans les listes d’attente pour les logements sociaux et les inscriptions aux refuges pour sans-abris afin d’avoir un estimé plus précis des ménages en besoin, et ainsi d’assister les décisionnaires en matière de planification de logement. 

« Le gouvernement donne des milliards de dollars pour construire des logements, souligne la professeure Sauvé-Schenk. Mais est-ce qu’il sait quel type et combien de logement et où on doit le construire? Les décisions sont basées sur peu de données, des données qui sont très disparates. DASH permettrait aux parties prenantes de prendre des décisions plus éclairées. »

Un partenariat fructueux avec la communauté

Le prototype du tableau de bord a été développé sur trois ans par une équipe de recherche interdisciplinaire de l’Université d’Ottawa en partenariat avec l’Alliance to End Homelessness Ottawa, une coalition de plus de 75 organismes travaillant à mettre fin à l’itinérance dans la région de la capitale nationale. Les professeurs Daniel Amyot (Faculté de génie), Lysanne Lessard (École de gestion Telfer) et John Sylvestre (Faculté des sciences sociales) se sont joints à Katrine Sauvé-Schenk pour unir leurs connaissances en génie logiciel, en systèmes d’information, en logement et itinérance, ainsi qu’en santé. 

Le projet est guidé par un comité consultatif composé de représentations des gouvernements municipal et fédéral, de cadres et d’organismes œuvrant dans le domaine du logement et par une équipe directrice spécialisée de l’Alliance composée de personnes ayant une expérience vécue de l’itinérance. Le projet a reçu du financement du Conseil de recherches en sciences humaines.

L’équipe de recherche et l’Alliance to End Homelessness Ottawa ont récemment remporté une mention spéciale aux prix d’excellence de Recherche partenariale du Canada, un réseau national qui favorise les travaux de recherche communautaire. La reconnaissance souligne une collaboration communautaire-universitaire des plus fructueuses, note la professeure Sauvé-Schenk. 

« L’Alliance s’est engagée avec nous pour faire la recherche, dit-elle. C’est un partage d’expertise, de connaissances. C’est un projet qui est vraiment partagé à 50/50 avec la communauté. »

Photo du quartier de Sandy Hill en automne
« Sandy Hill » par lezumbalaberenjena, CC BY-NC-ND 2.0.

Une vision nationale 

Les partenaires travaillent notamment avec la communauté et des personnes ayant une expérience vécue de l’itinérance afin de mieux comprendre comment la collecte de données sur le logement abordable pourrait être améliorée, tout en assurant un équilibre entre le partage public de ces données et le droit à la confidentialité.

Bien que le prototype ait été conçu pour une utilisation à l’échelle municipale, DASH a le potentiel d’offrir une perspective globale des besoins actuels et futurs en logement à l’échelle du pays, dit Katrine Sauvé-Schenk. Cette solution numérique unique promet de guider la réponse collective à la crise du logement qui touche actuellement plus de 20 % des ménages canadiens vivant dans un logement inabordable.