une personne en train de méditer dans un champ
Pourquoi certaines personnes surmontent-elles l’adversité plus facilement que d’autres? Selon Xiangfei Meng, professeure à l’École interdisciplinaire des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa, la résilience est un processus dynamique qui permet de bien s’adapter à l’adversité, aux traumatismes, aux menaces et aux événements très stressants.

À titre de titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 2 en science des données sur la santé des populations, la professeure Meng étudie la santé mentale à l’aide de données populationnelles et d’une approche qui prend en considération l’ensemble du parcours de vie des personnes. Elle tente de déterminer comment les expériences et les circonstances s’accumulent au fil du temps pour influencer la santé mentale et physique.

Il n’existe pas de parcours unique vers la santé mentale

La santé mentale d’une personne dépend de bien plus que ce qu’elle vit au moment présent. Les expériences passées, les relations et les environnements peuvent avoir des répercussions durables sur la santé mentale qui s’accumulent au fil du temps. Ces facteurs peuvent tantôt augmenter le risque de problèmes de santé mentale, tantôt renforcer la capacité d’adaptation face à l’adversité.

Le programme de recherche de la professeure Meng explore les interactions de ces facteurs tout au long de la vie. Ses travaux sur l’adversité en début de vie, par exemple, ont porté sur les liens entre la maltraitance durant l’enfance et les problèmes ultérieurs de santé mentale, en plus de mettre en évidence le rôle protecteur que peuvent jouer le soutien social et les stratégies d’adaptation. Ces constats confirment que ce type d’adversité nuit à la santé, mais ils démontrent également la manière dont les expériences vécues se conjuguent aux facteurs individuels, sociaux et environnementaux tout au long de la vie, faisant ainsi ressortir des domaines d’intervention.

Les influences qui importent le plus peuvent évoluer : relations avec les parents et les personnes qui assurent les soins, amitiés et environnements scolaires, puis relations professionnelles, conditions de travail et exigences professionnelles.

Selon les études de la professeure sur les parcours de vie, la transition vers l’université représente une période importante du développement. Les nouvelles relations, les changements dans les réseaux de soutien et les environnements inconnus peuvent avoir une incidence sur la façon dont les étudiantes et les étudiants vivent le stress et y répondent.

Xiangfei Meng
« La santé mentale et le bien-être sont constamment influencés par l’interaction cumulative de facteurs individuels, sociaux et structurels au fil du temps. »

Xiangfei Meng

— Professeure, École interdisciplinaire des sciences de la santé

La santé mentale influence la santé physique, et vice versa

Le stress n’influence pas seulement nos émotions. Il a également des répercussions sur la santé physique, dont certaines ne se manifestent que plusieurs années plus tard.

En s’appuyant sur la théorie du stress et une approche qui tient compte de l’ensemble du parcours de vie, l’équipe de la professeure Meng étudie comment les expériences vécues tout au long de la vie influencent à la fois la santé mentale et la santé physique. Par exemple, la dépression et l’anxiété peuvent coexister avec des maladies cardiovasculaires, et certaines maladies physiques peuvent avoir une incidence sur la santé mentale. Au lieu d’analyser chaque problème de santé isolément, la professeure Meng étudie comment les liens entre eux se développent au fil du temps et comment ils influencent la santé dans son ensemble et la qualité de vie.

L’examen de ces interactions dans le temps permet d’acquérir une compréhension plus globale de la santé qui tient compte non seulement des symptômes, mais aussi des expériences, des relations et des milieux qui les entourent. Cette approche offre également une perspective différente sur la résilience : plutôt que d’être un trait de personnalité fixe, elle devient une capacité influencée par nos ressources, nos relations et nos circonstances.

La résilience ne dépend pas que de soi

La professeure Meng affirme que des stratégies d’adaptation efficaces peuvent aider les gens à faire face à des circonstances difficiles. Par exemple, devant un problème qui semble insurmontable, il est plus facile de se concentrer sur ce qui doit être réglé immédiatement au lieu de tenter de tout résoudre d’un coup. Le fait de prendre un moment pour s’arrêter, réévaluer la situation et ajuster les attentes peut également réduire la pression qui accompagne souvent les périodes de changement.

Adopter des stratégies d’adaptation ne signifie pas qu’il faut faire face aux difficultés sans l’aide des autres. Les transitions, comme l’entrée à l’université ou le déménagement loin de la maison, viennent souvent avec leur lot de défis inédits, dont le mal du pays, la barrière de la langue ou la difficulté à nouer de nouvelles amitiés. Pendant ces périodes d’ajustement, conserver ses relations existantes tout en en développant peu à peu de nouvelles peut procurer un important sentiment de stabilité et d’appartenance.

« C’est normal d’aller chercher de l’aide », affirme la professeure.

Les étudiantes et étudiants ont accès à du soutien par les pairs, à des groupes de soutien, à de la psychothérapie à court terme et à d’autres services au Centre de santé et mieux-être étudiant de l’Université d’Ottawa. L’aide peut aussi provenir des interactions quotidiennes avec le corps professoral, les membres du personnel, les camarades de classe et les proches. Ces interactions contribuent à créer des milieux où les gens se sentent à l’aise de poser des questions, d’exprimer leurs préoccupations et d’obtenir les ressources dont ils ont besoin.

Pour la professeure Meng, la résilience ne consiste pas à éviter le stress, à affronter les difficultés sans aide extérieure ou à toujours savoir quoi faire. La santé mentale résulte d’une combinaison complexe de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux, dont certains échappent à notre contrôle. Au lieu de voir la résilience comme un trait de personnalité fixe, elle encourage les gens à l’envisager comme un processus continu d’adaptation qui consiste à s’ajuster aux circonstances changeantes, à tirer parti des ressources offertes et à faire face aux défis avec souplesse et bienveillance envers soi-même.