Poche de sang
Amad Chaturvedi (Unsplash)
Une nouvelle étude publiée dans le Canadian Medical Association Journal (CMAJ) révèle qu’au Canada, les personnes noires qui souhaitent donner du sang se heurtent à des obstacles, malgré le besoin pressant de certains groupes sanguins pour traiter l’anémie falciforme.

« Ces obstacles découlent principalement des politiques restrictives et racistes mises en place par le système canadien de collecte de sang, des expériences de racisme vécues sur les plans individuel, institutionnel et structurel au sein du système de santé, et de la méfiance engendrée par l’histoire des relations raciales au Canada », soulignent le Dr Jude Mary Cénat, professeur de psychologie à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche de l’Université d’Ottawa sur la santé des communautés noires, et ses collègues qui ont cosigné l’article.

L’anémie falciforme, qui touche principalement les personnes d’origine africaine, moyen-orientale et sud-asiatique, est souvent traitée au moyen de transfusions de globules rouges soigneusement appariés. Or, le nombre de personnes donneuses noires ou issues de multiples autres groupes ethniques est insuffisant pour répondre aux besoins.

Héma-Québec est l’organisme responsable des dons de sang au Québec. Dans les autres provinces et territoires du Canada, ce rôle revient à la Société canadienne du sang (SCS).

Pour comprendre les obstacles qui nuisent au don de sang chez les personnes noires au Canada, une équipe de recherche du Centre interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s de l’Université d’Ottawa, en Ontario, a réalisé une étude qualitative auprès de 42 personnes noires d’âge adulte. La plupart d’entre elles avaient un niveau de scolarité élevé, soit un baccalauréat ou plus, et 57 % se sont identifiées comme des femmes.

Voici les principaux obstacles relevés :

  • Politiques restrictives en matière de don de sang : Les politiques du Canada diffèrent de celles des autres pays du G7; des personnes qui ne sont pas autorisées à donner du sang au Canada peuvent le faire dans d’autres pays. À titre d’exemple, celles qui ont déjà contracté le paludisme font face à d’importantes restrictions en matière de don de sang au Canada. Or, plusieurs autres pays, notamment les États-Unis et la France, ont aboli ces politiques limitant l’accès des personnes noires au don de sang.
  • Le racisme institutionnel et systémique au sein du système de santé : Les expériences négatives vécues au sein des établissements de santé ont alimenté la méfiance à l’égard des systèmes de don de sang et suscité des doutes quant au respect et à l’équité du traitement qui seraient accordés aux donneuses et donneurs noirs.
  • Racisme historique envers les personnes noires : Cette réalité a nourri chez les personnes noires un sentiment de dévalorisation ainsi que la crainte d’être rejetées ou de subir un traitement préjudiciable lorsqu’elles donnent du sang.
  • Manque de confiance envers le système de don de sang : Cette méfiance découle d’expériences historiques et personnelles négatives vécues dans le système de santé.

« Notre étude fait ressortir des données claires et inédites sur les obstacles au don de sang auxquels se heurtent actuellement les personnes noires partout au pays. Les résultats devraient être utiles aux deux organismes responsables de la gestion des dons de sang au Canada (SCS et Héma-Québec), les aidant à éliminer ces obstacles qui exposent les personnes noires au racisme anti-Noirs et contribuent ainsi à aggraver les préjudices subis par les patientes et patients noirs au Canada. De plus, notre étude contribuera à faire émerger des campagnes de communication et de sensibilisation efficaces auprès des personnes noires, dans le respect de leurs valeurs culturelles, en tenant compte de leur histoire marquée par l’oppression dans la société canadienne ainsi que de leur méfiance envers le système de santé et les organismes de collecte de sang », écrit l’équipe qui signe l’article.

L’étude « “Our blood is not pure enough”: a qualitative study to understand systemic racial barriers to blood donation for Black people in Canada » de J. Cénat, R. Dalexis, W. Darius and S. Pakhalé, le 24 août 2026. DOI: 10.1503/cmaj.250123.paraît le 24 août 2026.

Demandes médias : [email protected]