S’appuyant sur une recherche-action participative menée dans une université canadienne ayant officiellement pris l’engagement d’autochtoniser ses programmes d’études, l’article identifie une pluralité d’orientations parmi le corps professoral. Ces approches vont de stratégies axées sur l’inclusion à des pratiques plus transformatrices, ancrées dans la décolonisation. L’analyse montre que ces orientations sont étroitement liées à des formes distinctes d’agentivité académique, révélant que l’engagement professoral est loin d’être uniforme et qu’il est plutôt médiatisé par les normes disciplinaires, les attentes institutionnelles et les ressources disponibles.
L’un des principaux constats de l’étude (disponible en anglais seulement) concerne les limites de l’engagement moral individuel lorsqu’il n’est pas soutenu par des structures adéquates. En l’absence de cultures départementales collaboratives, de reconnaissance institutionnelle et de soutien concret au travail de décolonisation, les efforts des professeur·e·s demeurent souvent fragmentés ou contraints. À cet égard, l’article souligne l’importance d’inscrire l’autochtonisation dans des cadres collectifs et systémiques, plutôt que de s’en remettre uniquement à l’initiative individuelle.
Sur le plan conceptuel, l’article propose une contribution importante en reconfigurant la manière dont certains défis sont appréhendés. Plutôt que de considérer les frictions épistémiques et l’incertitude pédagogique comme des obstacles à surmonter, il les présente comme des éléments constitutifs de l’engagement dans les démarches de Decolonization Studies. Ces tensions ne sont donc pas des signes d’échec, mais bien des indicateurs d’un engagement réel avec des systèmes de savoirs complexes et parfois conflictuels.
En déplaçant l’attention de la sensibilisation vers la pratique, l’article contribue aux réflexions actuelles sur l’autochtonisation dans l’enseignement supérieur. Il met en évidence que le travail du corps professoral colonisateur relève moins de l’atteinte d’un état de compréhension définitif que d’une navigation continue au sein d’institutions encore profondément façonnées par l’histoire et les rapports de pouvoir coloniaux.