Elie Mukuna, Baccalauréat en développement international et mondialisation, 4ème année
Pays de stage : Ghana
ONG canadienne : AFS
ONG locale : McKingtorch Africa
Mon séjour au Ghana a été jusqu’à présent l’une des expériences les plus intéressantes de ma vie. Dès que j’ai atterri à l’aéroport international de Kotoka, à Accra, il m’a fallu quelques minutes pour réaliser que j’étais enfin arrivé au Ghana. Jusqu’à présent, cette expérience a été comme des montagnes russes, avec de nombreux hauts et bas. Elle m’a néanmoins appris à quel point je suis résilient et patient, surtout lorsqu’il s’agit de gérer les différences culturelles dans divers contextes. Si vous êtes déjà allé au Ghana ou dans un autre pays africain, vous savez sans doute à quel point les choses peuvent être plus lentes. Bien que ce ne soit pas nécessairement une mauvaise chose, cela nécessite une période d'adaptation.
Chaque pays fonctionne différemment, et en tant que personne aspirant à travailler dans le développement international, les affaires internationales et la diplomatie, apprendre à s'adapter aux différences culturelles est un atout majeur. Aborder cette expérience avec un esprit ouvert m’a aidée à m’adapter à ma nouvelle vie au Ghana. Au début, tout me semblait nouveau et passionnant. Bien que je n’aie pas vraiment subi de choc culturel, ayant grandi à Pretoria (Afrique du Sud) et à Kinshasa (République démocratique du Congo), je me suis en fait sentie un peu chez moi au Ghana. Nous avons beaucoup en commun, surtout en matière de cuisine. Les ingrédients sont les mêmes, mais les méthodes de cuisson diffèrent. Tout comme le Ghana et le Congo partagent les mêmes matières premières (bananes plantains, huile de palme, arachides, etc.) mais produisent des plats totalement différents grâce à des méthodes de cuisson distinctes, de nombreux pays peuvent partager les mêmes structures formelles (par exemple, constitutions, parlements, banques centrales, tribunaux, etc.) tout en produisant des résultats fondamentalement différents selon la manière dont ces structures sont gérées, interprétées et ancrées dans la culture locale.
C’est pourquoi arriver avec une vision préconçue de la façon dont les choses « devraient » fonctionner constitue l’un des plus grands obstacles dans le travail international. De nombreux praticiens sur le terrain partent du principe que transposer des connaissances, des méthodologies et des institutions d’un pays à un autre produira des résultats similaires. Par exemple, l’approche du « Consensus de Washington » des années 1980 et 1990 a imposé les mêmes « ingrédients » économiques (privatisation, déréglementation, libre marché) à des pays très différents, souvent avec des résultats mitigés ou médiocres, précisément parce que les « méthodes de cuisson » locales (culture politique, confiance sociale, contexte historique, normes de gouvernance) étaient totalement différentes. Comme aucun bon plat ne se prépare à la hâte, naviguer entre les différences culturelles demande de la patience : la volonté d’accepter la confusion, de résister à l’envie de se rabattre sur ce qui est familier, et d’avoir confiance que la compréhension viendra avec le temps. La patience est une vertu essentielle non seulement dans le travail de développement international, mais aussi dans la vie. Comprendre une nouvelle méthode de cuisine ne se fait pas du jour au lendemain. Les ingrédients peuvent sembler familiers, mais si vous n’êtes pas assez ouvert d’esprit pour apprendre la méthode de cuisson, vous serez toujours surpris par ce qui se retrouve dans votre assiette.
Un moment qui a véritablement mis à l’épreuve mon ouverture d’esprit, ma capacité d’adaptation et ma patience s’est produit au travail. Nous avions une réunion prévue à 15 h, et elle a commencé à 16 h 30. Au début, j’étais sincèrement frustrée. J'accorde de l'importance à la ponctualité et je respecte le temps des autres, alors rester assise à attendre une heure et demie sans aucune explication était difficile à accepter. Mais ensuite, quelque chose a changé. J'ai regardé autour de moi et j'ai remarqué que personne ne semblait s'en soucier. Il n'y avait aucune tension dans la pièce, aucune plainte murmurée, juste une acceptation calme et sans précipitation du fait que les choses commenceraient quand elles commenceraient. Ce fut ma première expérience du « temps ghanéen », et elle m'a donné une leçon d'humilité. J’ai compris que ma frustration ne venait pas d’un problème concret ; c’était une réaction face à quelque chose de différent, et il y a une différence considérable entre les deux. Une fois que j’ai accepté que je ne pouvais pas changer la culture qui m’entourait, mais seulement ma réaction face à elle, la frustration s’est dissipée. Cet après-midi-là m’a appris davantage sur l’adaptabilité que n’importe quel cours ou manuel scolaire.