Shamimeh Heydari posant devant un tableau noir sur lequel figurent des équations mathématiques.
Si Shamimeh Heydari allie aujourd’hui les mathématiques et l’intelligence artificielle dans ses recherches financières de pointe, c’est grâce à la résilience exemplaire dont elle a fait preuve tout au long de son parcours scolaire.

Enfant, en Iran, Shamimeh était déjà animée d’une forte curiosité qui la poussait à poser mille et une questions sur les nombres. C’était bien avant qu’elle ne s’intéresse aux domaines de l’intelligence artificielle (IA) et des mathématiques financières. Elle se souvient d’une question en particulier qu’elle posait continuellement à sa mère : « Quel est le plus grand nombre qui existe? » C’est ainsi qu’elle a découvert la notion d’infini et qu’est née sa passion pour les mathématiques.

Aujourd’hui, Shamimeh est inscrite au programme de maîtrise en mathématiques et statistique de l’Université d’Ottawa. Ses travaux sont financés par Inter-Math-AI, un programme interdisciplinaire qui appuie la recherche à la frontière entre les mathématiques et l’IA.

Prendre son avenir en main

Les mathématiques ont toujours été la matière forte de Shamimeh à l’école. Mais malgré son talent et sa motivation, elle a essuyé son lot de remarques décourageantes à propos de la place restreinte des femmes dans ce domaine.

« Tout le monde me disait que je n’avais pas d’avenir en mathématiques, car en Iran, c’est vraiment difficile pour les femmes de percer dans ce domaine », confie-t-elle.

Mais rien n’allait la démotiver. Encouragée par ses parents, puis par son mari (un collègue mathématicien), elle a continué de tracer sa voie en dépit des obstacles.

« J’en voulais toujours plus, indique-t-elle. Je voulais progresser et réussir dans ce domaine. »

Et c’est exactement ce qu’elle a fait : elle a fini ses études à l’Université iranienne de science et technologie parmi les meilleurs étudiants et étudiantes de sa cohorte. 

De meilleures décisions financières grâce à l’IA 

Après avoir immigré au Canada, Shamimeh s’est renseignée sur les différentes formations offertes en ligne. Celles-ci ont éveillé son intérêt pour l’apprentissage machine, puis l’ont poussée à poursuivre une maîtrise interdisciplinaire à l’Université d’Ottawa. 

Pour sa thèse, qui combine mathématiques financières et IA, Shamimeh a conçu et testé une approche d’apprentissage par renforcement pour évaluer les options de vente américaines. 

Une option de vente américaine est un contrat financier qui confère à la personne détentrice le droit de vendre une action à un prix établi avant une date limite. Sa valeur dépend donc du moment auquel il est exercé. La difficulté de ce type de contrat réside dans la décision d’exercer ce droit de vente immédiatement ou d’attendre, car la valeur de l’action fluctue en fonction des cours du marché.

Shamimeh se sert de l’apprentissage par renforcement (une forme d’IA qui apprend par essais et erreurs) pour entraîner les modèles informatiques à évaluer les perspectives du marché et à déterminer les moments clés pour agir. Grâce à sa capacité à généraliser les apprentissages à d’autres types d’options que l’option de vente américaine, cette méthode se révèle plus flexible que l’évaluation individuelle de chaque contrat. La mise à l’essai du modèle d’IA de Shamimeh – qui a établi des prix d’option très proches de ceux calculés à l’aide des méthodes mathématiques conventionnelles – a permis de démontrer que son efficacité n’affectait en rien son exactitude. 

« Ce genre de recherche mathématique pourrait être utile aux banques, souligne Shamimeh. J’aimerais continuer de développer et de tester ces méthodes d’apprentissage par renforcement et explorer leur potentiel pour l’évaluation des options et la gestion des risques. J’aspire à une carrière qui me permettrait de mener ce genre de recherche pour une banque. »

Shamimeh a présenté le fruit de son travail dans le cadre du quatorzième Congrès canadien des étudiants en statistique (CCÉS), tenu à Hamilton en mai 2026, et du Congrès en mathématiques appliquées, modélisation et sciences informatiques 2026 (AMMCS), un événement international organisé à Waterloo en août 2026.

Une résilience exemplaire

Le parcours de Shamimeh à la maîtrise a été tout sauf facile. En plus de devoir s’adapter à la vie dans son pays d’accueil et à la rigueur nécessaire pour faire de la recherche, Shamimeh a dû faire face à une incertitude financière et s’est inquiétée pour ses proches lors de la coupure d’Internet en Iran. 

Elle tient à souligner la compassion dont son superviseur, le professeur adjoint François-Michel Boire, et sa superviseure, la professeure agrégée Maia Fraser, ont fait preuve et qui a eu une incidence déterminante sur son parcours.

« Les professeurs Boire et Fraser m’ont témoigné une grande gentillesse et un soutien constant durant mon parcours. Lorsque payer les droits de scolarité est devenu un vrai casse-tête, ils m’ont aidée à obtenir un financement supplémentaire. Ça m’a sauvée! C’est grâce à leur soutien que j’ai pu conserver mon optimisme et me concentrer sur ma recherche. Je leur en suis profondément reconnaissante. »

Au-delà de sa propre réussite, Shamimeh espère que les étudiantes et étudiants qui vivent dans des pays où les femmes ont accès à l’éducation – que ce soit en mathématiques ou dans une autre discipline – profiteront pleinement de cette possibilité. 

« Pensez aux filles qui aiment apprendre, mais qui n’ont pas les mêmes chances. Saisissez toutes les possibilités qui s’offrent à vous et redoublez d’efforts pour atteindre vos buts. »

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