Spécialise de la modélisation des maladies infectieuses à l’aide d’équations différentielles, Stacey Smith? (le point d’interrogation fait partie de son nom) mène des travaux qui aident les scientifiques et les décisionnaires à mieux comprendre la propagation des maladies et l’influence que peuvent avoir différentes interventions, comme les campagnes de vaccination et les fermetures d’école, sur l’évolution des éclosions.
Les modèles mathématiques sont particulièrement utiles au début d’une pandémie, lorsque les données sont rares et que des décisions doivent être prises rapidement.
« Les modèles sont extrêmement utiles, surtout quand on dispose de peu de données. Ils ne permettent pas de prédire exactement ce qui va se produire, mais donnent une idée de ce qui pourrait arriver selon différents scénarios. Les responsables de politiques peuvent ensuite s’appuyer sur cette information pour prendre des décisions éclairées », explique la professeure Smith?.
La chercheuse a constaté l’importance de ces modèles dès le début de la pandémie de COVID-19. Dans la soirée du 12 mars 2020, elle rassemble des données et élabore des scénarios. Elle transmet ses conclusions à la direction de l’Université d’Ottawa pendant la nuit. Au matin, l’établissement annonce le passage aux cours en ligne, plusieurs jours avant les confinements imposés par les gouvernements.
Les phénomènes auxquels s’intéresse Stacey Smith? sont variés – allant d’éclosions de maladies à virus Ebola à d’hypothétiques invasions de zombies. Aujourd’hui, elle s’intéresse toutefois à un enjeu moins visible, mais tout aussi contagieux : la réticence à la vaccination.
Quand la désinformation devient virale
En avril 2026, Stacey Smith? a participé à un atelier collaboratif de l’institut Matrix en biologie mathématique pour les personnes de genres sous-représentés, à l’Université de Melbourne, en Australie. Elle a aussi animé une discussion sur l’équité, la diversité et l’inclusion, ainsi qu’un atelier sur les parcours professionnels, et a piloté un groupe consacré à l’étude de la propagation de la désinformation, des attitudes antivaccinales et de la réticence vaccinale.
Ensemble, les chercheuses et chercheurs ont élaboré un modèle mathématique qui, dans un contexte postpandémique, répartit la population en trois groupes : les personnes favorables à la vaccination, celles qui s’y opposent et celles qui hésitent à se faire vacciner.
Inspiré de la COVID-19, ce modèle a cependant une portée beaucoup plus vaste. En raison du recul de la couverture vaccinale pour plusieurs vaccins administrés durant l’enfance, notamment contre la rougeole et l’hépatite, il est plus important que jamais de comprendre les attitudes à l’égard de la vaccination.
« Sur les réseaux sociaux, les opinions sur la vaccination se propagent très vite, explique Stacey Smith?. Lorsqu’une personne s’oppose fermement à un vaccin et réussit à en convaincre une autre de ne pas se faire vacciner, on assiste à un phénomène comparable à une infection : un changement d’état s’opère à l’issue d’un contact. »
À l’aide de leur modèle, la chercheuse et son équipe ont montré que, lorsqu’une population compte un grand nombre de personnes hésitantes, mais pas fermement opposées à la vaccination, les taux de vaccination peuvent diminuer au point d’entraîner davantage de vagues de transmission.
« Sur le plan mathématique, on observe un effet étrange – des vagues supplémentaires qui apparaissent alors qu’elles ne devraient pas exister. »
Savoir, c’est pouvoir
À l’heure où la désinformation et l’intelligence artificielle occupent une place grandissante dans l’espace numérique, Stacey Smith? estime que la littératie scientifique est plus essentielle que jamais.
Son atelier, à l’occasion de la conférence de l’institut Matrix, avait lieu le même jour que la Journée internationale des femmes en mathématiques. Pour l’occasion, le balado The Random Sample lui a proposé de venir présenter ses travaux, une invitation qu’elle a acceptée sans hésiter. Que ce soit dans des balados, des entrevues ou des articles comme celui-ci, elle considère la communication avec le grand public comme un prolongement essentiel de son travail de recherche.
La chercheuse privilégie une approche empreinte d’empathie avec les personnes réticentes à la vaccination. Elle est consciente que la science peut être intimidante. Elle rappelle néanmoins que les vaccins ont considérablement amélioré la santé humaine et ont permis de doubler l’espérance de vie moyenne au cours du dernier siècle.
Plutôt que d’encourager les gens à accepter l’information sans la remettre en question, elle les invite à poser des questions et à faire preuve d’esprit critique. Selon elle, l’un des moyens les plus accessibles et fiables pour obtenir des réponses consiste à consulter son médecin de famille.
« C’est normal de revoir ses convictions à la lumière de nouvelles informations. C’est la preuve que l’on réfléchit plutôt que de réagir instinctivement. »
Le savoir, lui aussi, peut être contagieux!
Pour en savoir plus
- Page d’accueil de Stacey Smith?
- Balado : « Tracking the Spread of Vaccine Hesitancy – with Prof Stacey Smith? »
- Une détentrice de record Guinness de l’Université d’Ottawa dresse la liste des maladies les plus mortelles de l’histoire
- Nouvelle fellow de la Société de biologie mathématique : une carrière en modélisation du changement