Le programme de résidence artistique de la Faculté des sciences encourage les collaborations interdisciplinaires entre artistes et membres du corps professoral. Il permet à des recherches scientifiques complexes de prendre vie sous la forme d’œuvres d’art captivantes. En retour, les regards créatifs peuvent ouvrir de nouvelles pistes de recherche et mener à des découvertes scientifiques.
Pour cette première mouture du programme, nous sommes ravis d’accueillir trois artistes de talent dont la créativité viendra enrichir notre communauté scientifique.
Clara Laratta : explorer les écologies interconnectées
Artiste intermédia primée établie à Hamilton, en Ontario, Clara Laratta s’appuie sur des méthodologies de recherche-création qui placent les êtres humains et les autres formes de vie sur un pied d’égalité. Elle s’intéresse aux relations d’interdépendance entre les systèmes matériels, écologiques et incarnés.
Ses œuvres figurent dans plus de 20 collections permanentes et fonds d’archives dans le monde, notamment les archives d’expositions de la Smithsonian Institution, des musées de la communication de Berlin et de Berne, et de l’Association canadienne des sciences humaines en santé.
Pour l’artiste, les matériaux et la matière organique ne sont pas de simples supports, mais de véritables collaborateurs de création. Cette relation étroite entre humains et non-humains est au cœur du projet qu’elle a mené en collaboration avec le professeur de biologie Cory Harris. Axé sur l’achillée (Achillea millefolium), une plante dont chaque fleur est composée de centaines de fleurons, le projet transforme des résidus issus de la recherche scientifique en œuvres d’art, illustrant comment les plantes s’adaptent et s’épanouissent dans des systèmes interconnectés.
En conjuguant ethnobotanique et art contemporain, Clara Laratta et Cory Harris étudient la résilience commune des plantes et des êtres humains dans des environnements en constante transformation.
« À partir de fibres d’achillée et de résidus scientifiques, je cherche à mettre au point une approche incarnée qui me permet de cartographier les adaptations complexes de savoirs anciens pour suivre la résilience des corps diasporiques et des... »
Clara Laratta
Angela Marsh : repenser la nature urbaine
Originaire de Toronto, Angela Marsh est artiste visuelle, activiste et éducatrice artistique. Elle poursuit actuellement des études doctorales interdisciplinaires en art et en écologie à l’Université Laval. Ses œuvres ont été exposées en Ontario et au Québec et lui ont valu des distinctions prestigieuses, notamment le prix Rewilding Arts Prize de la Fondation David Suzuki (2023) et le prix Artiste dans la communauté du CALQ (2025).
Dans une perspective décentrée de l’humain, l’artiste pose une question fondamentale : à l’ère de l’anthropocène, marquée par un réchauffement climatique accéléré, les plantes qualifiées de « mauvaises herbes » pourraient-elles nous éclairer sur la résilience et l’adaptation des écosystèmes?
Pour tenter de répondre à cette question, elle collabore avec la professeure de biologie Heather Kharouba afin d’examiner le rôle des communautés végétales indigènes et exotiques dans les prairies urbaines et les jardins de biodiversité, en contexte de changements climatiques.
Au moyen d’installations sculpturales et de peintures au pochoir, l’artiste s’intéresse à la façon dont l’art peut nous rapprocher des prés urbains. Son travail plaide en faveur d’une justice interespèces dans un contexte de crise climatique et invite le public à reconnaître la valeur d’espaces naturels souvent jugée « désordonnés » dans une société qui valorise les pelouses et les jardins soigneusement entretenus. Ce faisant, elle explore comment les connaissances écologiques peuvent nourrir la recherche artistique et comment l’art peut contribuer positivement à l’environnement.
« Pour intégrer de nouveaux écosystèmes au cœur des villes, nous avons besoin d’espaces de dialogue et de création à la croisée de la culture et de la nature, de l’art et de la science, afin d’encourager des liens entre les humains et la nature... »
Angela Marsh
Cristian Zaelzer : la beauté du jargon scientifique
Véritable adepte de l’interdisciplinarité, l’artiste canado-chilien Cristian Zaelzer évolue au carrefour de la science et de l’art.
Après avoir obtenu un doctorat en biologie moléculaire et cellulaire et effectué un stage postdoctoral en neurosciences, il s’est tourné vers l’art intermédia. Il explore plusieurs médiums, dont le vitrail, l’acrylique, le graphisme artistique, la photographie et la poésie.
Son parcours atypique l’a amené à créer une pratique artistique indépendante et à fonder l’Initiative Convergence, un organisme sans but lucratif reconnu à l’échelle internationale, pour lequel il a reçu en 2020 un prix de promotion des neurosciences de l’ACN. Cet organisme mise sur les collaborations artistiques et favorise l’éducation en neurosciences et la sensibilisation du public grâce à des collaborations artistiques.
Aujourd’hui, l’artiste enseigne les neurosciences à des étudiantes et étudiants en beaux-arts et les encourage à adopter des perspectives créatives et à tirer parti de la richesse des collaborations interdisciplinaires.
En collaboration avec le professeur Adam Shuhendler du Département de chimie et sciences biomoléculaires, il étudie les transformations du langage technique à partir d’archives de laboratoire couvrant plusieurs décennies.
L’artiste rappelle que, depuis toujours, l’art permet de communiquer des idées complexes. Ainsi, sous la dictature de Pinochet, les arpilleras chiliennes racontaient des histoires et constituaient un moyen de résistance à une époque où il était dangereux de s’exprimer ouvertement. De même, les vitraux médiévaux rendaient les récits religieux accessibles aux personnes analphabètes. Dans le contexte actuel de désinformation en ligne, il est essentiel de rendre la communication scientifique accessible et captivante. Avec son projet Have you seen my carbon nanotubes?, Cristian Zaelzer transforme le jargon complexe de la chimie moléculaire en récits visuels qui favorisent une meilleure littératie scientifique auprès du grand public.
« Le jargon scientifique condense les concepts. Il permet une communication précise et efficace au sein d’une discipline. Je veux en révéler la beauté d’une façon qui interpelle immédiatement le public. »
Cristian Zaelzer