L'équipe iGEM exulte de joie après avoir remporté le concours.
À mesure que les changements climatiques s’intensifient, le paludisme et la dengue, deux maladies mortelles transmises par des moustiques, gagnent du terrain et étendent leur présence à l’échelle mondiale. Et si un répulsif naturel à effet prolongé pouvait aider à protéger les populations contre ces infections? Ce sont des travaux sur le sujet qui ont valu à l’équipe iGEM de l’Université d’Ottawa une médaille d’or sur la scène internationale.

Le 18 octobre 2025, la délégation de l’International Genetically Engineered Machine (iGEM) de l’Université d’Ottawa s’est illustrée sur la scène mondiale à Paris en remportant la médaille d’or. Au iGEM Grand Jamboree, le plus grand concours étudiant en biologie synthétique au monde, le groupe s’est démarqué parmi plus de 400 équipes en décrochant la plus haute distinction pour son innovation, la qualité de ses communications et son impact.

Souvent considéré par la population étudiante comme un pôle mondial d’innovation, le Grand Jamboree réunit des chercheuses et chercheurs de premier cycle, des membres du corps professoral, des leaders de l’industrie et des entrepreneures et entrepreneurs. Pendant quatre jours, les équipes exposent leurs projets par des présentations scientifiques, au moyen de stands interactifs et lors de séances d’évaluation, et participent à des conférences, à des ateliers et à des activités de réseautage. Pour l’équipe de l’Université d’Ottawa, l’événement a été à la fois la consécration d’une année de travail et l’occasion de communiquer ses idées avec la communauté internationale de la biologie synthétique.

« Cette conférence n’est pas comme les autres, affirme Sarah Bukhari, directrice de l’entrepreneuriat pour iGEM à l’Université d’Ottawa. C’est un rendez-vous à la fois scientifique, communautaire, entrepreneurial et de sensibilisation qui permet d’apprendre au contact de perspectives complètement différentes les unes des autres. »

Quand compétition rime avec collaboration

Malgré l’ampleur du concours, l’atmosphère à Paris était résolument collaborative. Les participantes et participants circulaient dans les vastes halls d’exposition, organisés en « villages thématiques » allant des maladies infectieuses à l’agriculture, et échangeaient des idées et des commentaires, comme lors d’une expo-sciences internationale.

« On n’avait pas du tout l’impression d’être en compétition, explique la coresponsable Ananya Jain. À ce stade, le travail est déjà fait. Le jamboree sert surtout à célébrer ce qui a été accompli et à apprendre des autres équipes. »

L’expérience a pris une dimension encore plus enrichissante pour nos récipiendaires, qui ont visité Paris avec d’autres équipes canadiennes rencontrées plus tôt dans l’année. Leur séjour, ponctué de promenades en soirée et d’un pique-nique au pied de la tour Eiffel, a été propice aux échanges scientifiques stimulants et à la création de nouvelles amitiés et de souvenirs inoubliables.

Un membre de l'équipe iGEM explique ses travaux de recherche aux participants.

ARBOGuard : une solution concrète portée par la relève universitaire

L’équipe de l’Université d’Ottawa a remporté les honneurs grâce à son projet de biologie synthétique ARBOGuard (en anglais) qui vise à lutter contre les maladies transmises par les moustiques, comme le paludisme et la dengue. Devant la propagation de ces maladies en raison des changements climatiques et de l’urbanisation, elle a développé une approche novatrice : modifier le microbiome cutané afin de réduire l’attractivité pour les moustiques, tout en stimulant la production d’un répulsif naturel.

À l’aide de bactériophages – des virus capables de modifier des bactéries en toute sécurité –, l’équipe a mis au point un système qui diminue la production d’acide lactique (une substance qui attire les moustiques), et introduit des gènes qui produisent du géranial, un répulsif d’origine végétale. Résultat : un concept de protection contre les moustiques à effet prolongé, potentiellement plus accessible.

Le caractère multidisciplinaire du projet le rend particulièrement prometteur. L’équipe a réalisé des travaux en laboratoire d’expérimentation, des modélisations mathématiques, des conceptions techniques, des sondages auprès du public, des activités de sensibilisation et des analyses réglementaires, dont des consultations auprès de Santé Canada. « On ne voulait pas juste démontrer que la solution fonctionne en laboratoire, poursuit Ananya. On voulait aussi trouver une manière de la mettre en œuvre dans un contexte réel. »

Deux membres de l'équipe iGEM discutent d'ArboGuard à leur kiosque.

Un moment couronné d’or

Tout ce travail a été récompensé lors de la cérémonie de clôture du Grand Jamboree, où l’équipe a remporté une médaille d’or. Elle a également reçu plusieurs nominations, notamment pour le meilleur wiki et la meilleure présentation de premier cycle, en plus de se classer parmi les meilleurs groupes dans la catégorie des maladies infectieuses – un exploit compte tenu des centaines d’équipes en lice.

« Quand on a annoncé notre nom, toute l’équipe s’est levée d’un bond en poussant des cris de joie, se souvient Sarah. C’était irréel et extrêmement valorisant! »

Au-delà des distinctions, l’expérience confirme ce que l’iGEM fait de mieux : former une relève confiante sur le plan de la recherche, de la communication et du leadership. Ponctué de longues soirées de travail et couronné par une reconnaissance internationale, ce parcours s’est révélé aussi transformateur que ses résultats.

La victoire à Paris marque un tournant pour l’iGEM. Elle illustre le potentiel de la recherche étudiante lorsqu’on allie créativité, collaboration et objectif commun. L’équipe, pour sa part, songe déjà à recruter de nouvelles personnes et à élaborer son prochain projet!

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