Ayant grandi dans une petite municipalité du Québec, Jean-Félix Milette a eu peu d’occasions de s’initier aux sciences. Mais la détermination est un puissant moteur.
Au secondaire, il s’est découvert une passion pour la physique grâce à des ouvrages de vulgarisation scientifique et à des vidéos YouTube. Avec l’aide de son enseignante de physique, il s’est mis à explorer des sujets à l’extérieur du cadre scolaire. Porté par cette soif d’apprendre, il est devenu le premier membre de sa famille immédiate à faire des études universitaires, puis à entreprendre un doctorat.
Pourtant, malgré sa curiosité naturelle et son profond désir d’apprendre, Jean-Félix ne s’était jamais vu faire carrière en recherche.
C’est à sa troisième année d’études à l’Université d’Ottawa, lorsque l’assistant d’enseignement Ryan Plumadore a remarqué les simulations de physique qu’il programmait dans ses temps libres, qu’il a commencé à envisager cette possibilité.
« Il m’a dit que j’avais un grand potentiel pour la recherche, raconte Jean-Félix. C’est là que j’ai commencé à voir la recherche comme une avenue possible. »
Ces encouragements l’ont conduit à occuper un poste d’assistant de recherche pendant l’été, où il a étudié les propriétés optiques de matériaux quantiques d’épaisseur atomique.
Des matériaux quantiques à l’informatique durable
Aujourd’hui doctorant, Jean-Félix s’intéresse aux interfaces magnétiques quantiques sous la direction du professeur Hang Chi. Dans le cadre de leurs travaux, ils combinent des matériaux magnétiques à des insulateurs topologiques, c’est-à-dire des matériaux quantiques dont l’intérieur est isolant alors que leur surface conduit l’électricité. À la surface de ces matériaux, le courant électrique résiste de façon inhabituellement bien aux imperfections qui entravent habituellement sa circulation. Ces propriétés exceptionnelles pourraient ouvrir la voie à une nouvelle génération d’appareils électroniques.
La mémoire des ordinateurs, par exemple, pourrait bénéficier de ces propriétés. Tous les ordinateurs utilisent de la mémoire vive (RAM). En combinant des matériaux magnétiques avec des insulateurs topologiques, on pourrait créer une version de RAM plus rapide et efficace : la mémoire vive magnétique.
« L’objectif est de rendre les appareils toujours plus petits tout en maintenant, et même en améliorant, leurs performances et leur efficacité », explique Jean-Félix.
Selon lui, cette avancée pourrait être particulièrement avantageuse pour les centres de données d’intelligence artificielle. En effet, ces derniers génèrent d’importantes quantités de chaleur et nécessitent des systèmes de refroidissement complexes qui dépendent de l’eau douce, car l’eau salée est corrosive. La mise au point de dispositifs de mémoire qui génèrent moins de chaleur pourrait permettre de réduire à la fois l’énergie requise pour alimenter les systèmes d’IA et la quantité d’eau douce nécessaire à leur refroidissement.
« Une partie de mon travail consistera à faire profiter le Canada des connaissances que j’aurai acquises et à contribuer au développement de la communauté de recherche d’ici »
Jean-Félix Milette
Une expertise qui profitera au Canada
Jean-Félix a parcouru beaucoup de chemin depuis l’époque où il regardait des tutoriels de physique sur YouTube. Aujourd’hui, il est titulaire de la prestigieuse bourse d’études supérieures de l’Ontario, octroyée en reconnaissance de l’excellence de ses recherches doctorales. Mais les honneurs ne s’arrêtent pas là.
À l’automne 2026, il participera à la très sélective 2nd National Neutron Scattering School à l’Oak Ridge National Laboratory, au Tennessee, puis fera un stage de recherche de trois mois sous la supervision de la chercheuse Valeria Lauter.
Grâce au soutien de la Bourse de recherche Mitacs Globalink et du programme Graduate Research at Oak Ridge National Laboratory, il pourra étudier les interfaces magnétiques quantiques dans l’un des plus importants centres de recherche sur les neutrons au monde.
Pour lui, cette expérience ne représente pas seulement une occasion de faire progresser sa carrière. Comme le Canada dispose de peu d’infrastructures de recherche sur les neutrons, il y voit une occasion de contribuer au développement de l’expertise canadienne dans ce domaine.
« Une partie de mon travail consistera à faire profiter le Canada des connaissances que j’aurai acquises et à contribuer au développement de la communauté de recherche d’ici », souligne-t-il.