Pourquoi Kyle Briggs est-il un mentor aussi prisé de la relève entrepreneuriale? Parce qu’il en a déjà fait partie!
Pendant son doctorat à l’Université d’Ottawa, sous la direction de Vincent Tabard-Cossa, professeur de physique et vice-doyen à l’innovation et aux partenariats stratégiques, M. Briggs s’est penché sur les nanopores – de minuscules trous pouvant détecter chaque molécule qui les traverse en mesurant les variations de signaux électriques. En dehors des laboratoires de physique, les nanopores peuvent servir à repérer des signes de maladie dans des échantillons biologiques, comme le sang, ce qui permet une détection plus précoce.
M. Briggs faisait partie autrefois de l’équipe de recherche de l’Université d’Ottawa qui a démontré comment « fabriquer » des nanopores à l’aide d’une simple pile de neuf volts plutôt que de microscopes électroniques coûteux, réduisant considérablement les coûts technologiques. Après huit ans de recherche, cette percée l’a amené à cofonder en 2020 Northern Nanopore Instruments, qui a mis au point des outils de fabrication de nanopores destinés à la recherche au sein des milieux universitaires et dans l’industrie. L’entreprise a été acquise plus tard par Oxford Nanopore Technologies.
Donner au suivant
M. Briggs attribue sa réussite entrepreneuriale non seulement à la découverte qu’il a réalisée avec son équipe, mais également au mentorat qu’il a reçu et à la communauté d’innovation qui l’a soutenu tout au long de son parcours. Il évoque notamment le professeur Tabard-Cossa, qui a fait profiter le laboratoire de sa propre expérience d’entrepreneur. En 2024, lorsque le poste d’entrepreneur en résidence à la Faculté des sciences a été offert à M. Briggs, il a sauté sur l’occasion de « redonner au suivant ».
« J’ai trouvé particulièrement gratifiant d’expliquer certaines des erreurs que j’avais commises à des jeunes de la nouvelle génération, dans l’espoir de faciliter leur parcours », affirme-t-il.
Simplifier le passage du laboratoire à l’entrepreneuriat
En commercialisant ses propres travaux de recherche et en accompagnant des entrepreneures et entrepreneurs partout au Canada, M. Briggs a observé des obstacles récurrents dans l’écosystème d’innovation.
« Chaque université a sa propre politique en matière de propriété intellectuelle. Pour chaque licence, il faut repartir de zéro. C’est un processus long et coûteux », explique-t-il.
Selon lui, le système de commercialisation actuel peut retarder des travaux prometteurs et empêcher leur transition de la recherche à la mise en marché.
Pour remédier au problème, il a coélaboré le cadre Simple Agreement for Innovation Licensing (SAIL) avec ses collaborateurs, David Durand et Rami Alhamad. Ce cadre d’octroi de licence simplifié réduit les obstacles financiers et administratifs auxquels les jeunes entreprises sont confrontées, et aligne leurs intérêts sur ceux des universités, favorisant la commercialisation de la recherche.
Le cadre SAIL gagne du terrain et plusieurs universités envisagent la mise en œuvre de projets pilotes. En parallèle, M. Briggs continue quant à lui de plaider en faveur d’une transformation de l’écosystème d’innovation dans son blogue CanInnovate, consacré à l’élaboration de politiques publiques concrètes visant à répondre aux défis des esprits innovateurs au pays.
« J’ai trouvé particulièrement gratifiant d’expliquer certaines des erreurs que j’avais commises à des jeunes de la nouvelle génération, dans l’espoir de faciliter leur parcours. »
Kyle Briggs
— Entrepreneur en résidence
Le risque comme moteur de réussite
Au-delà de la réforme de l’octroi de licences, M. Briggs estime que le Canada doit repenser son rapport au risque dans le processus d’investissement en innovation :
« Au Canada, on cherche souvent à cibler les projets "gagnants" à un stade beaucoup trop précoce, dit-il. Cela crée un cercle vicieux : la peur du risque mène à un sous-investissement qui nuit aux résultats, ce qui vient ensuite renforcer la peur du risque. »
Les écosystèmes d’innovation performants reposent sur des investissements à grande échelle dans de nombreuses technologies émergentes, partant du principe que, même si la plupart des initiatives échouent, celles qui aboutissent peuvent générer une valeur suffisante pour compenser les pertes. C’est là qu’entre en jeu le SAIL Fund, un fonds d’investissement à but non lucratif cofondé par M. Briggs qui fournit des capitaux patients (un financement axé plutôt sur les retombées à long terme que sur les profits immédiats) à des entreprises en démarrage qui misent sur des innovations issues de recherches financées par des fonds publics.
Les contributions remarquables de M. Briggs à l’entrepreneuriat et à l’innovation au Canada lui ont récemment valu un prix Forty Under 40 2026 de l’Ottawa Business Journal et de la Chambre de commerce d’Ottawa.
Selon lui, les responsables des politiques d’innovation et les entrepreneures et entrepreneurs doivent apprendre à composer avec l’incertitude :
« Apprenez à gérer l’inconfort, conclut-il. Il peut devenir un puissant moteur de croissance personnelle. »