Lancé en 2026, le programme de résidence artistique favorise la collaboration entre des artistes et le corps professoral en sciences de l’Université, ainsi que la réalisation de projets interdisciplinaires novateurs en offrant du financement, un accès à des studios et des ressources en partenariat avec le Département d’arts visuels. La cohorte de 2026 réunit Clara Laratta et le professeur de biologie Cory Harris, Angela Marsh et la professeure de biologie Heather Kharouba, et Cristian Zaelzer et le professeur de chimie Adam Shuhendler.
Née d’une collaboration inattendue
La professeure Heather Kharouba n’a pas toujours entretenu de lien étroit avec les arts. « Je me suis longtemps consacrée à la science », explique-t-elle, ajoutant que son intérêt pour les arts, qui ne cesse de croître, est « récent mais très stimulant ».
Ce virage tient en grande partie à sa rencontre avec l’artiste ottavienne Valérie Chartrand, qui l’a invitée, en 2022, à prendre part avec elle à une discussion publique sur l’art et la science. Très vite, les deux femmes se sont découvert un intérêt commun pour les questions environnementales, ce qui a posé les bases d’un projet plus important.
En effet, la professeure Kharouba a plus tard invité l’artiste à se joindre à son l’équipe de recherche au Meadow Mosaic Lab. De cette collaboration est né le projet Papillonnements, une exposition sur les monarques et les changements climatiques. C’est ce projet qui a motivé la professeure Kharouba à créer le programme de résidence artistique, avec l’appui déterminant de Vincent Tabard-Cossa, vice-doyen à l’innovation et aux partenariats stratégiques.
Les retombées de la recherche interdisciplinaire
Par sa collaboration avec Chartrand, la professeure Kharouba voit déjà les possibilités qu’ouvre le dialogue entre l’art et la science. Les photographies en ultraviolet de l’artiste lui ont permis, à elle et son équipe, d’étudier les caractéristiques florales invisibles à l’œil nu qui attirent les pollinisateurs. Ces travaux les ont menées à creuser une question encore peu étudiée : l’incidence des changements climatiques sur ces caractéristiques essentielles.
Pour le programme 2026, la professeure – dont les recherches portent principalement sur les insectes – collabore avec l’artiste Marsh, originaire de Toronto et doctorante à l’Université Laval. La démarche de cette dernière porte sur la remise à l’état sauvage et la restauration des communautés végétales, et interroge la place de l’intervention humaine dans les systèmes naturels.
Portée par les possibilités de cette collaboration, la professeure s’interroge : « Peut-on intégrer délibérément des structures physiques aux efforts de restauration afin de mieux soutenir la croissance des plantes et, par ricochet, renforcer les écosystèmes dont dépendent les insectes? ».
Rendre la science plus accessible
Parallèlement aux avancées scientifiques, le programme offre un potentiel important de mobilisation des connaissances. L’édition 2026 se conclura au printemps 2027 par des expositions publiques mettant en valeur le travail des trois artistes. La professeure Kharouba espère que ces événements permettront au public de prendre part à des échanges scientifiques à la fois accessibles et marquants.
Participant au programme COMPASS Pathfinder 2025, la professeure favorise des approches plus inclusives et collaboratives en conservation et en communication scientifique. Elle voit dans sa collaboration avec Marsh l’occasion d’encourager les gens à remettre en question leurs préjugés sur les plantes qualifiées de « mauvaises herbes » ou d’espèces « non indigènes ».
« Les gens ont souvent des idées bien arrêtées sur leur environnement », souligne-t-elle, en évoquant les efforts considérables déployés pour éliminer les mauvaises herbes des jardins. Or, la stigmatisation de ces plantes sauvages peut avoir de graves conséquences sur la biodiversité, plusieurs étant essentielles à l’alimentation et à l’habitat des insectes et d’autres espèces.
Les œuvres à la croisée de l’art et de la science permettent de revisiter ces idées reçues par des expériences émotionnelles et sensorielles, plutôt que par des données. Le programme jette ainsi les bases d’un impact durable.
Une vision élargie
Le programme n’en est peut-être qu’à sa première année, mais les objectifs à long terme de la professeure Kharouba sont ambitieux et inspirants. « Je veux que le programme perdure et que les artistes bénéficient d’un soutien équitable, année après année », explique la professeure.
Des pistes d’élargissement du programme sont à l’étude, notamment par l’ajout d’autres disciplines artistiques, comme la danse et la musique, ainsi que par la création d’un volet destiné à la population étudiante afin de multiplier les occasions de collaboration interdisciplinaire.