Rétablir la confiance envers la science : Donna Strickland à l’Université d’Ottawa

Par Université d'Ottawa

Cabinet de la vice-rectrice à la recherche et à l'innovation, CVRRI

Donna Strickland et Martine Lagacé lors d'une séance de questions-réponses.
Que peut faire la science face à l’érosion de la confiance du public? Lors d’une conférence à l’Université d’Ottawa, la physicienne et lauréate du prix Nobel Donna Strickland a proposé plusieurs pistes : soutenir la recherche fondamentale, tenir compte du poids des émotions dans la persuasion et modérer les attentes du public.

La science ne repose pas sur des certitudes, mais sur l’inconnu. C’est l’une des idées mises de l’avant par la physicienne lors de sa conférence sur le rétablissement de la confiance envers la science. L’incertitude n’est pas une faiblesse du système, mais son point de départ.

On parle souvent d’innovation comme si elle devait survenir à la demande : de nouvelles technologies, plus vite, des percées, tout de suite. Or, rappelle Donna Strickland, cette attente fait abstraction de ce qui rend ces avancées possibles : la science fondamentale.

Ce travail lent, marqué par l’incertitude, n’a pas toujours d’application immédiate. Il constitue pourtant le socle de connaissances sur lequel reposent toutes les autres avancées. Le constat est simple : sans lui, pas de technologies réellement transformatrices.

D’autres pays misent sur la science fondamentale et investissent en conséquence. Au Canada, estime la physicienne, le potentiel est encore loin d’être pleinement exploité.

Donna Strickland a également abordé un enjeu plus complexe : les faits ne suffisent pas toujours à faire évoluer les opinions.

Lorsque les convictions s’enracinent dans l’intuition, l’appartenance à une communauté ou des récits personnels marquants, les faits peuvent sembler lointains, voire sans pertinence. Le mouvement antivaccin en offre un exemple frappant. Les données existent, mais elles se heurtent à des témoignages chargés d’émotion, portés par la force de la conviction et de la confiance.

Le problème ne tient donc pas seulement à la désinformation, mais aussi au fait que la science est souvent communiquée comme si les faits allaient parler d’eux-mêmes. Or, ce n’est pas le cas.

Elle souligne également un décalage dans les attentes. Lorsque les scientifiques évoquent des échéanciers ou des domaines émergents, la réflexion se fait en termes d’incertitude et de probabilité. Le public peut y voir une promesse. Et lorsque la situation évolue, comme il se doit, on peut avoir l’impression que cette promesse n’a pas été tenue.

Ajoutez à cela un inconfort généralisé face à l’incertitude, et il n’est pas surprenant que la confiance s’effrite.

Ce problème n’a rien de simple, reconnaît Donna Strickland. Modifier des réflexes instinctifs et apprivoiser l’incertitude sont des chantiers de longue haleine, qui relèvent autant des sciences sociales que des sciences naturelles.

À ses yeux, tout commence tôt. Il faut valoriser les questions plutôt que les réponses. C’est la curiosité, et non la certitude, qui est au cœur de la démarche scientifique. Former la relève doit se faire dans cet esprit.

Une partie de la solution consiste peut-être, ajoute-t-elle, à présenter la science sous son vrai jour : elle est lente, évolutive, parfois imparfaite. Elle exige de la patience, une qualité qui cadre mal avec une époque où l’on attend des réponses immédiates et où la technologie semble devoir sans cesse accélérer.

Il y a toutefois là un motif d’espoir.

Si la confiance s’est fragilisée, elle peut aussi se reconstruire, non seulement grâce à des faits mieux présentés, mais aussi grâce aux personnes et au dialogue : par des questions franches, des réponses transparentes et une compréhension plus fine du fonctionnement de la science et du temps qu’elle implique.

Selon Donna Strickland, ce qui rend la science parfois déroutante est aussi ce qui fait sa force.

La lauréate du prix Nobel Donna Strickland donne une conférence devant une salle comble à l'Université d'Ottawa.