Pour les personnes atteintes d’un cancer qui doivent subir une intervention chirurgicale, l’issue du traitement dépend de bien plus que des compétences de la chirurgienne ou du chirurgien. Les mécanismes d’orientation, la planification multidisciplinaire et la qualité de la formation clinique influencent tous les soins reçus, bien avant l’entrée en salle d’opération.
Dans le cadre d’un nouveau programme de perfectionnement en chirurgie mondiale offert à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, le Dr Kennedy Misso, originaire de la Tanzanie, un pays d’Afrique de l’Est, a pu constater la manière dont tous ces éléments s’articulent au sein du système de santé canadien, et comment plusieurs principes pourraient être adaptés afin d’améliorer les soins oncologiques dans son pays d’origine.
« La participation au programme a considérablement enrichi ma manière d’aborder les cas cliniques, depuis le diagnostic et l’imagerie jusqu’aux discussions et à l’examen de toutes les options possibles avec mes collègues et mes patientes et patients », explique le Dr Misso, chirurgien généraliste au Kilimanjaro Christian Medical Centre (KCMC), qui vient de terminer un fellowship de six mois en chirurgie spécialisée.
Ce programme international a été créé par le Comité de chirurgie générale, d’obstétrique/gynécologie et d’anesthésiologie (GSOGAC) de l’Université d’Ottawa, en partenariat avec le Kilimanjaro Christian Medical University College (KCMCU). La Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa et le KCMCU entretiennent un partenariat de longue date.
« Je suis convaincu que la formation reçue dans le cadre de ce programme aura des retombées durables sur la collectivité que je sers. »
Le Dr Kennedy Misso
Son expérience de perfectionnement au Canada a permis au Dr Misso d’aller bien au-delà de l’observation de nouvelles techniques chirurgicales. Elle lui a offert une toute nouvelle perspective sur la mise en place de systèmes capables d’améliorer les résultats pour les patientes et patients et de produire des avantages à long terme pour la prochaine génération de chirurgiennes et chirurgiens de la région du Kilimandjaro, en Tanzanie.
« Je suis convaincu que la formation reçue dans le cadre de ce programme aura des retombées durables sur la collectivité que je sers. Elle m’a permis de me familiariser avec une grande variété de cas, de systèmes et de ressources, dont je pourrai faire profiter la relève médicale et la population. »
Renforcer les capacités grâce à la collaboration
C’est précisément cet effet multiplicateur que vise le programme de surspécialité en chirurgie mondiale.
Contrairement à de nombreux programmes traditionnels, celui de l’Université d’Ottawa est conçu à partir des besoins définis par les établissements partenaires.
« Il s’agit d’une nouvelle forme de fellowship conçue expressément pour répondre aux besoins de nos partenaires dans les pays en développement », explique le Dr Gilgamesh Eamer qui a contribué à la création du programme à titre de directeur de la chirurgie mondiale au Département de chirurgie de l’Université d’Ottawa.
« Nos partenaires déterminent une lacune clinique et identifient une ou un médecin qui souhaite y remédier. Nous assurons ensuite la formation nécessaire pour que cette personne puisse retourner dans son pays, combler ce besoin et former à son tour la prochaine génération de médecins, y compris certains membres de notre propre communauté étudiante qui se rendront là-bas pour leurs stages au choix », explique le Dr Eamer, également chirurgien pédiatrique et directeur médical du programme de traumatologie au CHEO.
Au fil de ses stages à L’Hôpital d’Ottawa et au Kingston Health Sciences Centre, le Dr Misso a acquis une meilleure compréhension des soins oncologiques multidisciplinaires et du processus décisionnel en contexte clinique. La possibilité d’observer la manière dont les équipes de soins collaborent au-delà des frontières disciplinaires a offert un enseignement particulièrement utile.
« J’ai appris que la cohésion d’équipe est le facteur le plus important : quel que soit leur niveau d’expérience, les membres de l’équipe contribuent de façon égale à la planification et à la prestation des soins », explique-t-il.
Il est convaincu de pouvoir favoriser cette culture de collaboration à son retour dans son milieu de pratique.
Réduire les écarts à l’échelle mondiale en matière de soins contre le cancer
L’enseignement s’est également révélé un aspect central du programme. Plutôt que de considérer la formation comme une responsabilité distincte, le Dr Misso a observé la façon dont ses collègues chirurgiennes et chirurgiens au Canada intégraient l’apprentissage à chaque étape de la prise en charge.
« L’enseignement est intégré à la pratique quotidienne, qu’il s’agisse de la planification préopératoire, de l’encadrement en salle d’opération ou des discussions structurées sur les cas cliniques », explique le Dr Misso.
« Il ne s’agit pas de reproduire à l’identique ce que j’ai observé, mais plutôt d’obtenir des résultats comparables, voire meilleurs, pour nos patientes et patients en tenant compte des ressources dont nous disposons, »
Le Dr Kennedy Misso
Même si son expérience au Canada a élargi ses horizons, son objectif à long terme demeure inchangé.
« Mon objectif reste le même : contribuer à réduire l’écart en matière de soins contre le cancer entre les pays à revenu élevé et les pays à revenu faible ou intermédiaire. »
Selon lui, cette ambition repose sur l’adaptation de pratiques éprouvées aux réalités locales, plutôt que sur la reproduction d’un autre système de santé.
« Il ne s’agit pas de reproduire à l’identique ce que j’ai observé, mais plutôt d’obtenir des résultats comparables, voire meilleurs, pour nos patientes et patients en tenant compte des ressources dont nous disposons. »
Des partenariats au-delà des frontières
Pour le Dr Misso, les partenariats internationaux comme ce programme de surspécialité en chirurgie mondiale sont essentiels à la concrétisation de cette vision.
Bien que de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire continuent de composer avec des maladies infectieuses et des enjeux liés à la santé maternelle et infantile, le fardeau croissant du cancer exige de nouvelles approches et une collaboration internationale accrue.
« Grâce à cette collaboration, je suis en mesure de mieux cerner les besoins, de les analyser et d’agir afin que les populations mal desservies puissent avoir accès à des soins de santé équitables. »
Selon le Dr Eamer, le succès du programme se mesurera ultimement à sa pérennité.
« Notre principal objectif à l’heure actuelle est de faire en sorte qu’il ne s’agisse pas d’une initiative ponctuelle, mais plutôt d’un programme annuel doté d’un financement stable, d’un processus de sélection transparent et d’un modèle viable à long terme », affirme-t-il.
Des apprentissages durables qui voyagent au-delà des frontières
À son arrivée à Ottawa en novembre, le Dr Misso a séjourné pendant environ une semaine chez le Dr Eamer et sa famille, le temps de s’adapter à sa nouvelle vie. « Il incarnait parfaitement la chaleur humaine et l’hospitalité du peuple tanzanien », souligne le Dr Eamer.
Comme bien de nouvelles arrivantes et nouveaux arrivants, le Dr Misso a dû s’adapter rapidement à son premier hiver canadien.
« Le climat au Canada est particulier, mais il n’a pas été aussi rigoureux que je l’avais anticipé. Il y a eu quelques journées difficiles, notamment la dernière semaine de janvier, mais dans l’ensemble, ce n’était pas aussi éprouvant que je l’avais imaginé », se souvient-il.
Le Dr Misso n’a toutefois pas tardé à apprécier d’autres aspects de la vie au Canada. « Les gens d’ici sont gentils, accueillants et chaleureux », affirme-t-il.
Maintenant de retour en Tanzanie, il s’attelle à mettre en pratique de nouvelles idées en matière de travail d’équipe, d’enseignement, de dépistage et d’organisation des soins, afin de faire progresser la chirurgie dans son pays et d’influencer positivement ses collègues, la relève médicale et les patientes et patients.