Dans le cadre de projets pilotes auxquels participent le Service d’appui à l’enseignement et à l’apprentissage, le Service d’accommodements scolaires et des membres du corps enseignant, l’Université d’Ottawa explore la façon dont la conception de cours inclusifs pourrait mieux soutenir une population étudiante diversifiée.
« La conception universelle de l’apprentissage permet d’accompagner des apprenantes et apprenants aux profils variés sans compromettre les exigences du programme. Elle profite aux étudiantes et étudiants vivant ou non en situation de handicap », explique Julie Tam, directrice associée, Mieux-être étudiant.
« La conception universelle de l’apprentissage permet d’accompagner des apprenantes et apprenants aux profils variés sans compromettre les exigences du programme. »
Julie Tam
— Directrice associée, Mieux-être étudiant
Vers un enseignement inclusif
Il apparaît de plus en plus nécessaire d’opérer un tel virage. En effet, partout dans la province, les universités constatent une hausse marquée du nombre d’étudiantes et d’étudiants qui ont besoin d’accommodements pendant les cours et les examens. À l’Université d’Ottawa, les inscriptions au Service d’accommodements scolaires ont connu une hausse notable de 16 % par rapport à l’an dernier. Si la tendance se maintient, elles pourraient se chiffrer à 6 000 d’ici la fin de la prochaine année universitaire.
Pour Julie Tam, la CUA vise à créer des expériences pédagogiques convenant au plus grand nombre possible d’étudiantes et étudiants, mais sans abaisser les attentes liées au programme.
« La CUA repose sur une approche proactive en matière de conception des cours, plutôt que sur l’élimination des obstacles une fois qu’ils sont là, explique-t-elle. Elle permet de réduire les obstacles et d’offrir plus de flexibilité aux étudiantes et étudiants, en plus de limiter le nombre de demandes individuelles d’accommodements scolaires. »
Et comme les pratiques inclusives sont directement intégrées aux cours, l’approche réduit le temps qu’il faut investir pour répondre aux demandes d’accommodements individuels.
La CUA appliquée en classe
Des projets pilotes de CUA ont été mis en place dans plusieurs cours de premier cycle, notamment dans des cours à grand effectif de première année, où la demande en accommodements peut être particulièrement élevée.
Rashmi Venkateswaran, instructrice principale au Département de chimie et sciences biomoléculaires, a adapté son cours Principles of Chemistry afin qu’un plus grand nombre d’étudiantes et étudiants puissent passer les tests et les examens en classe, aux côtés de leurs camarades. Elle a raccourci les tests, fourni une feuille commune de formules et d’équations, autorisé l’utilisation de bouchons d’oreille en silicone pour réduire le bruit et réservé les places dans les premières rangées aux personnes qui ont besoin d’un environnement avec moins de distractions visuelles.
« Le plus grand défi en matière d’accommodements scolaires, c’est l’augmentation du nombre d’étudiantes et étudiants qui ont besoin de plus de temps, explique-t-elle. Ces ajustements ont permis aux personnes nécessitant jusqu’à 50 % de temps supplémentaire de faire leurs examens en classe avec les autres. »
Auparavant, les étudiantes et étudiants à qui les questions doivent être lues à voix haute devaient bénéficier d’un soutien à part. L’instructrice a plutôt décidé de lire les questions à voix basse pendant les évaluations lorsque c’était nécessaire. Ces personnes ont par la suite indiqué avoir nettement préféré cette formule et ne plus vouloir passer leurs examens hors de la salle de classe.
Pour Rashmi Venkateswaran, cet exemple montre comment les cours inclusifs peuvent soutenir les étudiantes et étudiants, et leur permettre de rester pleinement intégrés dans la salle de classe.
Réduire les obstacles et le nombre d’accommodements scolaires
Les cours n’ont pas à être repensés de A à Z pour être plus inclusifs. Parmi les pratiques alignées sur la CUA mises à l’essai lors des projets pilotes figuraient notamment la remise du matériel de cours à l’avance, l’assouplissement des échéances, la création d’activités d’apprentissage plus interactives et la mise à l’horaire d’un plus grand nombre d’évaluations à faible enjeu.
Dans certains cours, des plateformes d’aide aux devoirs ont été utilisées. Les données tirées des évaluations montrent que ces dernières sont particulièrement utiles. Les étudiantes et étudiants ont indiqué que ces outils offrent une structure, une rétroaction immédiate et la possibilité de faire une révision, ce qui les aide à consolider leurs apprentissages et à corriger le tir rapidement en cas de mauvaise compréhension.
Bien que les résultats soient préliminaires, les étudiantes et étudiants ont eu des expériences globalement positives. L’organisation des cours, l’accessibilité et l’ambiance en classe comptent parmi les changements les plus appréciés.
Le corps enseignant a également constaté des résultats positifs. Selon Julie Tam, les approches d’évaluation flexibles ont conduit à un engagement plus fort et plus durable de la population étudiante. Elles ont également permis de répondre à certains besoins directement en classe.
« Les demandes d’accommodements individuels ont beaucoup baissé dans les cours visés par les projets pilotes, dit-elle. On a pu répondre aux besoins de la plupart des étudiantes et étudiants directement en classe, sauf lorsqu’il leur fallait une technologie accessible, un environnement où les sources de distraction sont limitées pour les évaluations écrites ou du temps supplémentaire lors des examens finaux. »
Rashmi Venkateswaran a également remarqué que bon nombre d’étudiantes et étudiants étaient satisfaits du soutien offert en classe.
« Bien des étudiantes et étudiants ont estimé que les accommodements offerts en classe étaient suffisants et qu’ils n’avaient pas besoin de passer leurs examens ou leurs tests dans un autre local », explique-t-elle.
« Bien des étudiantes et étudiants ont estimé que les accommodements offerts en classe étaient suffisants et qu’ils n’avaient pas besoin de passer leurs examens ou leurs tests dans un autre local. »
Rashmi Venkateswaran
— Instructrice principale au Département de chimie et sciences biomoléculaires
Accompagner les membres du corps enseignant qui s’intéressent à la CUA
Si les premiers résultats sont prometteurs, les projets pilotes ont également montré que l’adoption de la CUA ne se fait pas sans effort et qu’elle ne peut être appliquée de façon uniforme dans tous les contextes.
Un certain nombre d’étudiantes et étudiants préfèrent encore ou doivent passer les tests écrits à l’écart, rappelant ainsi à l’équipe que les accommodements personnalisés demeurent nécessaires dans certains cas. Rashmi Venkateswaran a également indiqué que certaines personnes ont mentionné que l’approche en classe ne répondait pas à leurs besoins. D’autres ont demandé davantage de temps, alors que le temps prévu en classe était déjà plus important que celui de leur demande d’accommodement officielle.
Les projets pilotes ont également mis en évidence des défis plus généraux, notamment : le temps nécessaire à l’adaptation des cours, les capacités inégales au sein du corps enseignant, les préoccupations concernant l’équité des évaluations et les difficultés à appliquer certaines pratiques dans des classes très nombreuses.
C’est pourquoi il est essentiel de bien accompagner les membres du corps enseignant.
Pour les aider dans la conception de cours inclusifs, l’Université d’Ottawa met à leur disposition une page Web sur la CUA, différents ateliers et du soutien collaboratif par l’intermédiaire du Service d’appui à l’enseignement et à l’apprentissage (SAEA) et du Service d’accommodements scolaires. Elle met aussi chaque faculté en relation avec des spécialistes qui proposent un accompagnement adapté aux différentes disciplines.
« À ce stade-ci, l’objectif est de créer un élan en accompagnant les premières personnes qui ont la motivation de créer des cours plus inclusifs », explique Julie Tam.
« Investir dans la CUA favorise la réussite étudiante, améliore la rétention et réduit la pression exercée sur les systèmes d’accommodements, ajoute-t-elle. Un corps enseignant qui a les outils pour adopter des pratiques d’enseignement plus inclusives verra en la CUA une solution efficace, déployable à grande échelle et capable de soutenir une communauté universitaire diversifiée et en constante évolution. »
Les projets pilotes suggèrent que même les petits changements peuvent réduire les obstacles avant qu’ils donnent lieu à des demandes d’accommodements.
L’Université d’Ottawa entend poursuivre ce travail afin que la conception de cours inclusifs et flexibles devienne la norme, et non l’exception.