• La concordance linguistique entre une personne et son médecin serait bénéfique pour la santé à long terme des populations francophones et allophones.
• Dans un Canada de plus en plus multilingue, la concordance linguistique joue un rôle clé dans l’amélioration de l’espérance de vie.
• L’étude repose sur l’analyse des données de plus de 50 000 patientes et patients canadiens suivis pendant 15 ans.
Selon une équipe de chercheuses et chercheurs de l’Université d’Ottawa et de l’Université du Manitoba, le fait de pouvoir recevoir des soins dans sa langue constitue un facteur clé d’une meilleure santé à long terme chez les francophones et les personnes issues de communautés linguistiques minoritaires.
Publiée dans la revue AJE Advances: Research in Epidemiology, cette étude rétrospective, menée auprès de 50 375 patientes et patients sur une période de 15 ans, révèle que les personnes francophones et allophones présentent un risque de mortalité significativement plus faible, toutes causes confondues, lorsque leur médecin s’exprime dans leur langue. On entend par personnes allophones celles dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais.
« Les résultats de notre étude indiquent que les systèmes de santé devraient faire de la concordance linguistique entre une personne et son médecin une priorité, que ce soit par un jumelage adéquat ou par le recours à des services d’interprétation fondés sur des données probantes. Cette stratégie pourrait contribuer à augmenter l’espérance de vie d’une population canadienne de plus en plus diversifiée sur le plan linguistique », souligne l’auteur principal, Michael Reaume, qui a récemment terminé sa résidence en néphrologie à l’Université d’Ottawa et effectue désormais des recherches postdoctorales à l’Université du Manitoba.
Des travaux antérieurs menés par la même équipe et qui portaient uniquement sur des patientes et patients allophones avaient déjà démontré que parler la même langue que son médecin réduisait le risque de subir un événement cardiovasculaire indésirable majeur. Pour cette étude, l’équipe de recherche a utilisé un échantillon beaucoup plus vaste. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les personnes atteintes d’hypertension, elle s’est penchée sur l’espérance de vie globale, en ne se limitant pas aux maladies cardiovasculaires.
« Dans notre étude précédente, nous avons constaté des écarts dans l’évolution de la santé cardiovasculaire chez les personnes allophones, mais non chez les personnes francophones. Cette fois-ci, nous avons relevé des différences sur le plan de l’espérance de vie chez les deux groupes linguistiques. »
En s’appuyant sur les données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes et sur des données administratives connexes, l’équipe de recherche a constaté que la concordance linguistique entre une personne et son médecin :
- entraîne une réduction de 11 % du risque de décès toutes causes confondues chez les personnes francophones vivant à l’extérieur du Québec qui reçoivent des soins dans leur langue;
- entraîne une réduction de 27 % du risque de décès toutes causes confondues chez les personnes allophones qui reçoivent des soins dans leur langue;
- est très peu accessible aux personnes parlant une langue autochtone (1,8 %).
Des pistes de solutions pour améliorer les soins de santé dans un contexte multilingue
Les résultats de l’étude permettent de mieux comprendre les défis que pose la prestation des soins de santé dans un Canada bilingue, où coexistent de nombreuses communautés linguistiques minoritaires.
« Nous croyons qu’il est possible de remédier aux inégalités mises en évidence dans cette étude en améliorant l’accès à la formation médicale des personnes issues de communautés linguistiques sous-représentées, en recueillant systématiquement des données sur les compétences linguistiques des prestataires de soins et la langue de préférence des patientes et patients, et en assurant un accès stable à des services d’interprétation dont l’efficacité est démontrée », ajoute Michael Reaume.
Étude intitulée « Patient-physician language concordance and long-term mortality: a retrospective cohort study of Canadians » (concordance linguistique entre une personne et son médecin et mortalité à long terme : une étude de cohorte rétrospective menée auprès de Canadiennes et Canadiens) par M. Reaume, B. Holahan, M. N Labossière, E. Kilabuk, S. Van Haute, J. Nkosi, H. Singh, D. Prud’homme, S. Karunananthan, S. Johnston et L. M Lix, publiée dans AJE Advances: Research in Epidemiology.DOI : 10.1093/ajeadv/uuag026
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