• Les maladies neurodégénératives altèrent la signalisation cellulaire; en raison de ce phénomène, les anticorps ne se rendent pas toujours à destination.
• Un nouveau procédé permet aux cellules d’atteindre le cerveau et d’y acheminer les anticorps nécessaires.
• Ce procédé repose sur le mécanisme naturel de recyclage cellulaire, appelé « autophagie », pour éliminer les cellules indésirables du circuit et ainsi aider les cellules saines à atteindre leur destination.
Pour les personnes vivant avec des maladies neurodégénératives telles que la sclérose latérale amyotrophique (SLA), la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer ou d’autres troubles neurocognitifs, l’administration cérébrale directe de médicaments à base d’anticorps spécifiques est loin d’être facile. Notre organisme érige des barrières solides pour empêcher les infections de se propager jusqu’au cerveau, où elles s’avèrent souvent mortelles. Malheureusement, ce mécanisme de protection nous empêche également de faire parvenir des molécules thérapeutiques jusqu’au cerveau. Environ un anticorps sur 10 000 injectés parvient effectivement jusqu’au cerveau. Ces véritables combattants du monde cellulaire restent en effet piégés dans le sang, ne parvenant pas à s’échapper à travers la paroi des vaisseaux sanguins pour pénétrer dans le cerveau.
Des scientifiques ont mis au point un nouveau mécanisme de transport permettant aux médicaments d’atteindre le cerveau. Celui-ci fait appel à des vésicules extracellulaires, c’est-à-dire des sortes de minuscules bulles produites naturellement par les cellules de notre organisme. Une équipe de recherche de l’Université d’Ottawa a démontré que ces vésicules parviennent à se faufiler à travers les vaisseaux sanguins pour atteindre le cerveau, ce qui leur permet d’y acheminer des médicaments. Dans un deuxième temps, l’équipe a cherché à trouver des moyens d’améliorer la capacité des anticorps présents dans le cerveau à éliminer les protéines responsables des maladies neurodégénératives.
« Les anticorps normaux peuvent se fixer aux protéines responsables de ces maladies, mais ils ne peuvent pas les éliminer et ne sont donc pas aussi efficaces qu’ils pourraient l’être », explique Derrick Gibbings, professeur au Département de médecine cellulaire et moléculaire de l’Université d’Ottawa.
Éliminer les déchets
L’autophagie est le système de recyclage naturel de l’organisme : il récupère les déchets cellulaires et les décompose en petits fragments qui peuvent être réutilisés pour construire d’autres éléments utiles aux cellules. L’équipe du professeur Gibbings a mis au point des anticorps qui se fixent aux protéines pathogènes, à la manière d’une « étiquette » qui achemine ces dernières vers le système d’autophagie, qui les éliminera.
« C’est un processus naturel d’élimination qui se déclenche généralement lorsque vos cellules sont soumises à un stress ou privées de nutriments. Dans des cellules et des modèles murins, nous avons démontré qu’exploiter l’autophagie améliorait considérablement l’élimination des protéines responsables de la maladie d’Alzheimer, des autres troubles neurocognitifs et de la sclérose latérale amyotrophique, et que les symptômes s’atténuaient », explique le professeur Gibbings. Cette étude, menée par Huishan Guo, chercheuse associée au sein du laboratoire du professeur Gibbings, a été publiée dans la revue Nature Biomedical Engineering.
Une technique prometteuse
Bien que cette découverte soit enthousiasmante, le chercheur nous rappelle qu’il ne s’agit que d’un premier pas. Traiter des souris n’est qu’une étape, certes, mais une étape importante vers des essais cliniques et la démonstration des bienfaits thérapeutiques chez l’humain.
« Ces anticorps suscitent beaucoup d’engouement dans l’industrie, et bon nombre des grandes entreprises pharmaceutiques et des biotechnologies ont investi des milliards de dollars dans ce domaine », fait remarquer le professeur Gibbings, membre du Centre de recherche Éric-Poulin sur les maladies neuromusculaires. « Un grand nombre de ces anticorps ont été testés chez des patients et patientes dans le cadre d’essais cliniques, mais n’ont jusqu’à présent montré que des bienfaits minimes. Nous espérons que notre nouvelle stratégie visant à faire pénétrer ces anticorps dans le cerveau et à éliminer leurs cibles sera la clé pour ces traitements.
L’article Engineered autophagy receptors administered with extracellular vesicles eliminate pathological Tau and TDP-43 a été publié par Derrick Gibbings, H. Guo, A. Savard, C. Manser, K. Dutta, J. Taylor et M. Rousseaux dans Nature Biomedical Engineering. DOI: 10.1038/s41551-026-01774-9
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