Injures, propos racistes, insultes à connotation sexuelle, harcèlement, harcèlement criminel et menaces de violence physique allant du viol au meurtre : selon une étude de l’Université d’Ottawa, il s’agit là de quelques-unes des tactiques de représailles et d’intimidation employées par certaines personnes éconduites en ligne, qui sont par ailleurs principalement des hommes.
Pour étudier les réactions agressives suscitées par un rejet amoureux ou sexuel en ligne, l’équipe de recherche a analysé plus d’un millier de témoignages recueillis auprès de plus de 800 étudiantes et étudiants de premier cycle de l’Université d’Ottawa qui décrivent avoir été la cible de réactions brutales ou disproportionnées après avoir rejeté quelqu’un en ligne. Près de la moitié des participantes et participants (47,7 %) ont déclaré avoir vécu une telle situation : dans 93 % des cas, les messages injurieux avaient été envoyés par des hommes et dans 67 % des cas, ils venaient de personnes inconnues.
Les réactions allaient du dénigrement (injures, propos racistes, insultes à connotation sexuelle, etc.) au harcèlement (envoi répété de messages non sollicités, insistance malgré un refus clair, harcèlement criminel et cyberharcèlement, par exemple). Certaines personnes ont également rapporté avoir reçu des menaces graves, comme des menaces de mort, de viol et d’autres formes de violence physique.
« Cette étude est l’une des premières à réunir autant de comptes rendus détaillés de personnes ayant vécu ce type de situation qui mettent en lumière les nombreuses façons problématiques de réagir au rejet en ligne. Si des recherches antérieures ont démontré l’existence de ces comportements, notre étude décrit, analyse et illustre de façon systématique par de véritables témoignages les formes de violences que subissent les gens », explique Konrad Czechowski, auteur principal de l’étude et professeur adjoint à l’École de psychologie.
Les participantes et participants devaient répondre à des questions ouvertes sur leurs expériences. Ensuite, l’équipe de recherche procédait à un codage systématique des thèmes récurrents relevés dans les réponses. On demandait à chaque personne de relater son expérience la plus récente, d’indiquer si une telle situation lui était arrivée plusieurs fois et de décrire son expérience la plus intense.
L’équipe de Konrad Czechowski a ainsi dégagé des « dynamiques du rejet », c’est-à-dire des thèmes récurrents comme le droit au consentement d’autrui, des insultes contradictoires et des réactions agressives provoquées même par des formes subtiles de rejet, comme l’absence de réponse ou le fait de couper tout contact sans explication (ghosting). Ces résultats concordent avec des théories bien établies selon lesquelles certaines caractéristiques de la communication numérique, comme l’anonymat, l’invisibilité et le caractère asynchrone des échanges, peuvent atténuer le sentiment de responsabilité sociale et favoriser des comportements antisociaux. Et bien qu’on ait recensé peu de menaces de mort (moins de 1 %) et de menaces de violence physique ou sexuelle (moins de 3 %), l’existence même de telles réactions excessives montre qu’il est nécessaire de mettre en place des interventions ciblées, comme des campagnes de sensibilisation sur le consentement dans le cyberespace et la communication respectueuse en ligne.
« Ces travaux sont susceptibles de sensibiliser davantage la population au fait que les réactions agressives à un rejet en ligne constituent un problème bien réel et fréquent dans le cyberespace. Ils mettent en évidence l’importance de l’éducation en matière de communication respectueuse, de consentement et de limites à respecter en ligne. Les résultats nous permettent également de mieux comprendre comment l’anonymat perçu dans les échanges numériques peut accentuer l’hostilité et réduire le sentiment de responsabilité », ajoute le professeur Czechowski, de la Faculté des sciences sociales.
L’article intitulé Aggressive Retaliation to Online Sexual or Romantic Rejection: “Because I Hurt His Feelings, He Wanted to Hurt Me Too, signé par Konrad Czechowski, E.L. Courtice, J. Samosh et leurs collègues, a été publié dans la revue Archives of Sexual Behavior. DOI : 10.1007/s10508-026-03409-1.
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