Le Prix d’excellence en mobilisation des connaissances, décerné par le Cabinet de la vice-rectrice à la recherche et à l’innovation, récompense cette année les projets de Jude Mary Cénat (Faculté des sciences sociales), Lena Hübner (Faculté des arts) et Amy Salyzyn (Faculté de droit, Section de common law), dont les travaux ont laissé une empreinte durable dans la vie des gens.
Lena Hübner : Briser le silence entourant les cyberviolences
Catégorie : Chercheuses et chercheurs en début de carrière
Lena Hübner, professeure adjointe au Département de communication, s’est intéressée aux violences vécues par les femmes racisées franco-canadiennes dans les espaces numériques.
Ces violences constituent un enjeu démocratique majeur, puisqu’elles influencent la manière dont ces femmes accèdent à l’information, s’expriment et participent aux espaces publics numériques. Évitement, blocage des comptes diffusant du contenu violent, choix de créatrices de contenu auxquelles elles s’identifient, autocensure : ces femmes ont recours à diverses stratégies pour se protéger.
Dans le cadre de son projet de recherche, Lena Hübner visait à documenter les formes de violence auxquelles les femmes racisées francophones au Québec et en Ontario sont confrontées, à en comprendre les répercussions sur la consommation d’actualité et à cerner leurs stratégies utilisées pour les combattre.
Faire dialoguer recherche, art et communauté
Privilégiant une approche féministe de co-création plaçant les personnes concernées au cœur du processus de recherche, Lena Hübner a travaillé avec l’organisme montréalais Co-Savoir, qui a organisé des groupes de discussion avec des représentantes d’organismes communautaires ainsi que des entretiens avec des femmes racisées d’Ottawa et de Montréal.
Les résultats de recherche ont ensuite servi à créer une exposition virtuelle interactive : Naviguer les méandres du numérique : voix plur·iel·les contre le racisme, la misogynie et autres violences en ligne, un espace numérique conçu pour faire découvrir la recherche, mais aussi pour amorcer un débat sociétal plus large sur les violences genrées et racisées en ligne.
La professeure Hübner a travaillé avec trois jeunes artistes racisées qui ont créé des œuvres d’art pour l’exposition : Fanny Constantino, Yasmine Hadid et Dion Prints. Dans un balado réalisé en collaboration avec des organismes communautaires, elle a aussi mis de l’avant des ressources d’aide pour contrer les cyberviolences. Les deux premiers épisodes présentent les outils créés par les organismes Co-Savoir et Les 3 sex.
Sensibiliser et outiller les communautés
Ses recherches lui ont permis d’identifier trois types de violences liées à la consommation de l’actualité : la violence facilitée par les technologies numériques, comme les commentaires haineux, les biais algorithmiques et la désinformation; la violence véhiculée par les contenus médiatiques, notamment par les angles journalistiques retenus ou la sous-représentation de certains groupes; et la violence découlant des obstacles linguistiques qui limite l’accès à l’information en français.
Grâce à ses activités de mobilisation des connaissances, le projet a contribué à dénoncer les enjeux de la marginalisation numérique et à alimenter les discussions sur les pistes de solutions dans les milieux communautaires, artistiques et universitaires.
Le projet a par ailleurs eu des retombées au-delà du monde de la recherche, des organismes ayant notamment intégré le balado à leurs activités comme outils de sensibilisation.
Jude Mary Cénat : Faire évoluer les soins de santé mentale vers des pratiques antiracistes
Catégorie : Chercheuses et chercheurs en milieu de carrière ou chevronnés
Les expériences de microagressions et de discrimination raciales dans les services de santé mentale constituent un enjeu majeur au Canada. Souvent, les pratiques cliniques sont culturellement inadaptées et peu sensibles aux réalités et aux enjeux raciaux.
Jude Mary Cénat, professeur à l’École de psychologie, titulaire de la Chaire de recherche de l’Université d’Ottawa sur la santé des personnes noires et directeur du Laboratoire de Recherche Vulnérabilité, Trauma, Résilience et Culture (V-TRaC) et du Centre Interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s (CISN), s’est intéressé à l’inadéquation des soins offerts aux communautés racialisées et autochtones.
Après avoir développé, grâce à un premier financement de l’Agence de la santé publique du Canada, une formation en ligne et une plateforme interactive sur les soins de santé mentale antiracistes, Jude Mary Cénat s’attache maintenant à favoriser leur adoption dans les établissements de santé canadiens. Ce nouveau projet : Fournir des soins de santé mentale antiracistes aux communautés racialisées, qui comprend l’implantation et l’évaluation de l’approche auprès des communautés racialisées, est financé par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).
Ce plus récent projet visait à implanter la formation auprès de quatre partenaires à Ottawa – le Centre de santé mentale Le Royal, l’Hôpital Montfort, le Centre Le CAP et les services de counseling du Centre de bien-être de l’Université – et à mesurer son impact sur les pratiques cliniques et l’expérience des personnes soignées.
Mobiliser les partenaires pour faire évoluer les soins
En adoptant une approche participative et partenariale, Jude Mary Cénat et son équipe ont mobilisé l’ensemble des parties prenantes tout au long du projet, notamment la population étudiante, le personnel clinique, la patientèle et les organismes communautaires, tout en contribuant à diffuser les connaissances sur les soins de santé mentale antiracistes grâce à plusieurs publications scientifiques confirmant l’efficacité de la formation.
Changer les pratiques, un milieu à la fois
Grâce au déploiement de la plateforme de formation en ligne interactive, accessible et bilingue, le projet a étendu sa portée bien au-delà des quatre milieux de soins initialement ciblés, permettant à plusieurs milliers de professionnelles et professionnels œuvrant en santé mentale de bénéficier de cette expertise.
En favorisant l’adoption de pratiques antiracistes et en réduisant les obstacles à l’accès aux services, cette formation a contribué à améliorer la qualité des soins offerts aux communautés racialisées et autochtones au Canada, ainsi qu’aux États-Unis, en Europe et en Australie.
Les travaux de Jude Mary Cénat se fondent sur la recherche, la collaboration et l’intégration. Ils apportent aux milieux professionnels les outils nécessaires pour adapter leurs pratiques et fournir des soins de qualité aux personnes racisées et autochtones. Ce faisant, ils transforment la lutte contre le racisme en santé mentale en actions concrètes et contribuent à rendre les soins de santé mentale plus équitables, inclusifs et antiracistes.
Comblant des lacunes majeures dans les pratiques cliniques et les politiques de santé, le professeur participe au rayonnement international d’Ottawa comme chef de file dans le développement et l’implantation de soins de santé mentale antiracistes.
Amy Salyzyn : Outiller la jeunesse pour réinventer l’accès à la justice
Catégorie : Chercheuses et chercheurs en milieu de carrière ou chevronnés
L’accès à la justice demeure un défi de taille au Canada. Selon des études, 80 % de la population canadienne a connu, à un moment ou à un autre de sa vie, des besoins juridiques qui n’ont pas été comblés.
Amy Salyzyn, professeure agrégée à la Section de common law de la Faculté de droit et membre du Centre de recherche en droit, technologie et société, étudie comment la technologie peut contribuer à surmonter ces obstacles en faisant participer les jeunes à la réflexion.
Reconnaissant le potentiel d’innovation de la jeunesse et sa capacité à repenser les façons d’améliorer l’accès à la justice, Amy Salyzyn a lancé le défi Applications pour la justice, qui encourage les élèves du secondaire à concevoir des applications juridiques s’attaquant à des difficultés concrètes liées à l’accès à la justice.
Dessiner l’avenir de la justice
En partenariat avec le Réseau ontarien d’éducation juridique (ROEJ), Amy Salyzyn a aussi mobilisé des étudiantes et étudiants en droit de l’Université d’Ottawa, des élèves du secondaire et des enseignantes et enseignants pour élaborer du matériel éducatif visant à mieux faire connaître le système de justice et à stimuler la recherche de solutions technologiques.
Ces ressources ont ensuite été adaptées pour une utilisation en classe et mises à la disposition des écoles aux quatre coins de la province. Les enseignantes et enseignants peuvent choisir entre un programme d’initiation de deux jours et une version de cinq jours intégrant le défi Applications pour la justice.
Cultiver l’innovation chez la prochaine génération
Depuis son lancement en 2019, le défi Applications pour la justice a permis de rejoindre plus de 250 élèves du secondaire de partout en Ontario.
L’initiative a également offert de précieuses occasions d’apprentissage expérientiel aux étudiantes et étudiants en droit de l’Université, à qui l’on demandait de vulgariser des concepts juridiques complexes pour des personnes sans expertise en la matière. Ce travail leur a permis de mieux saisir les enjeux de l’éducation juridique du public ainsi que le rôle de l’innovation dans un meilleur accès à la justice.
En amenant les élèves à réfléchir autrement aux enjeux juridiques et aux moyens d’y répondre, le projet favorise l’émergence d’une nouvelle génération d’innovatrices et innovateurs en justice : des jeunes éclairés et prêts à s’investir.