Kanatase Horn (à gauche) et Robert-Falcon Ouellette (à droite).
Kanatase Horn (à gauche), professeur à la Faculté des sciences sociales, et Robert-Falcon Ouellette (à droite), professeur à la Faculté d'éducation.
À l’occasion du Mois national de l’histoire autochtone, des membres de la communauté de l’Université d’Ottawa réfléchissent à la façon dont les savoirs et les perspectives autochtones continuent d’influencer l’enseignement et l’apprentissage sur le campus. Les professeurs Robert-Falcon Ouellette et Kanatase Horn partagent leurs expériences et leurs réflexions à titre de membres autochtones du corps professoral et évoquent les responsabilités qui guident leur travail.

Robert-Falcon Ouellette : « La réconciliation doit faire partie intégrante de la vie quotidienne à l’Université. »

Robert-Falcon Ouellette, professeur agrégé à la Faculté d’éducation et membre de la Nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan, se distingue par un parcours remarquablement diversifié qui lui sert dans ses fonctions à l’Université d’Ottawa. Il a fait carrière pendant près de trois décennies dans les Forces armées canadiennes, a été député de Winnipeg-Centre et a décroché un doctorat en anthropologie à l’Université Laval.

Le travail qu’il fait à l’Université d’Ottawa porte simultanément sur divers aspects de la réalité autochtone, à savoir l’éducation, la langue, la vie publique et la communauté. Il a été attiré par l’environnement bilingue offert par l’établissement et par la possibilité qu’il y avait d’influencer la façon dont les enseignantes et enseignants de demain comprennent les réalités autochtones. « Les enseignants ont un rôle à jouer dans la compréhension qu’ont les jeunes de ce pays, explique-t-il. Ce sont eux qui déterminent si les enfants autochtones se reconnaissent dans la salle de classe, et si les élèves non autochtones apprennent la vérité sur ces territoires. »

Robert-Falcon Ouellette.
« Les enseignants ont un rôle à jouer dans la compréhension qu’ont les jeunes. Ce sont eux qui déterminent si les enfants autochtones se reconnaissent dans la salle de classe, et si les élèves non autochtones apprennent la vérité sur ces territoires. »

Robert-Falcon Ouellette

— Professeur, Faculté d'éducation

En classe, le professeur Ouellette encourage les étudiantes et étudiants à dépasser les interprétations superficielles et à se familiariser avec la profondeur et la diversité des systèmes de connaissances autochtones. Il souligne la richesse de l’éducation autochtone, des langues aux modes de gouvernance, en passant par les savoirs ancrés dans le territoire ainsi que le droit, l’humour et la résilience. Une grande partie de son travail consiste à intégrer davantage ces perspectives dans la formation des enseignantes et enseignants, en particulier dans les programmes en français, où il constate la persistance de lacunes importantes.

Miser sur les relations et la responsabilité

Le professeur Ouellette fonde son travail sur l’appui qu’il obtient d’Aînées et Aînés, de gardiennes et gardiens du savoir, de collègues, d’étudiantes et étudiants et de membres de la communauté. Il est conscient que dans le milieu universitaire, le travail lié aux enjeux autochtones ne peut se faire seul et que le progrès exige plus que des gestes symboliques. « La réconciliation ne peut se réduire à une déclaration sur un site Web : elle doit faire partie intégrante de la vie quotidienne à l’Université. »

Il estime avoir la responsabilité de servir de pont entre les systèmes de connaissances autochtones et les structures universitaires, et c’est pourquoi il appelle à poursuivre les efforts, en particulier dans le domaine de la formation des enseignantes et enseignants. « Ce ne sont pas des connaissances optionnelles : ce sont des connaissances essentielles pour enseigner au Canada », affirme-t-il. 

Kanatase Horn : « Créer l’espace pour repenser la justice et les relations »

Kanatase Horn, professeur adjoint au Département de criminologie de la Faculté des sciences sociales et membre des Mohawks de Kahnawà:ke, puise dans des perspectives autochtones communautaires et urbaines pour nourrir son travail à l’Université d’Ottawa. Ses expériences et ses liens familiaux à Kahnawà:ke et à Kanehsatà:ke ont forgé une approche de la recherche et de l’enseignement qui mise sur les relations et la responsabilité.

Dans ces deux volets de son travail, le professeur Horn aborde les expériences des Autochtones dans les systèmes de justice et les moyens par lesquels les communautés prônent le changement. Depuis qu’il a rejoint l’Université, en 2022, il a mis au point des cours qui encouragent les étudiantes et étudiants à mener une réflexion critique sur ces enjeux et sur l’autodétermination des peuples autochtones. 

Le professeur Horn estime que c’est dans la classe que son travail produit les effets les plus directs. Il constate que bon nombre d’étudiantes et étudiants n’ont jamais eu de professeure ou de professeur autochtone avant d’assister à ses cours. Cette expérience peut leur permettre de donner plus de sens à la matière et d’ancrer leur apprentissage dans des réalités concrètes. « Cela change la façon dont les étudiantes et étudiants s’engagent avec les cours lorsqu’ils s’ancrent dans des réalités vécues », dit-il.

Kanatase Horn.
« Cela change la façon dont les étudiantes et étudiants s’engagent avec les cours lorsqu’ils s’ancrent dans des réalités vécues. »

Kanatase Horn

— Professeur, Faculté des sciences sociales

Tisser des liens et remettre en cause les systèmes

Dans le cadre de son travail avec le comité de décolonisation et de résurgence autochtone du Département de criminologie, le professeur Horn contribue à redéfinir l’intégration des perspectives autochtones dans le programme. Les efforts du comité, notamment ceux déployés pour appuyer les partenariats avec les communautés ou accroître les contenus autochtones dans les cours, ont déjà contribué à faire de l’apprentissage centré sur les réalités autochtones un élément central du programme.

Le professeur Horn encourage aussi les personnes qui suivent ses cours à poser un regard nouveau sur les systèmes de justice. Il souhaite ainsi qu’elles cessent de considérer les peuples autochtones sous l’angle des inégalités ou de la surreprésentation et réalisent qu’ils ont souvent été à l’avant-garde du changement par le développement de nouvelles approches, la mobilisation en faveur de la justice et l’exercice de leur autodétermination.

Mois national de l’histoire autochtone : entre espoir et réflexion

Le professeur Ouellette estime que le Mois national de l’histoire autochtone devrait rimer avec espoir autant qu’avec réflexion. S’il est essentiel de prendre acte des histoires difficiles et de dire la vérité, les peuples autochtones ne peuvent se résumer à leurs traumas. Les langues, les cérémonies et les communautés autochtones sont toujours bien vivantes, portées par les jeunes générations qui continuent d’apprendre, de créer et de poser des questions.

Le Mois national de l’histoire autochtone est aussi l’occasion de mieux comprendre le présent. Comme en témoigne le travail des deux professeurs, les conséquences du colonialisme se font toujours sentir et continuent de peser sur les institutions et les réalités quotidiennes. Il est essentiel d’en prendre conscience, non pas comme d’un enjeu qui ne concerne que les communautés autochtones, mais comme d’une responsabilité collective, à l’Université et ailleurs.

Dans ce contexte, la réconciliation, bien que difficile, peut aussi être porteuse de changements profonds. Elle exige de faire preuve d’honnêteté, de resserrer les liens et d’avoir la volonté d’agir, tant au sein des institutions que dans nos rôles quotidiens, pour que les savoirs autochtones et les enfants autochtones soient considérés, valorisés et honorés.