À l’instar des autres chaires de l’ILOB, la Chaire de recherche en apprentissage des langues médiatisé par les technologies et l’intelligence artificielle agit comme pôle d’excellence en matière de politiques publiques et de meilleures pratiques en enseignement des langues. Ce faisant, elle renforce la qualité de la recherche et les collaborations de l’Université d’Ottawa, au Canada comme à l’international.
En deuxième année d’un mandat de cinq ans, le titulaire de la chaire consacre ses travaux à une question aussi urgente que complexe : comment intégrer l’IA dans l’enseignement des langues de façon critique, éthique et résolument humaine?
Mieux comprendre l’apport et les risques de l’intelligence artificielle en enseignement des langues
La chaire regroupe plusieurs volets complémentaires. Le premier s’intéresse aux possibilités pédagogiques de l’IA pour soutenir le développement langagier des apprenantes et apprenants. On y explore, par exemple, comment l’IA peut appuyer les processus de rétroaction et de révision de textes écrits, ou enrichir les capacités de lecture en langue cible.
Le deuxième volet porte sur la littératie en intelligence artificielle : ce que doivent connaître et maîtriser à la fois les étudiantes et étudiants, et le corps enseignant pour utiliser ces outils de façon éclairée et sécuritaire afin que cette technologie soit au service de l’apprentissage au lieu de le compromettre.
Un troisième volet explore l’utilisation de l’IA pour promouvoir des approches plurielles qui valorisent explicitement les répertoires bi/plurilingues des étudiantes et étudiants.
La chaire développe également des partenariats à l’échelle mondiale. Jérémie Séror représente le Canada en tant que membre associé de l’initiative AI LANG, pilotée par le Centre européen pour les langues vivantes (CELV), qui vise à produire un cadre de référence pour guider l’enseignement des langues à l’ère de l’intelligence artificielle. Depuis l’an dernier, il est également membre international (global fellow) du Multilingualism, Interculturality, and Language Lab (CU.MIL)(en anglais), une initiative portée par Circle U, alliance de neuf universités européennes, qui travaille à faire progresser la recherche et l’éducation en multilinguisme, en interculturalité et en apprentissage des langues.
Au-delà de ces réseaux internationaux, la chaire joue un rôle clé dans la formation des éducatrices et éducateurs en leur offrant des formations et des présentations sur mesure ainsi qu’aux parents et à des organismes scolaires au Canada et à l’international. Elle contribue également à la formation de la relève en collaborant avec des étudiantes et étudiants qui désirent faire de la recherche sur l’impact, le potentiel et les risques de l’intelligence artificielle pour l’enseignement des langues.
« L’important est de se rappeler que l’intelligence ne réside pas dans l’outil, mais dans l’activité humaine qui l’oriente, l’interprète et lui confère son sens. Si l’intelligence artificielle nous incite à faire davantage, à aller plus loin et à explorer de nouvelles avenues pour les cours de langue, elle souligne aussi la nécessité de préserver une lucidité essentielle afin que ces machines demeurent au service de finalités éducatives. Le but est que, dans un monde où les machines savent parler, ce soient nos voix et nos idées, et celles de nos étudiantes et étudiants qui continuent de primer. » – Jérémie Séror, titulaire, Chaire de recherche de l’ILOB en apprentissage des langues médiatisé par les technologies et l’IA
« Le but est que, dans un monde où les machines savent parler, ce soient nos voix et nos idées, et celles de nos étudiantes et étudiants qui continuent de primer. »
Jérémie Séror, Titulaire
— Chaire de recherche de l’ILOB en apprentissage des langues médiatisé par les technologies et l’IA
Qu’est-ce qu’une chaire de recherche?
Une chaire de recherche est un mécanisme qui permet à un membre du corps professoral de déployer un programme de recherche prioritaire grâce à un soutien additionnel : cadre institutionnel, financement et temps consacré à la recherche. Elle fonctionne comme un pôle d’expertise susceptible d’attirer des talents, de tisser des réseaux à l’échelle mondiale et d’influencer les politiques et les pratiques dans son domaine.
L’humain au cœur de l’apprentissage des langues
Comment tirer pleinement parti des avantages de l’IA dans l’apprentissage des langues tout en préservant les relations humaines, le jugement et la créativité?
Voilà la question qu’aborde Jérémie Séror dans le cadre de la Chaire de recherche de l’ILOB en apprentissage des langues médiatisé par les technologies et l’intelligence artificielle. Au-delà des utilisations possibles de l’IA par les membres du personnel enseignant pour atteindre leurs objectifs pédagogiques, Jérémie Séror s’intéresse à un aspect essentiel de la culture numérique en matière d’IA : aider les pédagogues et les apprenantes et apprenants à circonscrire le potentiel et les limites de cette technologie, et à l’utiliser en toute sécurité.
Ses travaux sont importants, car les pédagogues et les établissements doivent impérativement trancher dans ce dossier. Voici donc les grandes questions qui guident la recherche de Jérémie Séror :
- À quel âge devrait-on initier les apprenantes et apprenants aux outils d’IA dans le cadre de l’apprentissage des langues?
- Dans quelle mesure les apprenantes et apprenants devraient-ils recourir à l’IA de façon autonome, par opposition à une utilisation encadrée?
- Si l’encadrement des apprenantes et apprenants en matière d’IA repose sur le personnel enseignant, comment garantir que celui-ci soit adéquatement outillé?
- Pourquoi demeure-t-il essentiel d’apprendre et d’enseigner les langues à l’ère de l’IA?
- Quelles balises les établissements doivent-ils mettre en place pour garantir une utilisation de l’IA qui soit sécuritaire, légale et éthique?
- Comment assurer la reddition de comptes des entreprises technologiques afin que les outils qu’elles développent répondent à des objectifs éducatifs et à l’intérêt collectif?
Parallèlement, le chercheur met de l’avant la valeur de la « littératie humaine », soit la capacité de comprendre, de protéger et de cultiver les dimensions proprement humaines de la communication, des relations et de l’apprentissage. « Plus la technologie intervient dans la construction du sens, voire dans les interactions sociales, plus la dimension humaine gagne en importance, et non l’inverse », soutient Jérémie Séror.
La recherche au-delà de la salle de classe
La mobilisation des connaissances repose sur un échange réciproque. D’ailleurs, Jérémie Séror ne se contente pas de publier et de présenter ses résultats de recherche : il est également à l’écoute du milieu de l’éducation et de la population apprenante, en laissant leurs questions et leurs réflexions orienter le prochain cycle de recherche.
Il codirige actuellement un numéro spécial de revue consacré à l’IA et au plurilinguisme à l’intention des pédagogues en milieu francophone dont la parution est prévue prochainement, et met au point des modules de formation à l’IA ainsi que des ateliers de perfectionnement professionnel visant à soutenir l’intégration réfléchie de l’IA dans l’enseignement des langues.
Pour le personnel enseignant, il s’agit de ressources et de recommandations fondées sur les pratiques exemplaires en matière d’élaboration de leçons, de conception des tâches et d’enchaînement pédagogique. La question n’est donc pas de savoir s’il faut utiliser l’IA, mais plutôt comment l’intégrer aux côtés d’autres outils dans la classe.
Pour les décisionnaires, ces travaux offrent des repères sur les cadres juridiques et la gouvernance : ce qu’il convient d’autoriser et de restreindre, ainsi que les mécanismes de protection à mettre en place. Pour le grand public, ils prennent la forme d’une participation à des activités communautaires, à des contenus numériques et à des discussions, afin que la recherche reste en phase avec la réalité et qu’elle facilite le quotidien.
Pour Jérémie Séror, l’enjeu est fondamental : « Grâce à un enseignement des langues bien conçu, on peut profondément transformer la vie des gens. L’apprentissage des langues est l’un des moyens les plus efficaces d’élargir nos horizons et d’approfondir notre compréhension de l’autre. »