Des chercheuses et chercheurs, des membres de l’administration, des étudiantes et étudiants, des artistes et des décisionnaires s’y sont réunis pour faire le point sur les avancées réalisées et les lacunes persistantes.
Dans le cadre d’échanges sur des enjeux comme la discrimination systémique, la santé des personnes noires, la diversité linguistique et la responsabilité des établissements, les parties ont soulevé la complexité et l’urgence de faire progresser l’équité dans l’enseignement supérieur au Canada.
« L’équité n’est pas qu’une posture institutionnelle : c’est un droit fondamental qui exige une action réfléchie et de la rigueur », a déclaré la rectrice et vice-chancelière de l’Université d’Ottawa, Marie-Eve Sylvestre, qui a rappelé lors de la deuxième journée du forum que les universités ne se limitent pas à former des étudiantes et étudiants, mais participent aussi à la construction de la société.
« L’équité n’est pas qu’une posture institutionnelle : c’est un droit fondamental qui exige une action réfléchie et de la rigueur. »
Marie-Eve Sylvestre
— Rectrice et vice-chancelière de l'Université d'Ottawa
La francophonie au cœur de l’inclusion des personnes noires
Marie-Eve Sylvestre, Danai Bélanger, vice-principale à l’Université Bishop’s, et Anne Levesque, professeure à l’Université d’Ottawa, ont discuté d’un aspect peu abordé dans les débats sur l’équité : la langue.
Au Canada, les discussions sur la diversité s’inscrivent souvent dans un cadre anglophone, laissant peu de place à la complexité des expériences des personnes noires francophones ou bilingues. Les conférencières ont soutenu que la langue ne peut être reléguée au second plan dans ce type de conversations en raison de son influence sur l’accès, sur le sentiment d’appartenance et même sur la façon dont le racisme est vécu dans les établissements.
Anne Levesque a souligné l’importance d’adopter systématiquement une perspective francophone et bilingue, tandis que Danai Bélanger a expliqué que les établissements se bornent parfois aux seules questions de la langue et de la culture, ce qui complique toute tentative de s’attaquer directement au racisme systémique.
La conversation a aussi mis en lumière toute la complexité du sentiment d’appartenance. La langue n’est pas neutre : elle est porteuse d’histoires, de rapports de pouvoir et d’attentes. Ces dimensions influencent la manière dont les étudiantes et étudiants noirs francophones ou bilingues, et surtout les personnes nouvellement arrivées, sont perçus et évoluent dans le monde universitaire. Les accents, les références culturelles et les héritages coloniaux sont autant de facteurs qui entrent en ligne de compte. Pourtant, les établissements ont souvent tendance à estomper ces réalités et à réduire l’identité francophone à une seule et même catégorie.
Cette situation crée un décalage entre l’intention et l’expérience. Les universités peuvent bien s’engager à favoriser la diversité, mais si elles ne reconnaissent pas la diversité interne des communautés linguistiques, l’inclusion demeurera partielle.
Des obstacles systémiques persistants
Des obstacles systémiques persistent dans le milieu de l’enseignement supérieur et déterminent qui peut y accéder et qui parviendra à y évoluer. Malinda Smith, vice-rectrice associée à la recherche (équité, diversité et inclusion) à l’Université de Calgary, a invité les établissements à reconnaître qu’ils sont des lieux d’apprentissage, certes, mais susceptibles de reproduire les inégalités également.
Elle s’est interrogée sur la persistance des inégalités, malgré les données probantes qui démontrent leur existence. Les chiffres révèlent une réalité bien connue : les étudiantes et étudiants noirs sont nombreux à entrer à l’université, mais leur présence chute dans les plus hauts échelons de la formation universitaire.
Il a été répété tout au long du forum que les inégalités sont cumulatives et non pas de nature ponctuelle. Les obstacles en éducation, en santé et au quotidien s’additionnent et déterminent qui se sent en sécurité, soutenu et capable de réussir.
Les chercheuses Josephine Etowa, Ewurabena Simpson et Kafui Abra Sawyer, de l’Université d’Ottawa, ont examiné ces réalités selon des perspectives différentes. Les travaux de Josephine Etowa sur la santé des personnes noires présentent l’inégalité comme une réalité présente dès le début de la vie, façonnée au fil du temps par l’accès aux services, la sécurité et l’appartenance, tandis que ceux d’Ewurabena Simpson portent sur les répercussions du racisme en milieu scolaire sur la santé, la confiance en soi, ainsi que les avenues et perspectives possibles. Kafui Abra Sawyer, pour sa part, a parlé des microagressions et des traumatismes raciaux, moins visibles mais profondément ancrés dans l’expérience quotidienne des étudiantes et étudiants.
La conclusion est sans équivoque : les inégalités ne naissent pas à l’université. Elles trouvent leur origine bien en amont, sur les plans du logement, de l’éducation et des conditions sociales qui déterminent qui accède à des milieux comme l’université et de quelle manière ces gens y parviennent.
Cela dit, les établissements qui tentent d’agir font face à un autre problème : les données. En l’absence de données pertinentes, fondées sur la race et se rapportant aux communautés concernées, il demeure difficile de mesurer les écarts et d’y remédier. Mais accumuler des données sans pour autant passer à l’action pourrait être vu comme une forme d’échec institutionnel.
Le rôle des universités comme leviers de changement
Si l’événement a soulevé des questions difficiles, on en revenait constamment au rôle que les universités doivent jouer pour y répondre.
Pendant les intermèdes, Aishah Salim, artiste de la création parlée, a proposé une réflexion d’un autre ordre, tandis que Rawlson King, conseiller municipal à Ottawa, et Awad Ibrahim, vice-provost, Équité, diversité et excellence en matière d’inclusion, ont élargi la discussion au-delà du campus.
« Du fait d'être humains, nous sommes poètes. Nous improvisons, dans nos conversations comme dans nos actions. Chacun de nous tient la plume et écrit sa propre vie, ce qui nous rend toutes et tous uniques », souligne Awad Ibrahim.
« Chacun de nous tient la plume et écrit sa propre vie, ce qui nous rend toutes et tous uniques. »
Awad Ibrahim
— Vice-provost, équité, diversité et excellence en matière d'inclusion
Il a conclu en parlant de la dimension profondément humaine et créative de l’éducation, rappelant que les établissements sont avant tout constitués de personnes qui choisissent comment agir.
Mais le forum a clairement montré que les paroles à elles seules ne suffisent pas.
Un enjeu central a été soulevé : comment les universités peuvent-elles donner corps à leurs engagements publics afin d’opérer un véritable changement structurel? Représentation, prise de responsabilité et investissements durables : voilà des conditions à réunir pour pouvoir passer à l’action. C’est aux décisions relatives à l’embauche, à l’avancement professionnel ou au financement de la recherche, par exemple, qu’on reconnaît si l’équité est devenue réalité ou si elle en est encore à l’étape de projet.
Cinq ans après l’adoption de la Charte, le Forum 2026 a livré un message clair : les données sont là. Le cadre est là. Il ne reste plus qu’à passer de la parole aux actes : l’inclusion des personnes noires doit faire partie intégrante des structures de la recherche et de l’enseignement.