Vagues de chaleur : les effets peuvent persister d’un jour à l’autre chez les personnes aînées, selon une étude de l’Université d’Ottawa

Par Bernard Rizk

Conseiller, Relations de presse, uOttawa

Vagues de chaleur : les effets peuvent persister d’un jour à l’autre chez les personnes aînées, selon une étude de l’Université d’Ottawa
Photo: pexels.com
D’après une nouvelle étude de l’Université d’Ottawa, rafraîchir une habitation pendant la nuit pourrait ne pas suffire à protéger les personnes aînées contre les effets physiologiques d’une surchauffe intérieure répétée pendant le jour lors d’une vague de chaleur de plusieurs jours.

Les vagues de chaleur simulées en laboratoire permettent aux équipes de recherche d’évaluer leurs incidences sur des groupes vulnérables, comme celui des personnes aînées, et de tester des stratégies de refroidissement visant à atténuer les conséquences. Cette nouvelle étude est le premier essai contrôlé à examiner les réponses physiologiques des personnes aînées tout au long des phases diurnes d’exposition à la chaleur et des périodes de récupération nocturne au cours d’une vague de chaleur simulée de plusieurs jours. 

L’étude a été menée auprès de 18 adultes de 67 à 84 ans provenant de la région d’Ottawa-Gatineau, dont autant de femmes que d’hommes. Ces personnes ont séjourné pendant trois jours consécutifs et deux nuits dans une chambre climatique spécialisée aménagée comme un appartement de type studio à l’Université d’Ottawa, où elles ont fait l’objet d’un suivi continu.

« Pour la première fois, nous avons pu suivre des personnes aînées tout au long d’un épisode de chaleur extrême de trois jours, y compris pendant la période de récupération nocturne, explique Glen Kenny, professeur titulaire à la Faculté des sciences de la santé et directeur de l’Unité de recherche sur la physiologie environnementale et humaine de l’Université d’Ottawa. Nous avons constaté que la contrainte physiologique persistait d’un jour à l’autre et que certains effets ne se résorbaient pas complètement au cours de la nuit, même lorsque nous abaissions la température de l’appartement à 26 °C. Ces résultats suggèrent qu’un refroidissement nocturne à lui seul ne suffit pas à protéger pleinement les personnes aînées des répercussions des journées de chaleur extrême qui se succèdent. » 

Au cours de la vague de chaleur simulée, l’appartement était chauffé à 34 °C le jour et refroidi à 26 °C la nuit, des conditions qui correspondent aux températures intérieures enregistrées lors de vagues de chaleur réelles au Canada et aux États-Unis. Aux fins de comparaison, l’équipe de recherche a procédé à un autre essai, lors duquel elle a maintenu la température de l’appartement à 26 °C, de jour comme de nuit.

Pendant la vague de chaleur simulée, la température corporelle centrale moyenne des participantes et participants a atteint un sommet de 37,8 °C, contre 37,4 °C dans les conditions plus fraîches. Leur fréquence cardiaque moyenne a dépassé de cinq battements par minute celle observée à l’abri de la chaleur, et les analyses de sang ont révélé une hausse des marqueurs de stress rénal et gastro-intestinal dans la circulation sanguine. 

L’étude a aussi mis en évidence une baisse de la pression artérielle et une dégradation de la fonction cardiaque autonome, accompagnées de légères diminutions de l’équilibre et des résultats aux tests cognitifs.

Bien que le refroidissement de l’appartement à 26 °C pendant la nuit ait permis à la plupart des paramètres physiologiques de revenir près des valeurs initiales, la récupération n’était pas complète. Le matin, l’équipe de recherche observait toujours une pression artérielle systolique plus faible ainsi que des concentrations plus élevées de marqueurs de stress rénal.

Glen Kenny, professeur titulaire à la Faculté des sciences de la santé et directeur de l’Unité de recherche sur la physiologie environnementale et humaine
Sciences de la Santé
« Pour la première fois, nous avons pu suivre des personnes aînées tout au long d’un épisode de chaleur extrême de trois jours, y compris pendant la période de récupération nocturne »

Glen Kenny

— Professeur titulaire et Directeur de l'Unité de recherche en physiologie environnementale et humaine

À l’intérieur, mais pas nécessairement à l’abri

Au Canada, bon nombre de résidences ne sont pas climatisées, ce qui expose certaines personnes aînées à des températures intérieures élevées lors des épisodes de chaleur extrême. Les résultats montrent que le fait de rester à l’intérieur ne protège pas nécessairement les personnes aînées contre la contrainte physiologique liée à la chaleur si la température ambiante demeure haute.

« La plupart des gens présument que rester à l’intérieur suffit pour se prémunir contre les risques liés à la chaleur. Nos résultats montrent que ce n’est pas nécessairement le cas, explique le professeur Kenny. Les maisons et les appartements qui ne disposent pas d’un système de refroidissement adéquat peuvent demeurer chauds pendant plusieurs jours lors d’un épisode de chaleur extrême, ce qui expose les personnes aînées à un stress thermique prolongé. Le maintien d’une température intérieure de 26 °C ou moins, de jour comme de nuit, permet de réduire de façon importante les répercussions physiologiques de la chaleur extrême chez les personnes aînées. »

Les résultats viennent appuyer les récentes directives de Santé Canada (juin 2026), qui recommandent une limite supérieure de température intérieure de 26 °C pour protéger les personnes aînées. Ces lignes directrices s’appuient notamment sur des travaux antérieurs de l’équipe de recherche de l’Université d’Ottawa, qui portaient sur les effets d’une seule journée d’exposition à la chaleur.

La nouvelle étude va plus loin en examinant les réponses physiologiques associées à des expositions répétées à la chaleur pendant le jour et à la récupération nocturne dans une habitation soumise à une vague de chaleur simulée de plusieurs jours, une situation qui représente bien ce qui peut survenir dans les logements sans climatisation lors d’épisodes de chaleur extrême.

« Nos travaux antérieurs ont contribué à orienter Santé Canada dans sa décision de fixer à 26 °C la limite de température intérieure recommandée, et notre dernière étude apporte de nouvelles données probantes qui soulignent l’importance de maintenir la température intérieure à 26 °C ou moins pendant une vague de chaleur de plusieurs jours, ajoute le professeur Kenny. Il est toutefois important de préciser que cette valeur vise à réduire les risques liés à la chaleur et qu’elle ne garantit pas la protection complète de toutes les personnes aînées. »

La température corporelle centrale ne dit pas tout

Un résultat a surpris l’équipe de recherche : la température corporelle centrale des participantes et participants n’a pas continué d’augmenter d’un jour à l’autre, même si d’autres signes de contrainte physiologique étaient observables, certains persistant même jusqu’au lendemain.

« Le plus remarquable dans cette étude, c’est ce que nous n’avons pas observé, explique le professeur Kenny. La température corporelle n’a pas continué d’augmenter de jour en jour, mais cela ne signifiait pas que l’organisme s’était complètement rétabli. La pression artérielle demeurait basse et les marqueurs de stress rénal restaient élevés après la nuit. Cette constatation démontre qu’on ne peut pas évaluer les conséquences physiologiques de la chaleur à partir de la seule température corporelle ni présumer qu’une température corporelle stable signifie qu’une personne aînée est totalement protégée contre les répercussions d’une exposition prolongée à la chaleur. »

Même si leur température corporelle centrale varie peu d’une journée à l’autre, les personnes aînées peuvent tout de même être soumises à un stress cardiovasculaire et rénal. Aucun événement indésirable n’a été signalé dans le cadre de l’essai en laboratoire.

Ces travaux ont été financés par le Programme de renforcement des capacités d’adaptation aux changements climatiques sur le plan de la santé de Santé Canada et les Instituts de recherche en santé du Canada. 

L’étude, intitulée « Effects of a 3-day simulated heatwave on physiological and functional outcomes in older adults in Canada: a single-site randomised crossover trial», a été publiée dans The Lancet Planetary Health. 

Auteurs et autrices : Robert D. Meade, Kelli E. King, James J. McCormick, Sarah M. Taggart, Gil Bourgois, Nicholas Goulet, Caroline Li-Maloney, Pierre Boulay, Ronald J. Sigal et Glen P. Kenny. DOI: 10.1016/j.lanplh.2026.101517