Dr Jonathan Salazar León Banner
L’Interconnectome cœur-cerveau (ICC) est un programme de recherche dont la mission est d’enrichir notre compréhension des liens complexes entre le cerveau et le cœur. Partant du principe que ces organes vitaux ne fonctionnent pas de manière isolée, l’ICC mène des recherches de pointe pour explorer l’influence réciproque des systèmes neurologique et cardiovasculaire, sains ou malades.
Ce dossier spécial vise à braquer les projecteurs sur une ou un de nos stagiaires et la portée de sa dernière publication. Voici l’histoire de Jonathan – la personne derrière le chercheur. Vous y apprendrez comment ses récentes découvertes font progresser notre compréhension du lien entre le cœur et le cerveau.
Les stagiaires sont des étudiantes et étudiants de tous les cycles, y compris des boursières et boursiers de niveau postdoctoral, qui contribuent à la recherche. Ces personnes jouent de nombreux rôles à l’ICC, non seulement dans le cadre de projets parrainés par l’Interconnectome, mais aussi au sein de comités, lors d’événements, et plus encore.

Jonathan Salazar León et ses travaux de recherche

Jonathan Salazar León est un chercheur boursier de niveau postdoctoral qui travaille au laboratoire de Katey Rayner (Ph.D.) à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa. Il est originaire de la ville de Cuernavaca (Morelos) au Mexique, où il a fait un baccalauréat en biologie, une maîtrise en santé publique et un doctorat en sciences biomédicales, axé principalement sur le métabolisme et l’obésité. Fort de cette expertise, il a entrepris en 2022 son stage postdoctoral au laboratoire Rayner pour étudier les effets d’un régime alimentaire inflammatoire et riche en cholestérol sur les fonctions cérébrales et cardiaques des souris.

Le laboratoire Rayner tente d’identifier les voies biologiques à l’origine de l’inflammation chronique, une réponse immunitaire persistante et dérégulée qui n’a pas de bénéfices physiologiques contrairement à l’inflammation aiguë, qui est une réponse protectrice de courte durée à des stimuli, comme une infection par exemple. Le laboratoire étudie ensuite comment l’inflammation chronique contribue aux troubles cardiovasculaires et aux problèmes liés au vieillissement, dans le but, à long terme, d’utiliser ces connaissances pour concevoir de meilleurs traitement et outils diagnostiques des maladies cérébrales et cardiaques associées au vieillissement.

L’inflammation chronique est souvent présente dans les maladies cardiovasculaires, notamment l’athérosclérose, qui se caractérise par une accumulation de cellules immunitaires et de cholestérol dans les artères, ce qui entrave la circulation sanguine. Lorsque l’athérosclérose touche les artères principales, elle perturbe l’irrigation d’organes vitaux, dont le cerveau. Les plaques qui bloquent alors la circulation constituent un facteur majeur de démence vasculaire, la deuxième forme de démence en importance après la maladie d’Alzheimer.

Outre l’inflammation, des facteurs comme le vieillissement et la sédentarité contribuent aussi à l’athérosclérose. C’est là qu’interviennent les recherches de Jonathan : il étudie les répercussions négatives de l’alimentation riche en cholestérol sur le système vasculaire (le réseau de vaisseaux sanguins de l’organisme) et, par conséquent, sur le fonctionnement du cerveau chez la souris. En juin 2026, il a publié son premier article en tant qu’auteur principal dans Scientific Reports, une revue qui fait partie de la série Nature (1).

Titre de la publication : Hyperlipidemia induces hippocampal inflammation and loss of vascularity and can be rescued by silencing RIPK1

S’appuyant sur les travaux de recherche antérieurs du laboratoire (2,3), Jonathan et ses collègues ont cherché à comprendre comment un régime riche en cholestérol contribue au dysfonctionnement vasculaire et à l’altération des fonctions cognitives chez la souris. Dans le cadre de l’étude, les souris ont soit reçu une alimentation normale, soit des aliments riches en cholestérol, pour reproduire certains aspects d’un régime occidental typique (aliments transformés). Il est important de noter que l’étude portait à la fois sur des souris mâles et des souris femelles, en nombre égal.

Au bout de 24 semaines, Jonathan a évalué plusieurs paramètres de la santé vasculaire des souris, notamment l’accumulation de plaque dans les principales artères du cou qui irriguent le cerveau (les carotides), le débit sanguin vers le cerveau et la densité des vaisseaux sanguins dans le cerveau lui-même. Il a également mesuré les marqueurs de l’inflammation. Pour chaque paramètre, l’équipe a constaté que l’alimentation riche en cholestérol aggravait les problèmes vasculaires, entraînant du même coup une aggravation de l’athérosclérose dans les artères carotides, une diminution du débit sanguin, une atrophie des petits vaisseaux sanguins et une augmentation de l’inflammation cérébrale. 

De plus, et c’est un point important, Jonathan et son équipe ont mené un test comportemental chez les souris pour évaluer la mémoire et l’apprentissage spatial. Ils ont constaté que les souris nourries avec des aliments riches en cholestérol obtenaient de moins bons résultats au test comportemental, ce qui indique une diminution des fonctions cognitives. Dans l’ensemble, ces résultats montrent qu’un régime alimentaire riche en cholestérol a des effets néfastes sur la santé vasculaire, tant au niveau du corps que du cerveau, qu’il accroît l’inflammation et qu’il nuit au fonctionnement cognitif. Ils montrent aussi l’influence directe de facteurs de risque cardiovasculaires, comme l’athérosclérose, sur la santé cérébrale, par l’intermédiaire du système neurovasculaire.

Et ce n’est pas tout. L’équipe a ensuite étudié une cible thérapeutique susceptible de prévenir ces effets chez la souris. Des recherches antérieures avaient déterminé que la protéine RIPK1 était un élément clé de l’apparition de l’athérosclérose et de l’inflammation. Après 16 semaines d’alimentation riche en cholestérol, l’équipe a spécifiquement ciblé et réduit le niveau de la protéine RIPK1 chez les souris pendant 8 semaines supplémentaires, sans changer le régime alimentaire. Elle a constaté qu’une baisse de l’expression de RIPK1 pouvait prévenir les effets néfastes d’un régime riche en cholestérol. L’accumulation de plaque dans les carotides a diminué, la circulation sanguine s’est améliorée, la densité vasculaire a été rétablie et la neuroinflammation s’est atténuée. Fait remarquable, les souris ont également retrouvé en grande partie leurs capacités normales d’apprentissage et de mémoire.

L’étude suggère que les maladies vasculaires causées par un apport élevé en cholestérol n’affectent pas seulement le cœur et l’organisme; elles nuisent également au cerveau en réduisant l’apport sanguin et en causant de l’inflammation. Ces changements pourraient contribuer à l’atteinte cognitive vasculaire, un facteur majeur de déclin et l’une des principales causes de démence.

Les recherches de l’équipe ont permis de comprendre que la protéine RIPK1 était prometteuse pour de futurs traitements. En ciblant cette protéine, on pourrait arriver à protéger le cerveau contre le déclin cognitif associé à l’athérosclérose et à l’hypercholestérolémie. Toutefois, ces résultats ne concernent pour l’instant que les souris, et leur traduction en traitement concret nécessitera des recherches supplémentaires chez l’humain.

Au-delà du laboratoire : bâtir une communauté et une science inclusives

Au-delà de son travail au laboratoire et de sa collecte de données, Jonathan a toujours été très actif au sein de la communauté de l’ICC de l’Université d’Ottawa. Ses travaux sur les liens cœur-cerveau lui ont valu plusieurs distinctions et bourses, notamment une bourse de recherche stratégique (2022), la bourse commémorative Robert-Stelmack et le prix de la meilleure affiche décerné lors de la Journée de la recherche postdoctorale de la Faculté de médecine en 2023. Plus récemment, il s’est vu décerner une bourse de l’ICC et une bourse Mitacs pour 2025-2028.

Depuis 2023, Jonathan siège à titre d’ambassadeur au sein du comité IDEAS (inclusion, diversité, équité, accessibilité et justice sociale) de l’Interconnectome cœur-cerveau, où il collabore avec des spécialistes de la recherche, des stagiaires et des patientes et patients partenaires pour promouvoir l’inclusivité et l’accessibilité en science. Pour lui, le lien entre la science et la communauté est tout aussi important que la recherche en soi. Au Mexique, il était souvent à la barre d’ateliers conçus pour faire le pont entre les scientifiques et le grand public, afin de montrer « l’envers du décor » des laboratoires.

Grâce à son engagement au sein de l’ICC, Jonathan est d’autant plus déterminé à intégrer des points de vue variés à ses recherches, notamment ceux des patientes et patients partenaires. Il est d’avis que« chaque personne possède ses propres qualités et peut contribuer à sa manière.La science n’a pas de limites ou de restrictions; elle est ouverte à tous et à toutes. »

Son engagement envers l’inclusivité a également orienté ses recherches. Grâce à son travail au sein du comité IDEAS et aux conseils et au soutien de sa superviseure, Jonathan a mis en lumière une lacune importante dans les connaissances : la sous-représentation des femmes dans la recherche biomédicale. « Il existe peu d’information sur la santé féminine; c’est pourquoi je veux me concentrer là-dessus », explique-t-il.

Jonathan a depuis réorienté ses recherches pour étudier les effets du vieillissement et des facteurs liés au mode de vie, notamment l’activité physique et l’alimentation, sur la santé du cerveau et du cœur, plus particulièrement chez les souris femelles ménopausées. Il explique : « La moitié de la population mondiale sera touchée par la ménopause, et pourtant, on ne sait presque rien à ce sujet.J’aimerais y apporter ma contribution et mon aide d’une manière ou d’une autre. »

Il a également intégré des analyses fondées sur le sexe et le genre dans tous ses ensembles de données passés, et continuera de le faire dans l’avenir. Son travail témoigne de son engagement à encourager l’équité et l’inclusivité en recherche.

Réflexions de chercheur

Le début de son stage postdoctoral n’a pas été de tout repos pour Jonathan, qui a entre autres dû déménager à l’étranger. Malgré tout, il encourage les stagiaires à accepter les nouvelles expériences, car l’ouverture d’esprit, la curiosité et des liens enrichissants peuvent transformer les difficultés en leçons qui font grandir. Il est également reconnaissant du soutien de sa famille, qu’il décrit comme le pilier de ses principes et la source de sa motivation à aider les autres, et qui lui a transmis cette volonté de surmonter les obstacles.

Pour Jonathan, il est aussi essentiel de créer une ambiance accueillante au laboratoire et de maintenir un équilibre entre communauté, activité physique et bien-être personnel. Il qualifie le laboratoire Rayner de communauté solidaire, où règne un esprit de communauté et de camaraderie, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il tient également à remercier sa superviseure, Katey Rayner (Ph.D.), pour son soutien et ses conseils, et affirme avoir beaucoup aimé travailler au Canada,où les gens sont si agréables.

Il suggère aux scientifiques et aux stagiaires de demain de commencer par apprendre à se connaître, et de trouver un travail qui les passionne. « Il est primordial de bien se connaître; nous avons toutes et tous nos aptitudes, nos forces et nos faiblesses. » Il invite également les stagiaires à redonner à leur communauté en repérant les lacunes à pallier grâce à leur travail.

Avant tout, Jonathan insiste sur l’importance de profiter du voyage et de s’ouvrir à de nouvelles expériences. « Il faut bouger, tisser des liens, apprendre. » Il a aussi ces mots d’encouragement : « N’ayez pas peur d’échouer. Ça fait partie du processus. »

L’ICC remercie les stagiaires de talent qui contribuent en grand nombre à faire progresser la recherche sur le lien entre le cœur et le cerveau, et salue déjà leurs futures réalisations professionnelles. Les stagiaires qui veulent en savoir plus sur les possibilités de recherche à l’ICC ou qui souhaitent devenir membres peuvent visiter notre Centre de ressources pour les stagiaires

Références

  1. Salazar-Leon J., Freitas-Andrade M., Guadarrama-Perez V., Solari S., Hudak A., Stotts C. et al,. « Hyperlipidemia induces hippocampal inflammation and loss of vascularity and can be rescued by silencing RIPK1 », Scientific Reports, 20 juin 2026. doi:10.1038/s41598-026-54533-w
  2. Karunakaran D., Nguyen M.A., Geoffrion M., Vreeken D., Lister Z., Cheng H.S. et al, « RIPK1 Expression Associates With Inflammation in Early Atherosclerosis in Humans and Can Be Therapeutically Silenced to Reduce NF-κB Activation and Atherogenesis in Mice », Circulation, 12 janvier 2021, vol. 143, no 2, p. 163–77. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.118.038379
  3. Karunakaran D., Turner A.W., Duchez A.C., Soubeyrand S., Rasheed A., Smyth D. et al, « RIPK1 gene variants associate with obesity in humans and can be therapeutically silenced to reduce obesity in mice », Nature Metabolism, 28 septembre 2020, vol. 2, no 10, p. 1113–25. doi:10.1038/s42255-020-00279-2