Child playing with blocks
Caleb Woods (Unsplash)
Des chercheurs de L’Hôpital d’Ottawa et de l’Université d’Ottawa sont parvenus à atténuer certains symptômes comportementaux dans un modèle murin de l’autisme en corrigeant un problème touchant les vaisseaux sanguins du cerveau. Ces constatations publiées dans la revue Neuron ouvrent la voie à une nouvelle cible thérapeutique prometteuse pour traiter ces symptômes.

L’autisme est un trouble neurodéveloppemental dont les caractéristiques varient grandement. Certains symptômes comportementaux peuvent compliquer considérablement le quotidien de la personne autiste. Bien que de nombreuses personnes vivant avec l’autisme aient trouvé des moyens de gérer ces symptômes, il n’existe aucun traitement médicamenteux. 

« Un long chemin sépare une découverte en laboratoire de la réalisation d’un essai clinique, mais nous sommes emballés par la possibilité que ces résultats puissent un jour améliorer le quotidien des personnes autistes », affirme l’auteur responsable Baptiste Lacoste(Ph. D.), qui est scientifique principal à L’Hôpital d’Ottawa et professeur à l’Université d’Ottawa. 

L’équipe de Baptiste Lacoste avait précédemment découvert que les vaisseaux sanguins du cerveau ne fonctionnent pas correctement dans les modèles murins (c.-à-d. des souris) ayant une délétion 16p11.2, l’une des mutations génétiques les plus courantes chez les personnes autistes. Cette équipe était la première à étudier de plus près ce phénomène dans les vaisseaux sanguins cérébraux.

Les chercheurs ont déterminé que le problème tirait son origine des cellules endothéliales, qui tapissent la face interne des vaisseaux sanguins. Ces cellules permettent au sang de parvenir rapidement dans les zones actives du cerveau. Cet apport sanguin réactif est indispensable au bon fonctionnement du cerveau. 

Toutefois, chez ces souris, les cellules endothéliales ne réagissent pas assez rapidement. Ce phénomène survient au début du développement cérébral et entraîne des symptômes comportementaux plus tard dans la vie, notamment de l’hyperactivité, des mouvements répétitifs et des difficultés d’apprentissage moteur.

Dans le cadre de cette nouvelle étude pilotée par l’ancienne étudiante au doctorat Julie Ouellette (Ph. D.), l’équipe de recherche a cherché à déterminer ce qui ne fonctionnait pas correctement dans ces cellules endothéliales et s’il était possible d’y remédier. 

L’équipe de Baptiste Lacoste a découvert que ces cellules endothéliales présentaient un taux d’ATP deux fois moins élevé que la normale. L’ATP est généralement considéré comme une molécule d’énergie. Dans ce cas-ci, toutefois, les cellules étaient dépourvues à leur surface de la cible de l’ATP : le récepteur P2Y2. 

En activant ce récepteur P2Y2, les chercheurs ont pu rétablir la fonction cellulaire, augmenter la circulation sanguine au cerveau et atténuer les symptômes comportementaux chez les souris adultes. Ce résultat a été obtenu grâce à un médicament qui est connu pour activer le récepteur P2Y2 et dont l’administration est actuellement autorisée chez l’humain au Japon et en Corée du Sud pour traiter le syndrome de l’œil sec. 

« C’est un peu comme si ces cellules étaient endormies et qu’à présent nous pouvions les réveiller, explique Baptiste Lacoste. Il suffit peut-être de les traiter une seule fois pour les réveiller de façon définitive. Nous allons approfondir ces recherches, mais c’est un élément encourageant pour un futur traitement. »  

Cette étude n’a porté que sur des souris adultes. Cela signifie que l’activation du récepteur P2Y2 pourrait renverser des symptômes comportementaux déjà bien établis. L’équipe prévoit maintenant traiter des souris plus tôt dans leur vie afin de déterminer si un traitement précoce pourrait présenter des avantages supplémentaires.

L’équipe a également déposé une demande de brevet concernant le recours à l’activation du récepteur P2Y2 dans les vaisseaux sanguins pour traiter les symptômes de l’autisme. Elle souhaite explorer la mise au point d’un médicament en vue d’éventuels essais cliniques.

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