Chaque année, la conférence Bromley réunit des étudiantes et étudiants des cycles supérieurs des deux universités pour leur proposer une expérience d'apprentissage de deux jours, axée sur les politiques scientifiques et la diplomatie scientifique. Cet événement leur permet d'apprendre, de tisser des liens, d'échanger des idées et de bâtir un solide réseau avec des leaders des politiques scientifiques canado-américaines ainsi qu'avec des pairs des deux côtés du 49e parallèle.
Célébration d’un jalon centenaire
L’édition 2026 de la Conférence commémorative Bromley s’est déroulée à l’Université d’Ottawa — au cœur de la capitale canadienne et à deux pas du Parlement — et revêtait un caractère particulièrement unique. L’événement commémorait le centenaire de la naissance du Dr D. Allan Bromley, physicien d’origine canadienne devenu un conseiller scientifique pionnier auprès du président américain George H.W. Bush, et dont l’événement porte le nom.
" La carrière du Dr Bromley était un savant mélange de recherche universitaire, d'élaboration de politiques, de direction exécutive et de conseil politique, à une époque où ces trajectoires professionnelles non linéaires n'étaient pas très courantes", a déclaré le Dr Eric M. Meslin, PhD, MSRC, MACSS, IAS.A, le conférencier d'honneur de la Conférence commémorative Bromley de cette année.
À la suite de la conférence du Dr Meslin, intitulée « Personnalités, perspectives et priorités : Décrypter les politiques émergentes en matière de science et technologie à travers le 49e parallèle », les étudiantes des cycles supérieurs Jessica Adams (GWU) et Valeria Vasilyeva (uOttawa) agissant à titre de répondantes désignées, ont engagé une discussion sur les thèmes clés soulevés par le conférencier d'honneur, tels que le génome humain, l’intelligence artificielle (IA) et les enjeux éthiques liés à l'innovation.
« La carrière du Dr Bromley était un savant mélange de recherche universitaire, d'élaboration de politiques, de direction exécutive et de conseil politique, à une époque où ces trajectoires professionnelles non linéaires n'étaient pas très courantes. »
Dr Eric M. Meslin
— Conférencier d'honneur à la Conférence Bromley 2026
Une expérience unique de partage des connaissances
Cet événement de deux jours a offert aux étudiants un aperçu complet du paysage moderne des politiques scientifiques grâce à diverses séances animées par des experts. La conférence du Dr Meslin, parallèlement aux séminaires-discussions avec le Dr Jeff Kinder, Paul Dufour, le Dr Nicholas Vonortas, David Watters et le Dr Jason Millar, ainsi que les présentations du Réseau des politiques scientifiques d'Ottawa, ont fait de cet événement une expérience unique pour les étudiants des cycles supérieurs.
« Nous sommes ravis de partager les réflexions de cinq des étudiantes et étudiants des cycles supérieurs qui ont participé à la conférence Bromley 2026 », déclare la Dre Monica Gattinger, directrice de l'ISSP. « Leurs témoignages inspireront certainement les étudiantes et étudiants de l'Université d'Ottawa et de GWU à vouloir faire partie de la Conférence Bromley 2027, qui se tiendra à Washington, D.C., le printemps prochain. »
Témoignages — Découvrez l'impact de l'événement commémoratif Bromley sur celles et ceux qui faconneront les politiques scientifiques à l'avenir:
Ci-dessous, les témoignages des étudiantes et étudiants Rafael Aguirre (uOttawa | ISSP), Coline Cocchi (uOttawa | Sciences politiques ), Amal Hussein (uOttawa | Génie), Ryan Moats (GWU |Sciences et technologies internaionales) et Valeria Vasilyeva (uOttawa | Médecine).
« J'ai trouvé particulièrement stimulante l'invitation de D.B. Watters à (re)penser notre rapport à la technologie en tant que moyen au service d'une fin : sa valeur intrinsèque pour les individus et les peuples. »
Rafael Aguirre Ponce
— Université d'Ottawa | Stagiaire postdoctoral en science, société et politique
Cet événement a été une excellente occasion d’écouter de grands penseurs animer une journée de réflexion sur les enjeux auxquels sont confrontées les politiques scientifiques. Comme on pouvait s’y attendre, l’intelligence artificielle a occupé le devant de la scène. Les implications majeures de cette technologie demeurent encore inconnues. S’il y a bien une certitude, c’est que nous devons consolider nos fondements philosophiques et politiques, tant la vague de cette nouvelle technologie va les ébranler.
J'ai trouvé particulièrement stimulante l'invitation de D.B. Watters à (re)penser notre rapport à la technologie en tant que moyen au service d'une fin : sa valeur intrinsèque pour les individus et les peuples. Réduire la course technologique à une compétition visant à obtenir plus de pouvoir (du pouvoir pour quoi faire ?) reviendrait à réduire le sens même de la société et de l'humanité.
Rafael Aguirre Ponce est chercheur associé à l'Université d'Ottawa | Faculté des sciences sociales, où il mène des recherches sur les projets, les politiques et la réglementation dans le domaine de l'énergie. Il est titulaire d'un doctorat en administration publique de l'Université d'Ottawa.
« Le séminaire et les discussions qui l’ont accompagné ont offert une expérience riche et stimulante, croisant des points de vue variés sur la politique scientifique, l’intelligence artificielle et la collaboration internationale »
Coline Cocchi
— Université d'Ottawa | Étudiante en maîtrise en science politique
J’ai eu l'honneur de participer à l'événement commémoratif Bromley 2026 en tant que représentante étudiante de l'Université d'Ottawa. Pendant deux jours, le séminaire et les discussions qui l’ont accompagné ont offert une expérience riche et stimulante, croisant des points de vue variés sur la politique scientifique, l’intelligence artificielle et la collaboration internationale. L’événement a mis en lumière les perspectives canadiennes et américaines sur ces questions, créant un espace propice à la réflexion sur le rôle de la science dans les politiques publiques. Les séances ont accueilli divers conférenciers dont les idées ont suscité des discussions fructueuses, et les séances de questions-réponses ont offert de précieuses occasions d’échanger directement avec des chercheurs et des praticiens et d’approfondir la connaissance de leurs travaux.
Au-delà du programme officiel, j’ai particulièrement apprécié l’occasion qui m’a été donnée de nouer des liens avec d’autres étudiants de l’Université d’Ottawa et avec les représentants étudiants impliqués dans l’Ottawa Science Policy Network (OSPN), ce qui a favorisé un fort sentiment d’appartenance à une communauté universitaire. Travailler aux côtés d’étudiant(e)s américain(e)s de l’Université George Washington a également ajouté une dimension comparative importante à cette expérience, car nos échanges ont mis en évidence à la fois des points de vue communs et des différences nuancées, enrichissant ainsi le dialogue global. Ces interactions, tant pendant les sessions qu’en dehors, ont contribué à créer un environnement collaboratif et intellectuellement stimulant.
Cet événement a également été l'occasion de rendre hommage à D. Allan Bromley, éminent physicien nucléaire dont les travaux ont fait progresser la coopération scientifique en Amérique du Nord. En tant qu'étudiante en master spécialisée dans les relations entre les États-Unis et le Canada, j'étais particulièrement motivée à participer à cet événement, car il correspondait étroitement à mes centres d'intérêt de recherche. Participer à ces discussions m’a non seulement permis de représenter mon université, mais a également renforcé mon intérêt pour la diplomatie scientifique et l’importance de la collaboration transfrontalière pour relever les défis mondiaux complexes
« Ce qui m'a particulièrement marqué, a été la qualité des échanges que cet événement a permis de créer entre différentes disciplines et à toutes les étapes d'une carrière. »
Amal Hussein
— Université d'Ottawa | Candidate à la maîtrise en science et ingénierie des systèmes
Ma participation à l’Évènement commémoratif Bromley 2026 en tant que déléguée de l’Université d’Ottawa m’a amenée à réfléchir à ce qu’exige la politique en matière de science et de technologie à l’heure actuelle. Tout au long de ces deux jours, une même idée m’est revenue sans cesse à l’esprit : il s’agit de questions relatives aux institutions, au jugement, à la confiance et à la manière dont les sociétés prennent des décisions sous pression.
Le discours prononcé par le Dr Eric Meslin m’a particulièrement marqué. La confiance du public est un sujet avec lequel je suis souvent confronté dans mes propres recherches ; j’ai donc particulièrement apprécié ses réflexions sur le tribalisme et la difficulté de maintenir la confiance dans des environnements politiques et sociaux fracturés. Cette préoccupation me semble centrale pour la politique scientifique et technologique, car la légitimité, la confiance du public et les conditions dans lesquelles l’expertise est prise en compte déterminent toutes ce que la politique peut accomplir dans la pratique.
J’ai également beaucoup apprécié les échanges approfondis qui ont eu lieu tout au long de l'événement avec le Dre Monica Gattinger, le Dr Jeff Kinder, la Dre Derya Büyüktanır Karacan, Paul Dufour, David Watters, le Dr Nicholas Vonortas et le Dr Jason Millar. Ce qui m'a particulièrement marqué, a été la qualité des échanges que cet événement a permis de créer entre différentes disciplines et à toutes les étapes d'une carrière. Le changement est rapide, les pressions géopolitiques sont bien réelles et les conséquences des décisions politiques se répercutent au-delà des frontières. Les discussions sur la gouvernance de l’IA et les relations entre le Canada et les États-Unis ont rendu cela particulièrement concret.
En tant que personne travaillant à la croisée de l’IA, de la gouvernance et de l’ingénierie, j’ai tiré de cet événement une compréhension approfondie du type de travail politique que le contexte actuel exige de mettre en oeuvre. L’événement m’a rappelé qu’un travail politique réfléchi dépend de la capacité des personnes à naviguer avec dextérité entre la recherche, les institutions et les questions d’intérêt public, et qu’il requiert également la capacité d’interpréter des pressions contradictoires tout en gardant à l’esprit l'impératif de la responsabilité publique.
C’est en partie ce qui a rendu l’Évènement commémoratif Bromley si enrichissant à mes yeux. Il a permis de créer un espace propice à une réflexion approfondie sur les personnes, les idées et les tensions qui façonnent ce domaine. J’en suis repartie avec de nombreuses pistes de réflexion, notamment sur la confiance, la gouvernance et le rôle que joue un dialogue constructif dans l’élaboration de politiques scientifiques et technologiques plus solides. Je tiens à remercier l’Institut pour la science, la société et les politiques publiques d’avoir organisé cet événement.
« Grâce à des conférences captivantes et à des discussions en petits groupes, j’ai pu en apprendre davantage sur l’avenir de la politique d’innovation entre nos deux pays ainsi que sur l’importance de coopérer et de collaborer scientifiquement de... »
Ryan Moats
— Université George Washington | Étudiant en maîtrise en sciences et technologies internationales
J'ai eu l'immense plaisir de participer à la Conférence commémorative Bromley 2026 organisée à l'Université d'Ottawa. Alors que je n'avais pu assister qu'au discours d'ouverture l'année dernière, alors que j'étais à ma propre université, la George Washington University, j'ai eu cette année l'occasion de suivre l'évènement dans son intégralité, du début à la fin. Échanger avec d'autres étudiant(e)s et des professionnel(le)s confirmé(e)s a été un véritable plaisir, tant sur le plan professionnel que personnel. Je recommande cette expérience à tout(e) étudiant(e) de troisième cycle intéressé(e) par la politique scientifique, l'innovation technologique et la collaboration internationale.
Grâce à des conférences captivantes et à des discussions en petits groupes, j’ai pu découvrir l’avenir de la politique d’innovation entre nos deux pays ainsi que l’importance de coopérer et de collaborer scientifiquement de manière continue. Ces discussions ont parfaitement préparé le terrain pour le discours principal du Dr Eric M. Meslin, qui a abordé les réalités et les complexités d’une communauté scientifique internationale ainsi que la compatibilité des politiques. Suite aux interventions très pertinentes des étudiantes Jessica Adams et Valeria Vasilyeva, nous avons eu une discussion passionnante sur l’avenir de ce domaine.
Cette expérience m’a inspiré à m’engager dans une carrière davantage axée sur l’international, dans le but de faire progresser les objectifs énergétiques et climatiques fondés sur la science grâce à l'élaboration de politiques scientifiques et technologiques éclairées. En facilitant les échanges tant professionnels que personnels tout au long de l’événement, la Conférence commémorative Bromley m’a permis d’élargir mon réseau à une échelle véritablement internationale, m’offrant de nouvelles perspectives sur les politiques en S&T qui me seront assurément utiles dans ma carrière. Je remercie les membres de l’Université d’Ottawa pour leur accueil exceptionnel et je recommande chaleureusement cette expérience à quiconque recherche un parcours professionnel et universitaire enrichissant dans le domaine des S&T.
« La présentation du Dr Meslin m’a incitée à réfléchir au-delà de l'interface entre la recherche fondamentale et la recherche clinique, en m’intéressant aux systèmes plus larges de l’éthique, de la gouvernance et des politiques qui, en fin de compte,... »
Valeria Vasilyeva
— Université d'Ottawa | Candidate au MD-PhD en microbiologie et immunologie à la Faculté de médecine
Assister à la conférence commémorative Bromley 2026 donnée par le Dr Eric Meslin s’est révélé à la fois stimulant sur le plan intellectuel et enrichissant sur le plan personnel. En tant qu’étudiante en première année du programme MD-PhD en immunologie du cancer, mes travaux se situent à la croisée de la recherche fondamentale et de la recherche clinique. La présentation du Dr Meslin m’a incité à réfléchir au-delà de cette interface, en m’intéressant aux systèmes plus larges de l’éthique, de la gouvernance et des politiques qui, en fin de compte, déterminent la manière dont les avancées scientifiques sont mises à profit au sein de la la société.
En réfléchissant au projet sur le Génome humain, je me suis rappelé que la science transformatrice ne se fait pas en vase clos. Elle s’accompagne d’efforts délibérés pour prendre en compte les implications éthiques, juridiques et sociales. La mise en place du programme ELSI (sur les question éthiques, juridiques et sociales) a établi un précédent majeur : la gouvernance doit évoluer parallèlement à la découverte. Cela a profondément resonnné avec ma propre expérience de travail sur des échantillons humains, où même un accès limité aux informations sur les donneur(se)s témoigne d’un équilibre intentionnel entre la recherche scientifique et la protection de la vie privée des individus.
Parallèlement, le Dr Meslin a souligné à quel point le contexte actuel, notamment en matière d’intelligence artificielle, semble radicalement différent. Contrairement au cadre plus centralisé et piloté par les pouvoirs publics du Projet Génome humain, le développement de l’IA est rapide, décentralisé et façonné par de multiples acteurs en concurrence. En tant que stagiaire, je constate déjà à quel point ces outils sont intégrés tant dans la recherche que dans les milieux cliniques, de l’analyse des données en laboratoire à l’aide à la prise de décision en médecine. Cependant, leur intégration rapide soulève des questions importantes : comment ces systèmes sont-ils entraînés ? Sont-ils impartiaux et représentatifs ? Et qui est responsable en cas de défaillance ? Ces incertitudes donnent le sentiment que non seulement nous progressons rapidement, mais que nous avons peut-être aussi du mal à maintenir une gouvernance en phase avec l’innovation.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’importance accordée à la communication et à la confiance. Des technologies telles que la génomique et l’IA ne se limitent plus au domaine de la recherche, puisqu’elles font désormais partie de notre quotidien. J’ai repensé à ma propre expérience lorsque j’ai reçu un kit de test génétique destiné directement aux consommateurs, où l’enthousiasme de la découverte avait pris le pas sur les questions relatives à l’utilisation des données et à la confidentialité. Cela illustre un défi plus large : les individus fournissent de plus en plus de données sans comprendre pleinement comment celles-ci pourraient être utilisées, en particulier à mesure que les technologies évoluent. À l'avenir, l'honnêteté, la transparence et un consentement éclairé et significatif doivent rester au cœur des préoccupations. Sans eux, la confiance dans la science et la médecine est menacée.
L'intervention du Dr Meslin a également souligné l'importance d'aborder ces défis dans une perspective mondiale et collaborative. La science transcende les frontières, mais ce n'est souvent pas le cas de la gouvernance. Les différences entre les pays, notamment entre le Canada et les États-Unis, sont façonnées par des valeurs et des structures institutionnelles distinctes. Plutôt que de considérer ces différences comme des obstacles, elles offrent des occasions d'apprendre les uns des autres et d'élaborer des approches politiques plus inclusives et plus efficaces.
En fin de compte, cette conférence a réaffirmé qu’en tant que stagiaires, nous ne nous contentons pas d’intégrer des systèmes existants, mais que nous en héritons et les façonnons. Au Canada, où les soins de santé et la recherche sont étroitement liés, il existe une occasion unique d’aborder les technologies émergentes de manière coordonnée et équitable. Cependant, la concrétisation de ce potentiel exigera plus qu’une expertise technique. Elle nécessitera des scientifiques et des cliniciens capables de s’engager dans les domaines de l’éthique, des politiques et du dialogue public. De plus, il est crucial d’informer les stagiaires, comme moi, non seulement sur la manière de naviguer dans ces domaines, mais aussi sur la façon de se préparer à participer activement à l’élaboration de leur gouvernance.