Julie St-Pierre s'adresse à une salle remplie de chercheuses et chercheurs de l'Université d'Ottawa
L’interdisciplinarité est de plus en plus essentielle pour répondre aux grands enjeux de notre époque, et les organismes de financement de la recherche l’ont bien compris. Mais elle ne se résume pas à une simple « collaboration » : elle suppose d’aborder les projets autrement, dès le départ. À l’Université d’Ottawa, des programmes comme l’initiative Vision, stratégie, transformation et accélération (VISTA) créent des conditions propices à la recherche interdisciplinaire.

Bon nombre des défis actuels sont trop complexes pour qu’une seule discipline puisse les relever.

Prenons l’exemple de la chaleur extrême. La climatologie permet de suivre l’évolution de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur, tandis que le génie contribue à la conception de bâtiments et d’infrastructures qui demeurent sécuritaires en période de températures extrêmes. La santé publique peut, quant à elle, cerner les risques connexes pour la santé, alors que les sciences sociales aident à comprendre quelles communautés sont les plus vulnérables, et pourquoi.

Toutes ces disciplines se penchent sur un même enjeu, mais chacune n’en éclaire qu’une facette.

« C’est en réunissant ces différentes perspectives qu’on parvient aux réponses les plus efficaces », a déclaré Julie St-Pierre, vice-rectrice à la recherche et à l’innovation, lors d’un récent atelier VISTA visant à faire progresser la recherche interdisciplinaire et à créer de nouveaux liens entre les domaines de recherche.

C’est pourquoi l’interdisciplinarité (ou la transdisciplinarité) s’impose aujourd’hui de plus en plus comme une priorité pour les universités, les gouvernements et les organismes subventionnaires à l’échelle mondiale. Face à des enjeux comme les changements climatiques, les menaces pour la santé, l’intelligence artificielle et le logement, nous avons de plus en plus besoin de spécialistes de différentes disciplines qui unissent leurs efforts autour d’un objectif commun pour trouver des solutions porteuses.

Or, l’interdisciplinarité ne consiste pas simplement à réunir une équipe aux champs d’expertise variés. Elle sous-entend une autre façon d’aborder la recherche.

L’interdisciplinarité commence par la question de recherche

On réduit souvent, à tort, la recherche interdisciplinaire au fait de réunir des spécialistes de différents domaines.

En réalité, l’interdisciplinarité entre en jeu bien plus tôt, dès la formulation de la question de recherche.

Dans un projet multidisciplinaire, les chercheuses et chercheurs apportent l’expertise propre à leur discipline, mais travaillent essentiellement selon leurs propres approches. Dans un projet interdisciplinaire, l’équipe travaille de concert dès le départ pour définir le problème, formuler la question de recherche et établir des objectifs communs.

Cette façon de faire peut changer radicalement le cours d’un projet. Elle amène les équipes de recherche à poser d’autres questions, à puiser dans différentes formes de données probantes et à concevoir de nouvelles façons d’appréhender des enjeux complexes.

Julie St-Pierre
Interdisciplinarité
« C’est souvent à la croisée des expertises que naissent les avancées les plus importantes. »

Julie St-Pierre

— Vice-rectrice à la recherche et à l'innovation, Université d’Ottawa

Pourquoi les organismes de financement misent-ils de plus en plus sur l’interdisciplinarité?

Les organismes de financement reconnaissent de plus en plus que plusieurs des grands enjeux actuels ne peuvent être abordés sous l’angle d’une seule discipline.

Des programmes comme le fonds Nouvelles frontières en recherche soutiennent des travaux qui transcendent les frontières disciplinaires afin de faire émerger des approches novatrices et des découvertes transformatrices. La participation du Canada à Horizon Europe a elle aussi multiplié les possibilités pour les équipes de recherche de contribuer à des projets internationaux de grande envergure réunissant des compétences issues de multiples disciplines, secteurs et pays.

Cette tendance témoigne d’une prise de conscience croissante : pour s’attaquer aux défis complexes auxquels la société est confrontée, il faut favoriser la collaboration entre les domaines.

Au-delà des disciplines et du milieu universitaire

L’interdisciplinarité consiste aussi à diversifier les savoirs qui alimentent la recherche.

À l’Université d’Ottawa, la recherche peut ainsi faire appel à des organismes communautaires, à des responsables des politiques, à des professionnelles et professionnels de la santé, à des partenaires de l’industrie, à des gardiennes et gardiens du savoir autochtone et à des personnes ayant une expérience vécue.

La diversité des points de vue peut enrichir notre compréhension, remettre en question certaines idées préconçues et contribuer à ce que la recherche soit à la fois pertinente et en prise sur les besoins du monde réel.

Créer un environnement propice à la recherche interdisciplinaire

Pour mener une recherche interdisciplinaire solide, les équipes doivent faire preuve de curiosité et d’ouverture, et être prêtes à revoir certaines hypothèses admises. Elles doivent aussi se familiariser avec le langage, les méthodes et les approches propres aux autres disciplines.

Les universités ont également la responsabilité de créer des milieux où la collaboration interdisciplinaire peut s’épanouir. Cela signifie donner aux équipes de recherche des occasions de tisser des liens entre les facultés, soutenir la création de nouveaux partenariats et favoriser une culture qui encourage la collaboration dès les premières étapes de l’élaboration des projets de recherche.

À l’Université d’Ottawa, cette volonté se concrétise notamment par des initiatives comme VISTA, qui vise à renforcer la capacité de l’Université en matière de recherche interdisciplinaire et à aider les équipes de recherche à se préparer à d’importantes occasions de financement, comme le fonds Nouvelles frontières en recherche. Ce programme aide les chercheuses et chercheurs de l’ensemble de l’Université d’Ottawa, y compris ceux et celles du Réseau universitaire de santé d’Ottawa, à explorer des questions de recherche ambitieuses qui cadrent avec les priorités de l’Université et les objectifs nationaux en matière de recherche. VISTA encourage la participation de toutes les disciplines, notamment les sciences sociales, les sciences humaines, les arts, les sciences naturelles, le génie, les sciences de la santé et la médecine.

Le principe est simple : une collaboration fructueuse commence bien avant la rédaction d’une demande de subvention. En donnant aux équipes de recherche l’occasion d’échanger, d’explorer des idées et d’apprendre les unes des autres, des initiatives comme VISTA contribuent à jeter les bases d’une recherche interdisciplinaire capable de nous aider à relever certains des défis les plus complexes auxquels notre société est confrontée.