Vers un traité pour le bassin versant du lac Winnipeg : la professeure Aimée Craft reçoit une subvention de développement de partenariat du CRSH

Par Common Law

Communication, Faculté de droit

Portrait d'une femme avec un lac en arrière-plan
S’étendant sur près d’un million de kilomètres carrés de territoires terrestres et aquatiques, le bassin versant du lac Winnipeg relie plus d’une centaine de nations autochtones, quatre provinces canadiennes et quatre États américains. Mais malgré son immensité et son importance, sa gouvernance demeure fragmentée.

La professeure Aimée Craft a obtenu une subvention de développement de partenariat du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) pour un nouveau projet ambitieux intitulé « Building the Lake Winnipeg Watershed Treaty » (Élaborer le traité du bassin versant du lac Winnipeg). Réunissant des nations autochtones, des organismes communautaires, des chercheuses et chercheurs ainsi que des responsables de la gouvernance de l’eau, cette initiative vise à forger un nouveau lien encadré par un traité, ancré dans les lois autochtones, les systèmes de connaissances et les responsabilités envers le bassin versant du lac Winnipeg.

Le bassin versant du lac Winnipeg est l’un des plus vastes bassins d’eau douce au monde. Au centre de ce vaste territoire se trouve le lac Winnipeg, le dixième plus grand lac d’eau douce au monde, qui contribue à la biodiversité, à la vitalité économique locale, aux pratiques culturelles et à la qualité de vie des communautés de la région. Le bassin versant est toutefois soumis à des pressions environnementales croissantes, notamment la pollution, la prolifération d’espèces envahissantes, l’exploitation des ressources et les changements climatiques. Ces enjeux ont suscité des préoccupations allant des efflorescences algales nuisibles aux avis concernant la qualité de l’eau potable, tout en mettant en lumière les limites des structures de gouvernance actuelles, qui fragmentent les responsabilités entre différentes autorités et institutions.

Ce nouveau projet propose une piste de solution en explorant une approche fondamentalement différente de la gouvernance de l’eau, où les nations et les traditions juridiques autochtones occupent une place centrale. Prenant pour modèle le Buffalo Treaty, reconnu à l’échelle internationale et élaboré par les nations des Pieds-Noirs pour rétablir et protéger les populations de bisons, l’équipe de recherche travaillera de concert avec les communautés de la région afin de rédiger un traité du bassin versant du lac Winnipeg ancré dans les lois autochtones et les responsabilités.

Au fil du projet, les chercheuses et chercheurs ainsi que les partenaires organiseront une série de dialogues sur le traité avec les nations et les communautés autochtones présentes dans l’ensemble du bassin versant. Ces échanges contribueront à la rédaction d’un traité qui pourra être examiné, peaufiné et, à terme, ratifié par les nations participantes. Une fois adopté, le traité servira de cadre pour l’exercice d’une gestion concertée et de responsabilités partagées au sein d’un bassin versant complexe et transfrontalier, tout en énonçant les attentes à l’égard des gouvernements, des institutions et des acteurs de la société civile participant à la gouvernance de l’eau.

Cette initiative se distingue par son approche relationnelle en matière de gouvernance de l’environnement. Plutôt que de considérer l’eau strictement comme une ressource à gérer, le projet s’appuie sur les conceptions autochtones voulant qu’il s’agisse d’une entité vivante avec laquelle on entretient un lien. Le processus mettra l’accent sur la réciprocité, la responsabilité et l’interdépendance, tout en examinant le rôle potentiel des traditions juridiques autochtones dans des modèles de gouvernance plus durables et plus équitables face à la crise climatique.

La professeure Craft dirige ce projet avec le concours d’une équipe de collaboratrices et collaborateurs de renom, dont les professeures Deborah McGregor (Université de Calgary) et Susan Chiblow (Université de Guelph), l’artiste et chercheuse KC Adams, Alexis Kanu (Fondation du lac Winnipeg), Daniel Kanu (Lake Winnipeg Indigenous Collective), la professeure Sherry Copenace (Université du Manitoba) et Jaimie Isaac (Centre de recherche sur les droits de la personne – Université du Manitoba). 

Le projet bénéficie de l’appui d’un vaste réseau de partenaires comprenant le First Nations Health and Social Secretariat du Manitoba, les services administratifs du Grand conseil du Traité no 3, la Fondation du lac Winnipeg et le Lake Winnipeg Indigenous Collective.

S’appuyant sur des relations de longue date entre les communautés autochtones, les organismes partenaires et le milieu de la recherche, cette initiative vise non seulement à répondre aux défis environnementaux pressants auxquels est confronté le bassin versant du lac Winnipeg, mais aussi à faire progresser les réflexions sur la gouvernance autochtone, l’élaboration de traités et l’intendance environnementale. Le cadre qui en découlera pourrait éventuellement servir de modèle pour la gouvernance des bassins versants ailleurs au Canada et dans le monde.

Les subventions de développement de partenariat du CRSH appuient la mise en place de partenariats novateurs qui favorisent l’avancement de la recherche, la mobilisation des connaissances et les retombées sociales. Grâce à ce projet, la professeure Craft et son équipe contribuent à repenser la manière dont le droit, la gouvernance et les savoirs autochtones peuvent se conjuguer dans l’objectif de protéger l’un des plus importants écosystèmes d’eau douce du Canada.

La Faculté de droit félicite la professeure Craft et ses partenaires de recherche pour le lancement de cette grande initiative!