Le recours des jeunes à l’IA comme source de soutien émotionnel pourrait signaler une détresse
Photo: vecteezy.com
Près de 40 000 élèves de quatre conseils scolaires de l’Ontario sondés; l’équipe de recherche derrière l’étude exhorte les parents, le personnel enseignant et les cliniciennes et cliniciens à chercher à comprendre pourquoi les jeunes se tournent vers les agents conversationnels.

Les jeunes qui ont recours à des agents conversationnels d’IA pour obtenir du soutien émotionnel ou des conseils sont beaucoup plus susceptibles d’éprouver de graves difficultés émotionnelles, de souffrir de solitude et de douter de leur importance aux yeux des autres, met en garde une nouvelle étude de l’Université d’Ottawa.

Chez les jeunes, une personne sur cinq a utilisé l’IA pour du soutien émotionnel

En tout, 39 761 élèves de la 4e à la 12e année dans quatre conseils scolaires de l’Ontario ont répondu, entre mai 2025 et mars 2026, à des sondages dans le cadre de l’Étude sur la santé et les relations avec les pairs.

Du lot, 8 408 (environ 21 %) ont dit avoir fait appel à un agent conversationnel pour discuter de leurs sentiments ou solliciter des conseils sur leurs relations avec leurs proches ou d’autres personnes. Ce recours à l’IA est plus marqué chez les jeunes appartenant à des groupes plus âgés, racisés et issus de la diversité de genre, comparativement aux jeunes blancs ou masculins.

Kamilla Bonnesen, chercheuse boursière de niveau postdoctoral au Laboratoire d’étude du cerveau et du comportement de l’Université d’Ottawa, souligne que « parmi près de 40 000 élèves, celles et ceux qui ont cherché du soutien émotionnel auprès de l’IA étaient bien plus susceptibles de souffrir d’enjeux émotionnels de niveau clinique, de solitude et d’un plus faible sentiment d’importance ». 

Elle fait toutefois remarquer que « cela ne signifie pas que l’IA est la cause de ces problèmes, mais pourrait plutôt indiquer que ces jeunes ont besoin de davantage de contacts et de soutien humains. »

Kamilla Bonnesen, chercheuse boursière de niveau postdoctoral au Laboratoire d’étude du cerveau et du comportement de l’Université d’Ottawa
Intelligence Artificielle
« Cela ne signifie pas que l’IA est la cause de ces problèmes, mais pourrait plutôt indiquer que ces jeunes ont besoin de davantage de contacts et de soutien humains »

Kamilla Bonnesen

— Chercheuse boursière de niveau postdoctoral au Laboratoire d’étude du cerveau et du comportement

Soutien émotionnel et travail scolaire : des usages distincts

L’étude a également révélé que les élèves qui utilisaient beaucoup l’IA pour leurs travaux scolaires étaient plus enclins à s’en servir pour des raisons émotionnelles. Parmi ces derniers, 57,7 % présentaient des problèmes émotionnels graves selon les critères de l’étude, comparativement à 29,2 % des élèves qui n’utilisaient pas l’IA à cette fin. Ces élèves ont également déclaré ressentir davantage de solitude et avoir l’impression de moins compter pour les autres.

Les élèves ont rempli à l’école des sondages anonymes portant sur leur utilisation de l’IA, leur santé émotionnelle ainsi que leur sentiment de solitude et de compter pour les autres. Grâce à des modèles statistiques avancés, l’équipe de recherche a pu tenir compte du fait que les élèves étaient regroupés par école et traiter les données manquantes. Même après avoir pris en considération des facteurs comme les données démographiques, la solitude, le sentiment de compter et l’utilisation de l’IA pour les études, les élèves qui recherchaient un soutien émotionnel auprès d’agents conversationnels étaient 26 % plus susceptibles de présenter des difficultés émotionnelles de niveau clinique.

Kamilla Bonnesen a conceptualisé l’étude avec Tracy Vaillancourt, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en santé mentale et en prévention de la violence chez les jeunes et professeure titulaire à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, en plus d’avoir dirigé l’analyse statistique, traité les données manquantes, interprété les résultats et rédigé le rapport.

Tracy Vaillancourt,titulaire de la Chaire de recherche du Canada en santé mentale et en prévention de la violence chez les jeunes et professeure titulaire
Santé mentale chez les jeunes
« Si une ou un élève se tourne vers l’IA pour avoir du soutien émotionnel, il faut y voir une bonne occasion d’entamer une conversation ouverte et exempte de jugement »

Tracy Vaillancourt

— Professeure titulaire à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa

Une occasion de reprendre contact

« Les agents conversationnels prennent plus de place dans le quotidien des jeunes; les parents, le personnel enseignant et les professionnelles et professionnels en santé mentale devraient se demander non seulement si les jeunes font appel à l’IA, mais aussi leur motif d’y avoir recours », soutient la professeure Vaillancourt.

« Si une ou un élève se tourne vers l’IA pour avoir du soutien émotionnel, il faut y voir une bonne occasion d’entamer une conversation ouverte et exempte de jugement, ajoute-t-elle. On peut chercher à rétablir le lien entre une personne en difficulté et des ressources d’aide pertinentes d’origine humaine. »

Comme il s’agit d’une étude transversale, elle montre des corrélations, mais ne peut pas établir si la détresse amène les jeunes à recourir à l’IA, ou si l’utilisation de celle-ci pourrait aggraver cette détresse. Cela dit, même si elle ne prouve pas l’existence d’un lien causal, ses résultats suggèrent que le fait de se tourner vers l’IA pour obtenir un soutien émotionnel constitue un signal à prendre au sérieux.

L’étude, intitulée « Affective Generative Artificial Intelligence Use and Youth Mental Health », a été publiée dans JAMA Pediatrics. Autrices : Kamilla Bonnesen, Ph.D.; Amanda Krygsman, Ph.D.; Sarah Hobson, M.A.; Daphne Korczak, M.D., M.Sc.; Tracy Vaillancourt, Ph.D.