Brandon Frith
Brandon Frith
Les insultes envers les arbitres ont longtemps été considérées comme une réalité inévitable du sport. Mais lorsque la pandémie a entraîné le départ d’un grand nombre d’arbitres de soccer, jeunes et adultes, le coût réel de cette « culture » est devenu évident. Brandon Frith (M.A. 2024), candidat au doctorat à la Faculté d’éducation, s’intéresse aux répercussions de ces comportements sur la santé mentale des arbitres de soccer au Canada.

Joueur de soccer de longue date et entraîneur de haut niveau, Brandon Frith adopte une approche fondée sur des données probantes pour favoriser le bien-être des arbitres et soutenir l’avenir du sport. Ses travaux révèlent que les agressions répétées augmentent les risques de dépression et d’anxiété. 

La présente entrevue s’inscrit dans notre série Les universitaires en éducation.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à entreprendre des études doctorales?

Je suis retourné aux études après avoir travaillé pendant 13 ans dans le milieu du soccer. Je détiens actuellement le diplôme « A » de Canada Soccer. J’ai eu le privilège de travailler au sein du département de la haute performance d’Ontario Soccer et de diriger pendant trois ans le programme régional EXCEL féminin de Canada Soccer en Ontario avant de revenir au milieu universitaire pour entreprendre une maîtrise en éducation. 

Ce retour aux études m’a donné l’élan nécessaire pour poursuivre un doctorat. Le fait de poursuivre des études doctorales tout en réintégrant Ontario Soccer à temps plein comme gestionnaire du développement des athlètes et du personnel entraîneur a nourri davantage mon intérêt pour l’application concrète de la recherche. Je peux ainsi appliquer des approches fondées sur des données probantes au développement sportif, tout en participant à l’essor du soccer au Canada.

 

Quel est le sujet de votre doctorat?

La violence envers les arbitres constitue une réalité inacceptable qui continue pourtant d’être banalisée au nom du sport.  Après l’interruption des activités sportives causée par la pandémie, le retour des arbitres a été limité, plusieurs ayant choisi de ne pas réintégrer leur fonction en raison des abus persistants.
 
Mes recherches portent sur les effets de ces comportements sur la santé mentale des arbitres de soccer au Canada. À partir de données recueillies auprès de plus de 1 100 arbitres en Ontario, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, nous avons constaté que la violence était à la fois répandue et néfaste sur la santé mentale. La presque totalité des arbitres a déclaré avoir été victimes d’agressions verbales, tandis que plus du tiers ont déclaré avoir subi des agressions physiques. 

Nos résultats révèlent un lien significatif entre l’exposition à la violence et la présence de symptômes d’anxiété et de dépression, les personnes les plus fréquemment exposées affichant des indicateurs de santé mentale plus préoccupants. Les résultats mettent en évidence le besoin urgent d’adopter des politiques fondées sur des données probantes et d’opérer un changement de culture afin de mieux protéger les arbitres et de favoriser leur rétention dans le soccer au Canada. 
 

Qu’est-ce qui vous a incité à mener ces recherches?

Le sport, et plus particulièrement le soccer, me passionne profondément. J’en vois chaque jour les retombées positives pour les collectivités. Malgré les progrès considérables réalisés en matière de sécurité pour les athlètes et le personnel entraîneur, les arbitres continuent de faire l’objet de mauvais traitements, alors qu’ils jouent un rôle essentiel dans le déroulement des matchs. Le faible taux de rétention observé dans le milieu arbitral est préoccupant, car sans arbitres, il n’y a pas de sport.  

À qui pourraient profiter vos travaux de recherche?

J’espère que mes travaux permettront de mieux faire connaître les difficultés auxquelles les arbitres font face dans l’exercice de leurs fonctions. 
Je souhaite communiquer ces résultats aux responsables de l’élaboration des politiques sportives afin de soutenir la mise en place de mesures visant à mieux protéger les arbitres de tous les sports. J’espère également que les organisations sportives, à tous les niveaux, s’appuieront sur nos travaux pour sensibiliser leurs membres, promouvoir des comportements respectueux envers les arbitres et soutenir leur développement, tout comme elles le font pour les athlètes et le personnel entraîneur.  

 

L’attention mondiale portée à la Coupe du Monde de la FIFA cette année a-t-elle suscité de nouvelles réflexions sur vos recherches?

Dans le cadre de mon doctorat, je m’intéresse aux conditions qui permettent aux environnements de haute performance de prospérer. Mes recherches portent plus précisément sur les facteurs psychologiques et socioémotionnels qui influencent la performance collective. 

J’examine la façon dont la cohésion, la confiance et le leadership émergent chez les athlètes et le personnel entraîneur, ainsi que leur incidence sur la performance et la dynamique d’équipe. À terme, je souhaite contribuer à l’élaboration de pratiques fondées sur des données probantes qui soutiennent à la fois l’excellence de la performance et le bien-être des athlètes. 

 

Pourquoi avez-vous choisi l’Université d’Ottawa?

J’ai choisi l’Université d’Ottawa parce qu’elle figure parmi les chefs de file de la recherche au Canada — et parce que j’ai la chance d’être encadré par la professeure Tracy Vaillancourt, ma directrice de recherche. 

La possibilité de collaborer avec les membres du Laboratoire d’étude du cerveau et du comportement et d’apprendre auprès de personnes aussi talentueuses, tout en acquérant une connaissance approfondie des travaux de recherche de la professeure Vaillancourt, a été une occasion exceptionnelle. Son style de leadership et sa personnalité correspondent parfaitement à ce dont j’ai besoin pour réussir, ce qui rend cette expérience particulièrement enrichissante. Compte tenu de mon long parcours comme entraîneur, j’aimerais éventuellement mettre mon expertise au service des programmes de baccalauréat en éducation et coaching ou Teacher Education, par l’entremise de l’enseignement et de la recherche.
 

Brandon Frith

Brandon Frith est l’auteur de la thèse Blowing the Whistle: Investigating the Psychological Consequences of Referee Abuse in Sport et co-auteur de l’article Abuse of soccer referees in Canada: Associations with anxiety and depression symptoms and demographic factors, publié dans la revue Psychology of Violence. En dehors de ses activités universitaires, il est gestionnaire du développement des athlètes et du personnel entraîneur à Ontario Soccer, et a été entraîneur adjoint aux Jeux d’été du Canada de 2025, avec l’équipe de soccer féminin de l’Ontario.