C’est la question au cœur des travaux de Pierre Jameson Beaucejour, candidat au doctorat et diplômé de la maîtrise de l'École d'études sociologiques et anthropologiques de la Faculté des sciences sociales. En explorant les liens entre patrimoine, inclusion sociale et justice environnementale, cette recherche illustre l’engagement de la Faculté à produire des connaissances qui contribuent à mieux comprendre les grands enjeux de société et à soutenir des communautés, ici comme ailleurs.
Situé sur le côté sud d’Haïti, le Fort La Pointe est bien plus qu’un site historique. Depuis des générations, il constitue également un lieu de vie où la pêche artisanale soutient les familles, façonne les traditions locales et contribue à l’identité du quartier.
À la suite des importants dommages causés par l’ouragan Matthew en 2016, le fort a fait l’objet d’un vaste projet de rénovation visant à revitaliser le site et à en accroître l’attractivité. Si cette transformation a été bien accueillie par les résidentes et résidents, les résultats de la recherche montrent que le projet a principalement mis l’accent sur les fonctions récréatives et touristiques, laissant peu de place aux activités de pêche qui demeurent essentielles à la vie de la communauté.
S’appuyant sur huit semaines d’enquête ethnographique combinant observations participantes, entretiens et analyse documentation, Pierre Jameson Beaucejour analyse la façon dont les habitantes et habitants vivent ces transformations et négocient les liens entre patrimoine, identité et vie quotidienne.
Son étude introduit notamment la notion de « trace-mémoire », qui désigne les lieux où se croisent histoire, mémoires collectives et expériences vécues. Elle propose également le concept de « mer-dépotoir », qui met en lumière les effets de la dégradation environnementale et d’une gestion inadéquate des déchets sur les écosystèmes côtiers et les moyens de subsistance des pêcheuses et pêcheurs artisanaux.
Ces travaux rappellent que la mise en valeur du patrimoine ne consiste pas uniquement à restaurer des bâtiments historiques. Elle suppose également de reconnaître les personnes, les pratiques et les environnements qui donnent un sens à ces lieux.
À l’heure où plusieurs collectivités cherchent à revitaliser leur patrimoine tout en favorisant un développement durable, cette recherche offre des pistes de réflexion pour concevoir des projets plus inclusifs, plus équitables et mieux adaptés aux réalités locales.
En établissant des liens entre patrimoine, inclusion sociale et justice environnementale, cette recherche contribue aux réflexions sur la décolonisation, la résilience des communautés et la préservation d’un patrimoine vivant. Elle reflète également l’engagement de la Faculté des sciences sociales à soutenir une recherche qui répond aux grands défis de notre époque, favorise une meilleure compréhension des réalités sociales et contribue à des solutions plus inclusives et durables.