Ses recherches portent désormais sur la création d’environnements éducatifs inclusifs où tous les apprenants peuvent réussir. Cette entrevue a eu lieu dans le cadre de la série Les universitaires en éducation.
Qu’est-ce qui vous a poussée à entreprendre un doctorat?
Pendant mon enfance au Sri Lanka, je n’ai jamais vraiment correspondu à l’idée qu’on se faisait d’une « bonne élève ». Il m’aurait sans doute fallu : obéir aux consignes, apprendre par cœur, ne pas me laisser distraire, ne pas attirer l’attention et ne pas poser trop de questions. Pourtant, malgré tous mes efforts, je n’étais jamais à la hauteur des attentes. J’étais incapable de mémoriser les notions, je parlais trop, je faisais sans cesse des blagues et je posais beaucoup trop de questions. L’école était très difficile pour moi et, pendant longtemps, je ne savais pas où était ma place.
Après mes études secondaires, j’ai commencé à faire du bénévolat dans un centre pour jeunes ayant des besoins particuliers ou considérés à risque, sans vraiment savoir ce que je voulais faire de ma vie. Pour la première fois, j’étais entourée de personnes qui, elles aussi, avaient du mal à trouver leur place. J’ai eu la chance de bénéficier de tutorat, d’un bon accompagnement et d’un soutien adapté. Toutefois, dans un système d’éducation qui privilégie un certain profil, toutes les autres personnes risquent d’être laissées pour compte. C’est cette prise de conscience qui m’a menée vers le domaine de l’éducation.
J’ai ensuite entrepris des études de premier cycle en Malaisie, où je me suis spécialisée dans l’enseignement de l’anglais langue seconde et j’ai mené des recherches sur les compétences numériques du personnel enseignant. À la maîtrise, à l’Université d’Ottawa, j’ai étudié la charge cognitive des professeures et professeurs d’université qui devaient faire passer des évaluations en ligne pendant la pandémie. Tout au long de mon parcours, un même fil conducteur s’est dégagé : l’enseignement appuyé par la technologie et les questions d’accessibilité dans des systèmes marqués par des obstacles structurels.
Parlez-nous de votre projet.
Dans le prolongement de mes travaux de baccalauréat et de maîtrise, j’ai entrepris un doctorat qui porte sur ce qui me passionne aujourd’hui : les intersections entre l’accessibilité, l’enseignement et l’intelligence artificielle.
Mon projet porte plus particulièrement sur les écoles secondaires pour adultes. Ces établissements, dont la raison d’être est de faciliter l’accès à l’éducation, offrent des cours crédités permettant aux personnes de 18 ans et plus de satisfaire aux exigences menant à l’obtention d’un diplôme d’études secondaires.
Je considère ces écoles comme des milieux voués à l’accessibilité, puisqu’elles s’adressent à des personnes qui, pour diverses raisons, n’ont pas pu terminer leurs études secondaires au moment prévu.
Je m’intéresse plus particulièrement à la façon dont le personnel enseignant de ces établissements intègre l’IA à son enseignement tout en tenant compte des enjeux d’accessibilité. J’explore les pratiques et les stratégies d’accessibilité déployées lors de l’utilisation de l’IA en classe, ainsi que leur rôle, selon le personnel enseignant, dans la réduction ou le maintien des obstacles à la participation. L’IA prenant une place croissante en éducation et au quotidien, il devient essentiel de comprendre comment elle est utilisée dans des milieux comme les écoles secondaires pour adultes, dont la mission repose sur l’accès et l’équité.
Qu’est-ce qui vous a incitée à mener ces recherches?
J’ai eu le privilège de faire du bénévolat dans plusieurs écoles d’un conseil scolaire à Ottawa, tant au primaire que dans une école secondaire pour adultes. J’ai été frappée par la place très différente qu’occupait l’IA dans ces deux contextes.
Le personnel enseignant des écoles pour adultes composait avec des défis d’une tout autre ampleur. La population étudiante devait souvent concilier les études avec un emploi, des responsabilités familiales et d’importantes obligations personnelles. Plusieurs arrivaient avec un bagage scolaire marqué par des expériences négatives, ce qui compliquait leur relation à l’école et à l’apprentissage. Dans un tel contexte, les enjeux d’accessibilité me paraissaient particulièrement importants.
À qui voudriez-vous que vos travaux profitent?
Les écoles secondaires pour adultes constituent un milieu encore peu étudié, où le personnel enseignant utilise l’IA auprès d’une population étudiante qui entretient souvent un rapport complexe avec l’apprentissage et le milieu scolaire. Or, les ressources, la formation professionnelle et les mesures mises en place à leur intention ne sont pas toujours adaptées aux réalités des classes.
J’espère que mes travaux permettront de rendre ces réalités plus visibles. J’espère qu’ils nourriront la réflexion, tant au sein de l’administration qu’auprès des personnes appelées à prendre des décisions, sur le type de soutien dont ces enseignantes et enseignants ont réellement besoin. Plus que tout, j’espère leur offrir les mots et les données probantes nécessaires pour faire entendre leurs besoins et ceux de leur population étudiante dans des milieux de recherche où leur réalité demeure peu représentée.
Plus largement, j’aimerais que mes travaux éclairent l’élaboration des politiques en matière d’éducation. L’IA s’implante rapidement dans les milieux éducatifs, souvent sans égard aux nuances qu’exigent ces contextes. J’espère contribuer à l’élaboration de lignes directrices qui tiennent compte à la fois des réalités propres à ces établissements et des pratiques porteuses mises en œuvre par leur personnel enseignant.
Pourquoi avez-vous choisi l’Université d’Ottawa?
Honnêtement, ma décision tient à une seule personne : la professeure Michelle Schira Hagerman. J’ai eu la chance de l’avoir dans mon comité de mémoire à la maîtrise, et la perspective de poursuivre ma collaboration avec elle au doctorat suffisait à elle seule pour me convaincre de rester à l’Université d’Ottawa. Elle a été l’une des premières personnes, durant mes études supérieures, à croire véritablement en moi et en mes travaux. Son accompagnement a joué un rôle essentiel dans mon parcours et demeure tout aussi précieux aujourd’hui.
Je continue d’apprendre énormément à ses côtés, et je crois que les recherches que je mène aujourd’hui sont le fruit du milieu qu’elle a su créer pour favoriser l’épanouissement de ses étudiantes et étudiants. Ses recherches sur les littératies numériques, notamment celles qui visent à réduire les écarts d’accès au numérique et à renforcer le pouvoir d’agir des populations étudiantes historiquement mal desservies par les systèmes d’éducation, rejoignent naturellement les questions qui orientent mes propres recherches. Notre intérêt commun pour l’accès au numérique, ainsi que la qualité de son accompagnement, a contribué à faire de l’Université d’Ottawa le lieu tout indiqué pour réaliser ce projet.