Selon Statistique Canada, huit millions de Canadiennes et de Canadiens âgés de 15 ans et plus vivent avec un handicap. Cela représente près d’un homme sur quatre et près d’une femme sur trois.
Pourtant, les systèmes de santé et le milieu de l’enseignement supérieur présentent pour ces personnes des obstacles (critères d’admissibilité restrictifs, environnements d’étude inaccessibles, participation limitée à la prise de décision, etc.), qui déterminent quels corps sont étudiés, quels savoirs sont valorisés et quels résultats en matière de santé sont considérés comme prioritaires.
Pour combler cette lacune, la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa s’apprête à lancer un autre programme unique en son genre au Canada.
La maîtrise ès sciences appliquées en accessibilité en biomédecine formera des spécialistes de la conception d’environnements de recherche inclusifs, c’est-à-dire des milieux libres d’obstacles où tout le monde peut participer, et où des recherches utiles peuvent être menées avec et pour un public plus diversifié.
Il répond à un besoin urgent, alors que la demande pour une telle expertise ne cesse de croître.
Les finissantes et finissants du programme comprendront ce que sont les obstacles à l’accessibilité, qui y est confronté et comment les éliminer, afin que plus de gens puissent participer pleinement à l’écosystème de la biomédecine et de la recherche clinique, et contribuer aux efforts d’amélioration de la santé.
Repenser les écosystèmes
À l’heure actuelle, les écosystèmes de la biomédecine et de la recherche clinique ne sont généralement pas accessibles, déplore le Dr Emilio Alarcon, professeur au Département de biochimie, microbiologie et immunologie et concepteur principal du programme.
« Vous est-il déjà arrivé, dans un aéroport par exemple, d’avoir du mal à comprendre ce qui est annoncé?, demande-t-il. Pour celles et ceux d’entre nous qui sont en situation de handicap, c’est à cela que ressemblent bien des processus et procédures. »
Pour lui, la solution ne consiste pas à aider les gens à composer avec ces obstacles, mais plutôt à transformer les systèmes qui les créent.
« Le programme marquera un changement de paradigme dans les milieux médicaux et biomédicaux, puisque les personnes apprenantes seront formées pour remodeler ces écosystèmes afin d’y inclure diverses perspectives et expériences. »
Les personnes participantes, à savoir les scientifiques et les professionnelles et professionnels de la santé, seront formées aux pratiques d’accessibilité de pointe, ce qui favorisera des activités de mobilisation et de cocréation concrètes et efficaces avec des personnes ayant un handicap et des membres d’autres groupes mal desservis.
En réunissant des disciplines rarement associées, comme la médecine, la recherche biomédicale, les études critiques sur le handicap, la mobilisation communautaire, la sociologie et l’équité, la diversité et l’inclusion, le programme aidera les participantes et participants à intégrer l’accessibilité et le partenariat communautaire aux pratiques et processus courants des milieux de la recherche biomédicale et médicale.
« Le programme marquera un changement de paradigme dans les milieux médicaux et biomédicaux. »
Le Dr Emilio Alarcon
— coconcepteur du nouveau programme de maîtrise ès sciences appliquées en accessibilité en biomédecine
Une première canadienne
Il s’agit du premier programme de cycles supérieurs au Canada à intégrer à son cursus les perspectives de spécialistes et de personnes ayant une expérience vécue du handicap. Accompagnées d’une mentore ou d’un mentor, les personnes participantes créeront leur propre projet et définiront elles-mêmes les questions qui serviront de fondement à leurs travaux. C’est une approche véritablement novatrice de l’apprentissage, grâce à laquelle les personnes apprenantes acquièrent davantage de compétences que dans le cadre d’une thèse supervisée traditionnelle.
Le Dr Alarcon croit même qu’il pourrait s’agir du seul programme au monde conçu spécifiquement pour offrir une expertise en matière d’accessibilité aux professionnelles et professionnels de la santé et aux scientifiques en biomédecine, dans un format accessible et flexible.
« Certains programmes se rapprochent de ce qu’on propose, mais ils n’abordent pas l’accessibilité spécifiquement sous le prisme intersectionnel de la médecine, des sciences sociales et de la culture. »
Il s’agit également du premier programme entièrement en ligne de la Faculté de médecine. L’accessibilité n’est donc pas que le sujet du programme : elle en fait partie intégrante.
D’une durée de 12 mois, le programme est offert en formule asynchrone (au rythme de l’étudiante ou de l’étudiant), à temps plein ou partiel, en anglais et en français. Les personnes participantes mènent un projet communautaire sur le terrain, en collaboration avec des hôpitaux, des instituts de recherche ou des organismes à but non lucratif, ou encore un projet de fin d’études fondé sur l’apprentissage autonome.
Des compétences essentielles en forte demande
Le programme a été créé pour répondre à un besoin croissant de milieux plus accessibles, équitables et axés sur la communauté dans les domaines de la biomédecine et des soins de santé. Après plusieurs années de développement, la Faculté de médecine est emballée de le voir enfin se concrétiser.
La Dre Nadine Wiper-Bergeron est la vice-doyenne aux études supérieures et postdoctorales de la Faculté. Ayant travaillé pendant des années sur ce programme, elle affirme que pour répondre aux attentes des trois organismes fédéraux de financement de la recherche, l’accessibilité est essentielle, et que le besoin d’expertise est pressant.
« La demande pour des professionnelles et professionnels qualifiés dans ce domaine ne cesse de croître; les conséquences du manque d’expertise se font de plus en plus sentir. C’est maintenant une compétence essentielle en recherche et en recherche clinique.
« Les établissements qui ne renforcent pas leur expertise en accessibilité risquent de nuire à leur compétitivité en matière de financement, de voir la portée de leurs recherches limitée et de compromettre leurs pratiques éthiques. »
« La demande pour des professionnelles et professionnels qualifiés [en accessibilité] ne cesse de croître; les conséquences du manque d’expertise se font de plus en plus sentir. »
La Dre Nadine Wiper-Bergeron
— vice-doyenne aux études supérieures et postdoctorales
Bien que le personnel de recherche et les fournisseurs de soins de santé reconnaissent l’importance de la diversité des expériences, bon nombre ne sont pas pleinement formés pour reconnaître les obstacles à l’accessibilité – obstacles qui créent des milieux où les personnes apprenantes, les patientes et patients et le personnel ne se sentent pas entièrement compris.
« En tant que patient et apprenant ayant un handicap, je me suis heurté à d’importantes difficultés à la fois dans le système de santé et le milieu de la recherche, souligne Josh Zeldin, étudiant de cycle supérieur au Département de médecine cellulaire et moléculaire qui commencera le Programme MD à l’automne. Malgré les meilleures intentions du monde, les programmes en sciences ne sont généralement pas pleinement adaptés à cette réalité. Grâce à ce nouveau programme, les apprenantes et apprenants pourront mieux comprendre les obstacles auxquels sont confrontées les personnes en situation de handicap dans ces domaines. »
L’expérience vécue mise à contribution
Le programme met les perspectives des personnes concernées au cœur de son approche afin que les soins, la recherche et l’innovation soient éclairés par des expériences concrètes couvrant tout le spectre de l’accessibilité.
Il fera entendre l’expertise et les points de vue de personnes ayant une expérience vécue du handicap visible ou invisible – maladie chronique, enjeux de santé mentale, neurodivergence, différences sensorielles, cognitives ou liées à la mobilité – et des obstacles à l’accessibilité de nature intersectionnelle ou systémique.
Le Dr Michael Quon, professeur au Département de médecine et médecin à l’Hôpital d’Ottawa, contribue au programme, notamment en relatant son vécu. S’il était d’abord réticent à aborder le fait de travailler avec un handicap, il estime maintenant qu’il s’agit d’une occasion de favoriser l’inclusion, écrivant dans The Lancet que le partage d’expériences et de perspectives permet de créer une culture plus inclusive.
Action concrète pour l’avancement de l’équité
Le Dr Rishi Kapur, doyen adjoint au Bureau de l’équité, de la diversité et de l’inclusion, estime que le programme s’inscrit dans le mandat de la Faculté de médecine, à savoir renforcer une culture inclusive et accessible à tout le monde.
« La Faculté est ravie d’appuyer ce programme novateur, qui répond à un profond besoin d’améliorer la formation sur les questions de handicap, l’accessibilité, la diversité et l’inclusion pour les personnes étudiantes, qu’elles participent ou non à des activités cliniques. »
Awad Ibrahim, vice-provost, Équité, diversité et excellence en matière d’inclusion, réitère cet appui, expliquant que l’accessibilité est au cœur de la nouvelle stratégie sur l’équité, la diversité et l’excellence en matière d’inclusion de l’Université d’Ottawa.
« Ce programme si nécessaire, le premier du genre au pays, a tout mon soutien. Il inspire joie et espoir, et constitue un geste courageux vers une société juste où tout le monde peut développer pleinement son humanité, sans égard à ses aptitudes mentales ou physiques. »
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La Faculté de médecine acceptera les candidatures en septembre 2026 et lancera le programme en septembre 2027. Découvrez la maîtrise ès sciences appliquées en accessibilité en biomédecine et ses exigences d’admission.
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