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Dre Roojin Habibi, professeure adjointe à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa et directrice de recherche en droit de la santé mondiale au Laboratoire de stratégie mondiale
À mesure que les tensions politiques s’intensifient, que les institutions internationales sont remises en question et que les risques sanitaires traversent les frontières en temps réel, la gouvernance mondiale de la santé fait face à des pressions croissantes. Dans ce contexte en pleine mutation, les gouvernements sont contraints de prendre des décisions hâtives qui mettent à l’épreuve l’équilibre entre la protection de la santé, la coopération internationale et les droits de la personne.

Les travaux de la professeure Roojin Habibi se situent à l’avant-plan de ces débats : elle examine comment le droit international répond aux risques émergents en santé mondiale et contribue à préserver les droits de la personne et la primauté du droit. 

Dans un récent article d’opinion publié en réaction à la décision du Canada de suspendre le traitement des demandes d’immigration des personnes provenant de pays touchés par la maladie Ebola, Roojin Habibi s’est associée au professeur Yin-Yuan Chen et à la professeure Jamie Liew pour examiner les tensions entre les mesures de santé publique et les obligations juridiques internationales. Intitulé Suspending immigration over Ebola is misguided and goes against international law, l’article publié dans The Globe and Mail soutient que cette décision politique n’est pas compatible avec le Règlement sanitaire international et s’inscrit dans une tendance plus large où les mesures d’urgence risquent de devenir trop générales, discriminatoires et inefficaces. Les spécialistes y soulignent que le droit international de la santé exige des réponses mesurées, fondées sur des données probantes et ancrées dans les droits de la personne, et préviennent que les restrictions généralisées pourraient miner la confiance et affaiblir la surveillance mondiale des maladies plutôt que d’améliorer la santé publique.

Cette prise de position s’inscrit dans le programme de recherche plus large de la professeure Habibi sur la gouvernance mondiale de la santé en contexte d’instabilité. Dans un article récent publié dans le BMJ et coécrit avec le professeur Matthew Herder (Université Dalhousie), Fatima Hassan (Health Justice Initiative, Le Cap, Afrique du Sud) et le Dr Andrew Hill (Université de Liverpool), elle examine les répercussions éventuelles des récentes décisions politiques prises par les États-Unis sur la santé publique internationale. Intitulé The United States is driving a public health emergency of international concern, l’article met en garde contre la réduction de l’aide étrangère, la décision de se retirer d’institutions internationales de santé et les changements dans les stratégies de préparation aux pandémies, qui, combinés, accentuent les risques sanitaires à l’échelle mondiale. On soutient qu’en vertu du Règlement sanitaire international, de telles évolutions systémiques pourraient, en principe, soulever la question de savoir si les conditions d’une urgence de santé publique de portée internationale sont en voie d’être réunies, tout en soulignant que les seuils juridiques portent sur le risque et les répercussions transfrontalières plutôt que sur la source du préjudice.

Dans le prolongement de ces travaux, la professeure Habibi continue d’élaborer des cadres juridiques novateurs visant à renforcer la gouvernance mondiale de la santé. Récemment, elle a obtenu une subvention d’engagement partenarial du CRSH pour un projet intitulé Codifying Legal Foundations for Human Rights in Public Health Emergencies. Mené en partenariat avec la Commission internationale des juristes et des membres du Global Health Law Consortium, ce projet aboutira à la publication d’un commentaire juridique faisant autorité sur la publication Principles and Guidelines on Human Rights and Public Health Emergencies. Ces principes, que la professeure Habibi a contribué à rédiger, clarifient les obligations des États à toutes les étapes des urgences sanitaires, de la prévention et de la préparation aux interventions elles-mêmes, jusqu’au rétablissement. Ils contribuent déjà à éclairer les discussions stratégiques à l’échelle internationale et régionale. Les travaux qui en découleront contribueront à combler des lacunes persistantes entre les droits de la personne et le droit de la santé mondiale, tout en relevant le défi de la mise en œuvre nationale des normes internationales.

Parallèlement à ces grandes initiatives de recherche, la professeure Habibi participe activement aux débats stratégiques mondiaux et au dialogue public sur la gouvernance de la santé. Elle est membre du groupe de travail de la Fondation Pax Sapiens chargé de concevoir une initiative de compensation en cas de pandémie, au sein duquel elle étudie des mécanismes visant à réduire les obstacles économiques et politiques freinant la déclaration précoce des éclosions. Cette initiative rassemble des spécialistes de divers horizons pour examiner comment renforcer la coopération internationale afin d’éviter que de futures éclosions ne se transforment en épidémies, voire en pandémies. Elle a récemment contribué à une vidéo produite par la Fondation.

Compte tenu de la portée concrète de ses travaux, Roojin Habibi a été invitée en mars 2026 par les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) à participer à un atelier régional sur la préparation juridique et l’état de préparation aux urgences de santé publique en Afrique de l’Est. Cette initiative a réuni des responsables et des spécialistes de toute la région afin d’examiner comment les cadres juridiques et institutionnels peuvent mieux soutenir la prévention, la détection et la gestion des urgences de santé publique. Sa participation met en lumière le rayonnement international croissant de ses travaux.

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La professeure Habibi entourée des participantes et participants à l’atelier de l’Africa CDC.

Elle a également participé à des débats universitaires et politiques de haut niveau sur l’avenir de la gouvernance mondiale de la santé dans un contexte international en mutation. Lors de la récente conférence Les implications de la rupture de l’ordre mondial pour la diplomatie scientifique, organisée en mai par le Centre d’études en politiques internationales de l’Université d’Ottawa, la professeure Habibi s’est exprimée sur les effets de la fragmentation géopolitique sur les systèmes de santé mondiaux, notamment les pressions exercées sur des organisations multilatérales comme l’Organisation mondiale de la santé, ainsi que sur les défis plus larges liés au maintien de la coopération internationale en matière de diplomatie scientifique et sanitaire.

Dans l’ensemble, les récents travaux de la professeure témoignent d’une contribution soutenue et approfondie à la compréhension du rôle du droit international face à des enjeux de santé mondiaux qui évoluent rapidement. Par ses travaux scientifiques, sa participation aux réflexions stratégiques et sa collaboration interdisciplinaire, elle continue d’enrichir les débats sur la manière dont les cadres juridiques peuvent appuyer des interventions en urgence sanitaire de façon équitable, efficace et respectueuse des droits.